
A la veille de l’édition 2026 de l’initiative nationale « Une heure patriotique pour reverdir le Faso », prévue, ce samedi 20 juin, le directeur régional des eaux et forêts du Guiriko, le colonel Hassime Rabo, revient sur les acquis de la précédente campagne de reboisement. Dans cet entretien, il évoque les performances enregistrées dans la région, les difficultés rencontrées sur le terrain ainsi que les enjeux de cette nouvelle édition placée sur le thème : « Ma concession, mon arbre ».
Sidwaya (S) : Quel bilan peut-on faire de l’opération « Une heure patriotique pour reverdir le Burkina Faso » au niveau de la région de Guiriko ?
Hassime Rabo (H.R) : L’édition 2025 de l’initiative « Une heure patriotique pour reverdir le Burkina Faso » s’est déroulée le 22 juin 2025. Ce qu’on a pu noter, c’est qu’elle a suscité un engouement au niveau de la population. Les gens étaient beaucoup motivés au regard des résultats que nous avons engrangés. Il faut noter qu’il y a eu un travail en amont que nous avons fait, notamment la mobilisation de la population à travers des émissions radio, des contacts ou des rencontres.
L’autorité régionale, de même que les autorités coutumières, et religieuses se sont fortement impliquées dans la réussite de cette édition. Nous avons pu planter plus d’un million d’arbres, ce qui classe le Guiriko comme deuxième région au niveau national. « Une heure patriotique pour reverdir le Burkina Faso » de l’année dernière nous a donné entièrement satisfaction. Les objectifs ont été atteints. Aussi, sur le million d’arbres que nous avons mis en terre, nous pouvons estimer qu’entre 60 et 70% ont survécu. Et cela est dû à la protection et à l’entretien des plantes. Quand on plante soi-même les arbres on a le temps effectivement de l’entretenir, de le protéger contre la divagation des animaux, les feux de brousse et autres.
S : Quelles sont les espèces qui ont été privilégiées pendant cette opération ?
H.R : L’année dernière nous avons privilégié les plantes médicinales, c’est-à-dire les plantes qui rentrent effectivement dans les soins de la population. Nous avons également des espèces qui donnent des produits forestiers non ligneux. Comme vous le savez, nous faisons la promotion des produits forestiers non ligneux qui contribuent vraiment à la sécurité alimentaire.
S : Quelles sont les difficultés que vous avez eues dans la conduite de l’opération l’année dernière ?
H.R : Les difficultés ne peuvent pas manquer pour toute activité de cette envergure. La première difficulté est l’insuffisance des moyens malgré les énormes efforts que fait l’Etat. A cela, il faut ajouter la mentalité même de la population. Les gens pensent que c’est à la direction régionale des eaux et forêts qu’il faut venir chercher les plantes. Comme son nom le dit, c’est vraiment des actes patriotiques. Chacun doit pouvoir acheter son arbre pour aller faire le travail lui-même ou trouver des gens pour le boisement, l’entretien, la protection.
C’est vraiment des actes patriotiques que nous demandons à ce niveau. L’autre difficulté que nous avons rencontrée est la divagation des animaux. Quoi qu’on dise, vous allez voir que dans la ville de Bobo-Dioulasso, il y a eu beaucoup de plantations d’arbres. Mais quand vous regardez, vous constaterez qu’il y a des zones où c’est la divagation des animaux qui a contribué à baisser le taux de survie. On peut noter également les feux de brousse. Au niveau de la zone ouest, les feux de brousse sont toujours récurrents. Ces feux de brousse contribuent vraiment à tirer nos taux de survie vers le bas.
Il y a également l’incivisme. Il faut se dire que parfois il y a certaines personnes qui contribuent à travers leur comportement, à arracher les plants ou à faire des activités qui ne contribuent pas à la survie des plants. Il faut aussi compter avec les changements climatiques. Au cours des mois de mars, avril et mai, il y a des pics de chaleur qui ne contribuent pas à une bonne survie des plants.
S : Malgré ces difficultés, le bilan reste quand même satisfaisant ?
H.R : Je disais tantôt que le taux de survie des plants mis en terre oscille entre 60 et 70%. Il faut dire que nous n’avions pas ces taux bien avant ces initiatives. Les taux étaient entre 25 et 30%. Mais avec les innovations que nous avons effectivement apportées dans le reboisement, nous sommes entre 60 et 70%. Sur notre site dans la commune de Toussiana, nous sommes autour de 90% de taux de survie. C’est un site sécurisé, clôturé, avec un point d’eau. Il y a une organisation des populations bénéficiaires qui s’en occupe. Quand toutes les conditions sont réunies, le taux de survie des plants est quand même acceptable.
S : La région du Guiriko est l’une des régions relativement bien boisées. Quel peut être l’impact de ce genre d’opération sur l’ensemble du couvert végétal ?
