Centrafricaine : Touadera ou la continuité

Ce n’est pas une surprise pour les observateurs avisés de la scène politique centrafricaine. Comme on pouvait le deviner aisément sans être un tapeur de sable, le chef
de l’Etat, Faustin-Archange Touadera, candidat à sa propre succession, a remporté la présidentielle du 28 décembre 2025. Les résultats provisoires publiés en début de semaine, notamment le lundi 5 janvier, donne le professeur d’université de 68 ans, vainqueur avec 76,15 % des voix, face à six autres adversaires. La Cour constitutionnelle dispose jusqu’au 20 janvier prochain pour valider les résultats ou statuer sur d’éventuels recours, mais cette démarche ne devra pas fondamentalement changer les résultats.

Touadera s’offre ainsi un 3e mandat contesté par une opposition qui opère en rangs dispersés. Avec cette défaite qui était prévisible, les opposants, dont les anciens Premiers ministres, Anicet-Georges Dologuélé et Henri-Marie Dondra, paient pour leur manque d’unité et de stratégie. Alors que certains Centrafricains rêvaient d’une alternance au sommet de l’Etat, Touadera, qui dirige le pays depuis 2016, va continuer son œuvre contre la volonté de ses détracteurs qui critiquent régulièrement sa gouvernance. Les adversaires politiques du chef de l’Etat centrafricain vont devoir encore le supporter pendant 7 ans, nouvelle durée du mandat présidentiel consacrée par la révision constitutionnelle de 2023. Touadera pourrait même s’éterniser au pouvoir, étant donné que le verrou de limitation des mandats présidentiels a été sauté dans la loi fondamentale.

En attendant de vivre un tel scénario, le président centrafricain reste aux commandes du pays et devra inscrire son action dans la continuité, avec plusieurs défis à relever pour le bonheur de ses compatriotes. Après sa victoire actée et l’euphorie qui va avec, la réalité du terrain va rattraper Touadera, dont la priorité N°1 reste la lutte contre l’insécurité. En dépit de l’aide de certains pays et de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabili-sation en Centrafrique (MINUSCA), la Centrafrique vit une situation sécuritaire précaire, alimentée par les groupes armés.

Plus de 72 % du territoire national ont été reconquis depuis janvier 2024, d’après un bilan présenté courant décembre 2025 par Touadera. Cette avancée salutaire laisse entrevoir toutefois des poches de résistance à dompter, pour sécuriser encore plus la Centrafrique. Le Nord et l’Est du pays nourrissent particulièrement les inquiétudes, puisque les exactions en tout genre et les tueries y sont fréquemment constatées.

De mauvaises nouvelles et de nature à semer la psychose proviennent régulièrement de ces zones, compliquant davantage la tâche aux autorités qui cherchent le bout du tunnel. Alors qu’ils constituaient des lueurs d’espoir pour un retour à la paix, les nombreux accords signés avec des mouvements armés n’ont jusque-là pas produits l’effet escompté. L’insécurité est toujours d’actua-lité avec les conséquences y afférentes, mettant au défi le Président Touadera depuis son arrivée au pouvoir. Va-t-il réussir à ramener définitivement la paix dans son pays au cours de ce 3e mandat ? On ne saurait le dire, mais, il s’y est engagé, se donnant encore plus de pression dans ce contexte d’incertitude en Centrafrique. La volonté y est, mais, le défi est de taille. Laissons le temps au temps…

Kader Patrick KARANTAO

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