Depuis avril 2026, l’Afrique du Sud fait face à une vague de violences et de manifestations xénophobes, alimentées par des groupes et mouvements nationalistes. Les ressortissants africains et asiatiques sont accusés par ces milices anti-immigration d’être responsables de la criminalité grandissante et d’aggraver le chômage endémique. Les discours hostiles des nationalistes n’ont pas tardé à laisser place à des chasses à l’Homme et à des contrôles de documents.
Les étrangers en situation irrégulière sont traqués comme du gibier à Johannesburg, Pretoria ou dans d’autres villes, ce qui a contraint plusieurs pays (Ghana, Mozambique, Nigeria, Zambie…) à rapatrier d’urgence leurs ressortissants. Des milliers de ressortissants africains ont regagné leurs pays, prenant les devants avant le 30 juin, date à laquelle les groupes anti-immigration ont prévu tenir de nouvelles manifestations. Il vaut mieux se mettre à l’abri des ennuis.
En réaction à cette situation qui scandalise le continent, le Président sud-africain, Cyrille Ramaphosa, a déclaré : « le peuple sud-africain n’est pas xénophobe. Il n’y a aucune place pour la xénophobie, le racisme, le sexisme, l’afrophobie ou toute autre forme d’intolérance ». Censés rassurés, ces propos ne peuvent pas effacer d’un coup de bâton magique, les violences xénophobes constatées ces dernières semaines au sein de la « Nation arc-en-ciel ».
Le spectacle désolant, auquel l’on assiste, est de nature à nuire à l’image de l’Afrique du Sud, une terre où toutes les communautés sont censées pourtant vivre en harmonie. Ce pays, qui a vécu ses heures les plus sombres, avec l’apartheid, système d’oppression et de domination de la minorité blanche sur la majorité noire, semble renouer autrement avec ses vieux démons. Le pays de Nelson Mandela fait revivre malheureusement le scenario tunisien, où les migrants d’Afrique subsaharienne avaient été pris pour cible en 2023.
A la vérité, l’Afrique du Sud est coutumière des violences xénophobes depuis 2008. Dans un contexte de chômage massif et de pauvreté, les migrants sont devenus des boucs émissaires des échecs de la gouvernance. L’Afrique du Sud est en droit de lutter contre l’immigration illégale (une législation restrictive et répressive a été mise en place), mais cela doit se faire dans le strict respect de la personne humaine.
Il n’est pas question de laisser des groupes extrémistes prendre le dessus et traiter les migrants en quête d’une vie meilleure comme des animaux. Stigmatiser les étrangers est devenu l’argument favori des nationalistes et des hommes politiques. Même s’ils combattent les dérives, les partis politiques surfent à chaque campagne électorale ou à certaines occasions sur la politique d’immigration, laissant transparaitre une certaine hypocrisie. Même le Congrès national africain (ANC) au pouvoir depuis 1994 ne peut pas se dédouaner. Des observateurs n’hésitent d’ailleurs pas à lier les évènements actuels aux élections municipales de novembre prochain.
Certains hommes politiques ne préparent-t-ils pas leur terrain tapis dans l’ombre en activant la fibre nationaliste dans l’espoir de rallier des voix ? Les autorités sud-africaines doivent œuvrer sans faux fuyants à ce que le rejet des migrants ne soit pas un trait distinctif de leur pays. L’ancien Président Nelson Mandela, qui considérait la libre circulation et l’intégration des peuples comme des principes fondamentaux, doit se retourner dans sa tombe en ce moment.
Kader Patrick KARANTAO






