Le ministre Kargougou dans le Nakambé : « Le métier d’agent de santé est un sacerdoce »

Le ministre de la Santé (gauche) a invité les agents de santé à rester professionnels.

Le ministre de la Santé, Robert Lucien Jean Claude Kargougou, a visité les 19 et 20 juillet 2026 plusieurs centres de santé de la région du Nakambé.

C’est une surprise que le ministre de la Santé a réservée aux agents de la santé en cette nuit du 19 juillet 2026. Il est un peu plus de 21 heures lorsque le ministre arrive au Centre hospitalier régional de Tenkodogo (CHR), notamment aux urgences médicales. Il faufile entre les malades, couchés à même le sol, dans des couloirs engorgés. Au passage, il leur souhaite un prompt rétablissement. Puis, salle après salle, il encourage les agents de santé de garde, quelque peu surpris par cette visite inopinée.

Mais le ministre ne laisse pas perdurer le suspense. Très vite, il rassure qu’il n’est pas venu pour un contrôle de présence. « Je viens vous féliciter et vous encourager pour ce que vous faites. Certaines personnes dorment en ce moment, d’autres suivent la finale de la Coupe du monde de football. Et vous, vous êtes ici. Le métier d’agent de santé est un sacerdoce », dit-il. Puis, il met le cap sur la maternité du même hôpital. Là-bas également, il salue quelques parturientes avant de s’adresser aux sages-femmes de garde. Il prend les nouvelles relatives à leurs carrières. Robert Lucien Kargougou leur demande de rester professionnels, de faire leur travail dans le respect de la dignité des parturientes.

Il rassure que son département met les bouchées doubles sur les questions de reclassements, d’avancements et de primes de gardes pour que tout entre dans l’ordre. La sage-femme, Nina Kaboré/ Poda, est toute émue par cette visite surprise. « Cette visite nous fait plaisir et nous galvanise davantage, quand l’on sait que nos autorités suivent ce que nous faisons au quotidien », déclare-t-elle. Elle confie que le ministre leur a demandé de rester professionnels. Deuxième étape de ce périple nocturne, le Centre médical urbain de Tenkodogo. Visite des lieux, messages d’encouragement, prise de nouvelles sur les questions de carrières. « La garde est importante. Quand on est de garde, on ne dort pas », rappelle le ministre de la Santé.

200 accouchements par mois à Cinkansé

Le personnel est tout ouï. « Les mots me manquent. C’est un grand honneur pour nous de recevoir le ministre ce soir », indique Dr Karim Sawadogo, tout ému. Pour lui, bien que le gouvernement paraisse distant, il est toujours avec le personnel de santé et se soucie de ses conditions de travail. Dr Sawadogo dit être conscient, comme le souligne le ministre, que la garde est une responsabilité pour tout agent de santé. Même exercice au Centre de santé et de promotion sociale III de la ville. « Je viens vous encourager et voir comment vous travaillez. Dans un service de santé, on travaille tous les jours et 24h/24. Je souhaite que vous traitiez les patients avec beaucoup de respect et de dignité », insiste-t-il.

« Quand on est de garde, il faut être là, c’est une question de responsabilité morale et d’obligation administrative », ajoute-t-il. Le médecin-chef du district sanitaire de Tenkodogo, Dr Sohinté Somé, se sent également honoré. « C’est une belle surprise pour nous. On ne s’attendait pas à voir le ministre. C’est un coup de pouce qu’il nous donne en faisant le tour des formations sanitaires pour constater le travail du personnel et leur prodiguer des conseil », se réjouit-il.

Dr Somé promet que les problèmes de carrière soulevés par les agents de santé de son district vont trouver des solutions dans les mois à venir. Le lendemain 20 juillet, c’est au tour du Centre médical de Cinkansé de recevoir, à son tour, le ministre de la Santé. En marge du lancement de la campagne de chimio prévention saisonnier du paludisme dans ladite ville, Robert Lucien Jean Claude Kargougou apporte le soutien du gouvernement aux agents de santé en service dans cette ville frontalière avec le Togo. Cette formation sanitaire compte, entre autres, 11 sages-femmes, 2 maïeuticiens, 7 infirmiers, 5 médecins.

Ici, l’on enregistre au moins 5000 consultations par mois, selon le médecin Aboubacar Sidiki Ouédraogo qui précise que la maternité du centre médical dénombre 45 à 50 accouchements par semaine, soit 200 par mois.

La résilience des agents saluée à Bittou

Ce qui est, selon lui, en déphasage avec la capacité d’accueil du centre de santé. Après avoir écouté le chapelet de préoccupations, le ministre salue ces volontaires pour la défense de la patrie de la santé.

« Dans le contexte que vous connaissez, être agent de santé exige bien plus que des compétences. Ça demande aussi une bonne dose de courage », déclare M. Kargougou. Il reconnait que le centre médical est vétuste. Fort heureusement, fait-il observer, un bâtiment est en train de sortir de terre pour offrir aux agents un cadre de travail acceptable. En effet, un centre médical, fruit de l’initiative présidentielle pour la santé est en cours d’achèvement. Du reste, le ministre en profite pour visiter le chantier dont le taux d’exécution des travaux est de 70%. Sur le chemin du retour, l’escale du ministre au CSPS urbain de Bittou a une saveur particulière.

En effet, la ville subit, depuis quelques années, les coups de boutoirs des groupes armés terroristes. L’on se rappelle que deux agents de santé de la localité, disparus en mai 2024, ne donnent toujours pas signe de vie jusqu’à ce jour. C’est pourquoi Robert Lucien Jean Claude Kargougou salue la résilience des agents de santé. « En sus du professionnalisme, vous êtes restés dans un courage silencieux là où la nation a estimé que vous soyez. Vous avez continué à soigner des malades, à sauver des vies d’enfants, à accompagner les femmes qui donnent la vie malgré le contexte difficile dans la zone », souligne- t-il. Il dit apprécier la solidarité dont les agents de santé ont fait montre à l’égard des familles de leurs collègues portés disparus. « Je suis fier de ce que vous avez fait. Je vous félicite au nom du gouvernement », lance-t-il avant de prendre congés de ses hôtes.

Anselme KAMBIRE

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