H.R : Il y a beaucoup d’activités qui contribuent quand même à la dégradation du couvert végétal, notamment l’orpaillage, l’extension incontrôlée des champs, l’utilisation des pesticides et autres. Vous avez vu que le ministère a donné une conférence où il ressort que nous perdons 110 000 hectares de forêts par an. Bobo-Dioulasso fait partie de ces 110 000 hectares. Donc, en reboisant, nous compensons ce que nous avons détruit. Ce n’est pas de façon visible que nous voyons cet impact.
Je me dis qu’avec les sensibilisations, à un certain moment, nous allons établir un équilibre entre ce qu’on perd et ce qu’on compense. En ce moment, vous verrez qu’effectivement, la végétation est beaucoup fournie. Mais actuellement, nous tendons vers l’équilibre, mais nous ne sommes pas à l’équilibre d’abord.
S : La prochaine édition est pour demain. Quel est l’objectif visé ?
H.R : Le top départ de l’édition 2026 « Une heure patriotique pour reverdir le Burkina Faso » va être donné, demain samedi 20 juin 2026, par le chef de l’Etat, le capitaine Ibrahim Traoré, à 8 heures sur le thème de cette année est « ma concession, mon arbre ». Ce thème invite la population, chacun, à reboiser, ne serait-ce qu’un arbre, dans sa cour et de l’entretenir. Même si vous n’avez pas votre cour, vous pouvez aller chez votre voisin, votre cousin ou votre oncle pour planter votre arbre. Nous voulons des arbres, des arbres qu’on va entretenir. Il ne s’agit pas seulement de reboiser, mais il faut entretenir également ce qu’on a planté.
Quand l’arbre est planté au niveau des concessions, cela veut dire qu’il sera bien entretenu parce que chaque matin, vous allez l’arroser avant d’aller au travail. Les soirs, quand vous allez revenir, vous allez y jeter un coup d’œil. C’est cela que nous visons. C’est à cela que répond le thème de cette année. Nous invitons les gens à un bon suivi, à l’entretien, à la protection des arbres à travers des grilles, même à la maison. Il faut les arroser chaque matin et il faut même les soigner à travers des tailles. Parfois, s’il y a des maladies qui commencent, il faut rapidement les traiter. Si l’arbre est planté à la maison, je pense que le suivi est encore plus facile.
S : Quel est l’avantage d’avoir des arbres dans sa concession ?
H.R : Avoir des arbres dans la cour présente plusieurs avantages. Il y a l’ombre qu’offrent les arbres. Cela crée également un microclimat. Dans la cour vous allez sentir quand même un petit changement de température par rapport aux autres zones où effectivement il n’y a pas d’arbre. La présence des arbres dans la cour peut servir à combler beaucoup de besoins, comme la disponibilité des fruits, des feuilles. Les arbres peuvent aussi être utilisés à des fins médicinales. Donc l’un dans l’autre les arbres présentent de nombreux avantages quand ils sont plantés dans des concessions.
S : Et pour cette année, qu’est-ce qui va se passer au niveau de la région ?
H.R : Au niveau de la région du Guiriko, nous avons effectivement mis en place une stratégie de mobilisation en collaboration avec le gouvernement. Nous avons déjà rencontré les pépiniéristes. Ceux-ci ont promis de réduire le prix des plants de 25 à 50%. Ils ont même offert des plants pour qu’on puisse les donner à ceux qui n’ont pas vraiment les moyens nécessaires pour les acheter. Nous sommes également en train de faire des émissions radiophoniques pour inviter la population à planter.
Nous comptons également engager les crieurs publics dans les quartiers pour qu’ils informent la population de l’initiative. Avec les autorités régionales nous avons prévu une cérémonie officielle à Bobo-Dioulasso à l’issue de laquelle chacun pourra aller planter ne serait-ce qu’un arbre chez lui.
S : Est-ce que les plants seront disponibles pour cette année ?
H.R : Nous avons demandé aux pépiniéristes de tout faire pour disponibiliser les plants. Il aura des points de vente à travers la ville de Bobo-Dioulasso. Les plantes seront exposées à l’esplanade de la mairie, à la place Tiefo Amoro,ou au niveau des ronds-points pour qu’elles soient plus proches de la population. Ceux qui veulent les plants peuvent aller sur ses différents sites et chez les différents pépiniéristes pour se procurer les espèces qu’ils veulent pour aller les planter dans leurs concessions.
S : Quel message avez-vous pour la population à l’orée du lancement de l’édition 2026 de l’opération « L’heure patriotique pour reverdir le Faso » ?
H.R : Nous visons au moins un million de plants que nous voulons planter en une heure dans la région. Nous invitons la population à se mobiliser et à s’orienter vers les agents des eaux et forêts pour avoir de bonnes informations sur les types d’arbres qu’ils veulent planter. Nous allons les conseiller sur les techniques de reboisement. Nous appelons une fois de plus la population à se mobiliser pour que l’initiative « une heure patriotique pour reverdir le Burkina Faso » soit une réalité. C’est de là que nous pourrons compenser les pertes de nos forêts que nous connaissons.
Adaman DRABO





