Les adeptes du culte ancestral ont maintenant la Journée des coutumes et traditions-le 15-Mai. Dans cet entretien, le président de l’Académie endogène des savoirs (ACADES), Dr Dramane Konaté, parle de l’importance du 15-Mai.
Sidwaya.info (S.I.) : Vous êtes le président de l’Académie endogène des savoirs (ACADES), que représente le 15-Mai, la Journée des coutumes et des traditions, pour vous ?
Dramane Konaté (D.K.) : Le 15-Mai représente une date à charge symbolique très forte pour les adeptes du culte ancestral. Je dis bien «culte ancestral» parce que « religion traditionnelle » est un concept plus large qui s’applique à toutes les formes de spiritualité qui tirent leurs sources des traditions millénaires. L’on parle de traditions judéo-chrétiennes, arabo-musulmanes, bouddhiques, etc. De ce fait, le culte ancestral ou « ancêtrisme » selon le grand maître Konomba Traoré, membre du collège des sachants de l’ACADES, apparaît comme l’ensemble des expressions et pratiques de la spiritualité typiquement africaine. Ses fondements reposent sur la voie tracée par les ancêtres avant l’avènement des religions abrahamiques. Les adeptes du culte ancestral ne renient pas l’existence de Dieu l’omnipotent, l’omniscient et l’omniprésent. Dans nos langues, il est régulièrement invoqué sous diverses épithètes : win nam en mooré, maatigi/dambaga en bambara, tangba/humpaa en lobiri/dian, etc.
Vu sous cet angle, le culte ancestral a un caractère « universel » d’autant que la notion du « Créateur originel » existe dans toutes les langues au monde, même s’il n’y a pas forcément des pratiques y relatives comme dans le bouddhisme et l’hindouisme, où le divin se trouve incarné en l’humain.
S.I. : Qui est à l’origine de cette journée ?
D.K. : Il faut rendre à Pacéré (Titinga) ce qui appartient à Pacéré, l’un des vice-présidents du Collège des sachants de l’ACADES afin d’honorer sa mémoire. C’est suite à sa lettre d’une trentaine de pages comportant une soixantaine d’annexes adressée au Camarade Président Ibrahim Traoré que le gouvernement s’est saisi de la question. Cependant, il faut reconnaître que c’est l’ensemble de la communauté coutumière qui est véritablement à l’origine de cette initiative, Pacéré Titinga au regard de son statut, n’étant que le porte-parole. La preuve, le ministère chargé des cultes a mené en amont une large concertation avec le Conseil supérieur de la chefferie coutumière et traditionnelle pour le choix de la période propice à la célébration du culte ancestral. Deux options étaient alors sur la table pour les rituels : le mois de mai annonçant les pluies en vue des invocations pour une bonne saison ; et le mois de janvier après les récoltes, afin d’adresser les remerciements à Dieu et aux ancêtres.
Suite au choix des dépositaires des traditions, le gouvernement a pris un décret d’officialisation de la Journée du 15-Mai.
S.I. : La célébration du 15-Mai a suscité des débats, quelles sont les dérives que vous avez constatées ?
D.K. : Le Livre blanc sur le 15-Mai, premier document du genre publié en 2025 par l’ACADES, apporte des éléments de réponses face à certaines dérives. Cette publication fait suite aux travaux du colloque sur l’endogène, qui a réuni les représentants des religions révélées et les adeptes du culte ancestral. Le Livre s’intitule « Le Culturel, le Spirituel, le Cultuel et l’Immortel ».
Nous avons pleinement conscience que même s’il y a des intellectuels parmi les partisans du culte ancestral, beaucoup d’autres ne savent pas lire ou ne sont pas alphabétisés. Sinon les dérives constatées sont multiformes : stigmatisation, menaces et violences verbales, autodafé (incendier) des livres saints, d’objets de culte, etc.
Au regard de ce qui précède, l’Académie de l’endogène prévoit, avec le soutien de partenaires institutionnels ou associatifs, d’animer des rencontres en langues nationales afin de sensibiliser sur la nécessité de préserver la paix et de la cohésion sociale
S.I. : Comment doit être célébrée cette journée ?
D.K. : Il faut rappeler que la journée du 15-Mai revêt certes une dimension spirituelle et cultuelle, mais aussi culturelle. Dans ce sens, le Laboratoire de l’endogène (ENDOLAB-ACADES) propose une série d’activités pouvant être menées pour célébrer nos traditions, entres autres : organiser des soirées de tradition orale (contes, légendes et proverbes) ; valoriser les produits locaux ; permettre aux enfants (même aux adultes) de connaître leur généalogie (ancêtres) et la signification de leurs patronymes ; découvrir la forge ancienne, le travail du tissage, les danses du terroir, etc.
Il faut aussi rappeler qu’à l’échelle universelle, les traditions sont célébrées diversement selon les cultures et les civilisations : fête des mères, des pères, des morts, des voisins, de l’amour, du vin, du pain, etc.
S.I. : L’ACADES a-t-elle prévu des activités le 15 mai ?
D.K. : L’Académie endogène des savoirs en tant que société savante rattachée à GENESIS, est au service de la communauté pour la transmission intergénérationnelle des valeurs et la promotion de la culture authentique de notre pays. Pour ce faire, elle est une force de proposition et d’action en vue du développement continu et harmonieux de la nation.
Les membres du Collège des sachants, intuitu personae, sont régulièrement sollicités chacun dans le domaine qui le concerne.
L’ACADES prévoit, dans le cadre des activités du 15 mai 2026, accompagner la sortie et la dédicace du «Livre culte », écrit par le Grand maître Konomba Traoré qui me fait l’insigne honneur d’en être le préfacier. Autrement dit, il s’agit d’un grimoire, un guide, un manuel qui consacre les fondements de l’ancestralité et de la spiritualité en Afrique.
Entretien réalisé par Alassane KERE






