C’est une vaste opération d’assainissement que le gouvernement camerounais veut mener contre la fraude de l’or. A partir du 1er août prochain, une équipe mixte, comprenant des services des Mines, des Douanes et des Impôts, va se lancer dans le contrôle de près de 200 sociétés minières opérant au Cameroun. Dans le viseur des inspecteurs figurent particulièrement deux types d’entreprises : celles ayant extrait de l’or et dont les déclarations de production ont été sous-évaluées et celles dont la production n’a jamais été déclarée. L’un dans l’autre, ces cas de figure ont fait perdre à l’Etat camerounais des impôts et des taxes qu’il entend rattraper.
Au bas mot, cette opération de redressement fiscal devrait rapporter au moins 300 milliards F CFA aux caisses de l’Etat, pour la période 2023-2025. Vu les recettes fiscales générées par le secteur aurifère et les investissements qu’elles permettent de faire, l’Exécutif camerounais ne pouvait pas croiser les doigts et laisser prospérer des pratiques préjudiciables au Trésor public. Les autorités camerounaises se devaient d’ouvrir l’œil et le bon pour mettre fin aux écarts persistants entre les volumes d’or produits et ceux déclarés. En décidant de récupérer les recettes fiscales et douanières perdues au fil des années, le gouvernement camerounais s’offre du même coup l’occasion de mettre en place un système de traçabilité de la production de l’or.
En vérité, l’exploitation de l’or se faisait comme dans les circuits mafieux, avec un Etat en apparence complice ou spectateur. Pour un secteur pourvoyeur d’importantes devises comme l’or, on a du mal à comprendre que les pratiques de sous-évaluation ou de non déclaration de production se soient installées au Cameroun. Même si cette situation est en passe d’être régularisée, les finances publiques camerounaises en ont fortement souffert. Si l’Etat camerounais est en droit de réclamer son dû, il doit également travailler à situer les responsabilités. Pourquoi des quantités d’or ont été produites, sous-évaluées ou quasiment pas déclarées ? A qui profite cette fraude ?
Les sociétés minières ciblées sont-elles les seules à tirer profit de ces manœuvres ? Les autorités camerounaises doivent regarder dans les rangs de l’administration où des complicités ne manquent pas. Dans un pays où la corruption touche tous les domaines, y compris le secteur de l’or, il est trop facile de jeter la seule pierre aux sociétés minières. Des mandants de l’Etat, jusqu’à des niveaux parfois insoupçonnés, peuvent aussi avoir joué un rôle, en profitant indument des impôts et taxes censés revenir au Trésor public. L’administration camerounaise, tout comme les autres sur le continent ou au-delà, est affectée par l’enrichissement illicite. Au cas où des responsabilités sont établies, il faut faire rendre gorge aux fonctionnaires véreux. Renforcer les contrôles dans la production de l’or comme entend le faire le gouvernement camerounais exige aussi d’asseoir une administration minière et douanière vertueuse. C’est à ce prix que l’opération d’assainissement annoncée pourra durablement porter des fruits.
Kader Patrick KARANTAO






