De nouveaux acteurs de la souveraineté

Ce matin, le Président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré va féliciter, encourager, donner des conseils et orientations claires aux 65 000 appelés de la deuxième édition de l’Immersion patriotique obligatoire (IPO). Ce vaste programme civique, patriotique et militaire d’un mois destiné aux nouveaux bacheliers vise à inculquer à priori le civisme, la
discipline, l’intégrité, le sens des responsabilités et l’amour de la patrie aux futurs étudiants. En effet, il y a des moments dans la vie d’une Nation où l’éducation ne peut plus se limiter à la transmission des connaissances.

Des périodes où il faut apprendre à lire, à écrire, à compter, certes, mais aussi à aimer son pays, à le respecter et à se sentir responsable de son destin. Le Burkina Faso d’aujourd’hui fait ce choix de mieux outiller l’élite de demain à travers l’immersion patriotique qu’elle soit obligatoire, ou volontaire. Ainsi, les modules d’apprentissage sont variés et s’articulent autour de l’histoire nationale, le vivre-ensemble, les relations internationales et des notions de base de défense du territoire, entre autres. Instituée en 2025, l’IPO se veut un cadre de formation citoyenne destiné à construire des jeunes conscients de leurs devoirs envers la Nation.

Au-delà des exercices physiques et des enseignements reçus, la question fondamentale que l’on se pose à ce jour est de savoir quel type de citoyen le pays a besoin en cette période de grande mutations géopolitiques bouleversant l’ordre mondial ancien ? Car, le véritable enjeu de cette immersion n’est pas de former des jeunes capables de répondre à un ordre serré pendant quelques semaines. Il consiste à faire naître, ou à réveiller une conscience. Cette conscience qui pousse un citoyen à ne pas jeter ses déchets dans la rue, à respecter le bien public, à payer ce qu’il doit à l’Etat, à refuser la corruption, à protéger l’environnement, à travailler honnêtement et à défendre l’intérêt général.

Dans un pays où les populations réclament le développement, dénoncent des cas de routes dégradées, l’insalubrité, la corruption, l’incivisme (…), il faut reconnaitre que la résolution de ces défis ne se résument pas aux dirigeants du pays ou à l’administration seule.
Il est aussi de la responsabilité de celui qui brûle un feu rouge, refuse de porter son casque, ou encore de celui qui détruit un bien public, parce qu’il pense qu’il n’appartient à personne de changer de mentalité pour être utile à la société. Être patriote, ce n’est donc pas seulement chanter avec fierté l’hymne national ou brandir le drapeau à l’occasion d’une cérémonie. Le patriotisme se mesure dans les gestes ordinaires.

Il se vit dans la rue, au marché, à l’école, au bureau, dans les médias et sur les réseaux sociaux. Et ce sont les rudiments de cette autre école que l’immersion patriotique et les camps vacances Faso Mêbo dispensent aux apprenants, garants du Burkina Faso de demain. L’IPO ne doit pas être une parenthèse d’un mois dans la vie d’un jeune. Elle doit devenir le début d’une transformation profonde de nos habitudes journalières. Après l’immersion, le jeune appelé doit retourner dans sa famille, son quartier, son université ou son milieu professionnel avec une autre manière de regarder son pays.

Il ne doit plus attendre que le changement tombe du ciel. Il doit comprendre que chaque Burkinabè peut devenir un acteur de la souveraineté nationale et que l’étudiant qui travaille sérieusement prépare le Burkina Faso de demain, de même que l’agriculteur qui produit et nourrit la souveraineté nationale. Tandis que l’artisan qui transforme localement crée de la richesse. Et le journaliste qui informe avec rigueur protège le citoyen contre la manipulation. Tout comme le fonctionnaire qui refuse la corruption renforce l’Etat. Et le commerçant qui privilégie l’honnêteté participe à la construction d’une économie saine.

Wanlé Gérard COULIBALY

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