Nigéria : à quoi joue Tinubu ?

C’est une polémique dont le Président nigérian, Bola Tinubu, se serait bien passé, si la sagesse avait pris le dessus. Lors d’une rencontre avec des chefs traditionnels, le 30 juillet dernier, il a déclaré que la hausse des enlèvements et des attaques terroristes au Nigeria est imputable à l’ « effondrement » de la sécurité dans les pays de la Confédération des Etats du Sahel (AES). « Certains d’entre eux (les terroristes) ne sont pas des
Nigérians. Vous voyez, le problème de l’insécurité au Mali au Burkina Faso et au Niger ne fait qu’aggraver nos difficultés », a-t-il affirmé à l’occasion.

Dans son entendement, les Etats du Sahel sont responsables de la situation sécuritaire chaotique qui prévaut actuellement dans le pays, dont il tient les commandes. En tenant de tels propos pour les moins choquants, le chef de l’Etat nigérian a manifestement fait dans la provocation que dans le pragmatisme, dans un contexte de tensions géopolitiques avec les pays concernés, notamment le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Accusés à tort, les Etats de l’AES n’ont pas tardé à monter au créneau pour manifester leur mécontentement vis-à-vis des mots de Tinubu.

Au nom de ses homologues du Niger et du Mali, le ministre des Affaires étrangères burkinabè, Karamoko Jean Marie Traoré, a signifié au chargé d’Affaires de l’ambassade du Nigéria au Burkina Faso, le « profond regret » de l’AES face à ces propos
« inexacts et peu compatibles » avec l’esprit de solidarité censé prévaloir entre des pays voisins en proie à des attaques terroristes à répétition. Pour des pays qui partagent un défi commun, celui de la lutte contre le terrorisme, la sortie du Président Tinubu laisse sans voix.

Au lieu de travailler à ramener la paix au Nigéria, comme promis à ses compatriotes qui l’ont porté avec confiance à la tête du pays en 2023, l’ex-gouverneur de l’Etat de Lagos cherche apparemment des boucs émissaires face à son incapacité à combattre efficacement l’insécurité. Si ce n’est pas la secte islamiste Boko Haram qui dicte sa loi dans le Nord-Est, ce sont des gangs armés qui procèdent régulièrement à des enlèvements de masse dans le Nord-Ouest et le Centre du Nigéria.

En plus de la « vie chère », marquée, entre autres, par la hausse du prix du carburant après l’arrêt des subventions et l’inflation alimentaire, les Nigérians sont également condamnés à subir le diktat des terroristes et des groupes criminels. La criminalité a augmenté ces dernières années au Nigéria, avec un indice avoisinant de nos jours 66/100, selon le site web mondial de base de données sur les pays, Numbeo.

Les réalités en matière d’insécurité sont alarmantes au Nigéria et n’ont rien à voir avec les pays de l’AES, qui se débattent aussi pour venir à bout du phénomène avec dignité et détermination. Déjà en campagne pour sa réélection en 2027, Tinubu cherche visiblement à marquer des points auprès des populations, dont les attentes sont loin d’être comblées. Au lieu de rejeter cette responsabilité sur les pays de l’AES, le chef de l’Etat nigérian gagnerait à l’assumer et tenir sa promesse de sécuriser le pays.

Au lieu de faire d’eux, la source des malheurs du Nigéria, Tinubu doit plutôt travailler en tandem avec les pays de l’AES, pour relever le défi commun de la lutte contre l’insécurité.
Le combat contre le terrorisme exige de la solidarité entre les Etats concernés et non des discours de nature à mettre à mal ou à saper les relations de coopération. Tinubu, du haut de ses 74 ans, devrait avoir une posture qui honore son pays et non qui le rabaisse.

Kader Patrick KARANTAO

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