Protéger le consommateur

Le Comité interministériel de détermination des prix des hydrocarbures (CIDPH) a annoncé, le dimanche 9 août 2026, l’augmentation du prix du litre de gasoil qui passe de 675 à 750 F CFA à compter du lundi 10 août sur toute l’étendue du territoire burkinabè. Certes, le réajustement de 75 F CFA n’est pas anodin dans le quotidien des ménages et des acteurs économiques, mais elle doit être appréciée à la lumière des réalités qui l’ont rendu nécessaire et des impératifs qui commandent aujourd’hui la gestion des
ressources de l’Etat.

Et pour cause, depuis août 2022, le prix du gasoil était maintenu à 675 F CFA, malgré les fluctuations enregistrées sur le marché international. Cette stabilité résultait d’une volonté des plus hautes autorités de protéger les consommateurs et de contenir les effets des variations des cours mondiaux grâce à un important mécanisme de subvention. Mais, cette politique aujourd’hui mise à rude épreuve par l’évolution du contexte international, notamment les crises au Moyen-Orient, l’augmentation des coûts du fret terrestre et maritime ainsi que la revalorisation du dollar par rapport au franc CFA qui ont contribué à renchérir le coût réel des hydrocarbures importés par le Burkina Faso. Selon les données communiquées par le CIDPH, le prix réel du gasoil a même atteint des niveaux proches de 1 050 F CFA le litre.

Dans ces conditions, maintenir indéfiniment le prix à 675 F CFA devenait une charge particulièrement lourde pour les finances publiques. En seulement six mois, les moins-values liées à la subvention du gasoil ont atteint environ 60 milliards F CFA. Si aucune mesure n’était prise, elles auraient pu atteindre ou dépasser 135 milliards F CFA à la fin de l’année. Dans un contexte où chaque ressource compte et où les moyens de l’Etat doivent prioritairement soutenir la lutte contre le terrorisme, la défense du territoire et les besoins
essentiels de la population, une telle situation est difficilement tenable.

A cette contrainte financière s’ajoute une autre réalité qui est l’écart de prix avec plusieurs pays voisins. Le gasoil étant vendu moins cher au Burkina Faso que dans la plupart des pays voisins, des transporteurs étrangers venaient s’y approvisionner,
parfois en constituant des réserves. Cette situation a entraîné une surconsommation qui ne correspond pas aux seuls besoins des Burkinabè. Autrement dit, la subvention destinée à soutenir le pouvoir d’achat des Burkinabè risquait, en partie, de bénéficier aux consommateurs et transporteurs de pays tiers.

Il faut néanmoins saluer la décision de ne toucher qu’au gasoil. Le Super 91, largement consommé par les particuliers, conserve son prix actuel. Il en est de même pour les autres produits, notamment le gaz. Cette option traduit la volonté des autorités de limiter l’impact de la mesure sur le pouvoir d’achat et d’éviter une propagation générale de la hausse des prix.

C’est dire qu’il faut mesurer les efforts consentis depuis quatre ans pour maintenir des prix
supportables. Du reste, cette hausse ne doit pas être considérée comme irréversible. Les cours internationaux du pétrole demeurent fluctuants. Si la tendance s’inverse et que les conditions économiques et financières le permettent, les moins-values pourraient se réduire et rendre à nouveau les subventions plus supportables.
L’essentiel, aujourd’hui, est de préserver l’équilibre entre protection du consommateur, sécurité des approvisionnements, soutenabilité des finances publiques et mobilisation des ressources pour les priorités nationales.

Jean-Marie TOE

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