Au nom d’Allah, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux.
Louange à Allah pour Ses innombrables bienfaits. Paix et bénédictions sur le Messager de miséricorde et sur tous les croyants. La patience est l’une des lumières les plus puissantes que le Ramadan ravive dans le cœur du croyant. Elle est cette force intérieure qui permet de tenir lorsque l’âme vacille, de persévérer lorsque l’effort devient lourd, et de rester debout lorsque les épreuves se multiplient. Sans patience, la foi s’essouffle ; avec elle, le croyant avance, même lentement, mais sûrement.
Premièrement, soulignons que la patience, en Islam, n’est pas une résignation passive face aux difficultés ; elle est une attitude active de constance, de maîtrise de soi et de confiance en Allah. C’est pourquoi, les savants musulmans ont distingué trois formes essentielles de patience : la patience dans l’obéissance à Allah : persévérer dans la prière, le jeûne, la bienfaisance, même lorsque l’âme ressent de la fatigue. La patience face aux interdits : résister aux tentations, maîtriser ses passions, détourner son regard et contenir sa langue. Et la patience face aux épreuves : accueillir les difficultés avec foi, sans révolte intérieure contre le décret divin.
Le Ramadan réunit ces trois dimensions. Il exige de la patience dans l’adoration (jeûne et prières nocturnes), dans
l’abstention (maîtrise des désirs) et parfois dans l’épreuve (fatigue, faim, irritabilité). Ainsi, ce mois béni devient une synthèse vivante de la patience.
Deuxièmement, le jeûne est probablement l’un des actes d’adoration qui développe le plus profondément la patience. S’abstenir volontairement de ce qui est licite (nourriture, boisson, relations conjugales) pendant de longues heures, uniquement pour Allah, est un acte d’endurance spirituelle.
Mais la patience du jeûne ne se limite pas à la faim et à la soif. Elle s’étend : à la maîtrise de la colère, à la retenue face aux provocations., à la gestion de la fatigue et à la discipline du langage.
Lorsque le jeûneur choisit de ne pas répondre à l’insulte, de ne pas céder à l’agacement, il transforme une situation ordinaire en élévation spirituelle.
Le Ramadan nous enseigne que la véritable force n’est pas dans la réaction impulsive, mais dans la maîtrise de soi.
La patience devient alors lumière parce qu’elle éclaire le caractère, adoucit les paroles et élève l’âme.
Par ailleurs, la patience authentique est indissociable de la confiance en Allah. Supporter une épreuve sans confiance peut engendrer frustration et amertume. Mais patienter avec foi transforme la difficulté en opportunité d’élévation.
Lorsque le croyant traverse une épreuve (maladie, perte, difficulté financière, incompréhension), la patience lui rappelle que rien n’échappe à la sagesse divine (Sourate 9 verset 51). Elle lui apprend que derrière chaque difficulté peut se cacher un bien que l’on ne perçoit pas immédiatement.
Le Ramadan est un moment privilégié pour méditer sur cette réalité. Le jeûne nous rappelle que l’inconfort passager peut mener à une récompense immense. De même, les épreuves de la vie, vécues avec patience, deviennent des causes de purification et d’élévation.
Par ailleurs, rappelons que la patience n’est jamais vaine. Elle produit des fruits visibles dans la vie du croyant à savoir la sérénité intérieure car le patient n’est pas dominé par les circonstances ; la stabilité émotionnelle parce qu’il ne
s’effondre pas au premier choc ; la maturité spirituelle du fait qu’il comprend que la vie est un cheminement, non une succession de satisfactions immédiates et la proximité avec Allah car Allah est avec les patients.
Le Ramadan nous montre que la patience est source de transformation. Celui qui apprend à patienter pendant un mois développe une force intérieure qu’il peut prolonger au-delà du Ramadan.
En outre, la patience ne concerne pas seulement les actes d’adoration ou les grandes épreuves ; elle est essentielle dans la vie quotidienne, particulièrement dans les relations humaines.
Dans la famille, elle permet de gérer les différences de caractère. Dans le travail, elle aide à supporter les pressions et les injustices. Dans la société, elle évite les conflits inutiles.
Un cœur impatient est prompt à juger, à blesser, à rompre. Un cœur patient cherche à comprendre, à pardonner et à réparer.
Le Ramadan, par l’intensité de la vie communautaire qu’il génère, met parfois à l’épreuve notre patience. Les retards, les incompréhensions, les divergences peuvent surgir. C’est justement dans ces moments que la lumière de la patience doit briller davantage.
Troisièmement et enfin, la patience s’apprend et se cultive. Parmi les moyens de la renforcer, il y’a le fait de multiplier les invocations demandant à Allah la constance, de méditer sur les épreuves des prophètes et des hommes vertueux, de se rappeler que toute difficulté est temporaire et de prendre conscience que la réaction impulsive cause souvent plus de tort que l’épreuve elle-même.
Le Ramadan peut être le point de départ d’un engagement ; celui de ne pas laisser la patience s’éteindre avec la fin du mois béni. Si nous avons réussi à nous maîtriser face à la faim, nous devons pouvoir nous maîtriser face à la colère. Si nous avons su patienter pour la rupture jusqu’au soir, nous pouvons patienter pour l’accomplissement de nos projets.
En tout état de cause, la patience est une lumière discrète mais puissante. Elle ne fait pas de bruit, mais elle stabilise le cœur. Elle ne cherche pas à briller aux yeux des gens, mais elle élève le serviteur auprès d’Allah.
Dans le cadre des « Lumières du
Ramadan », la patience apparaît comme une lumière protectrice : elle protège la foi contre le découragement, les actes contre la précipitation et le cœur contre l’amertume.
Puisse Allah nous accorder une patience belle et lumineuse, patience dans l’obéissance, patience face aux interdits et patience dans les épreuves.
Et puisse cette lumière acquise pendant le Ramadan continuer d’éclairer nos vies bien après la fin du mois béni.
NB : La foi musulmane est une foi active qui impose un devoir de présence.
Dr Inoussa COMPAORE
Imam à l’AEEMB et au CERFI






