La traque des créanciers

L’Etat burkinabè a lancé une offensive pour recouvrer ses créances, avec à la manœuvre, l’Agence judiciaire de l’Etat (AJE), censée préserver ses intérêts financiers. Le portefeuille des créances est estimé à 107 306 194 136 FCFA et comprend, entre autres, des chèques impayés, des créances bancaires, des créances ordinaires et des créances liées à des décisions de justice favorables à l’Etat. Les débiteurs de l’Etat ont un délai de 8 jours, à compter, du vendredi 17 avril 2026, pour s’acquitter de l’intégralité de leurs obligations auprès du service du Trésor public, en attendant l’opérationnalisation des paiements digitaux, par le biais de la plateforme Faso Arzeka.

Au cas contraire, les intéressés vont s’exposer à des avis de mise en recouvrement, à des avis de mise en demeure, des avis à tiers détenteurs, des fermetures d’entreprises, des saisies de biens mobiliers et immobiliers. Le plus frappant dans cette opération inédite, c’est la détection d’au moins 10 000 chèques impayés, évalués à plus de 33 milliards FCFA à la date du 31 mars 2026, par l’AJE. Aussi déplorable que cela puisse paraitre, ces chèques impayés relèvent de manœuvres frauduleuses orchestrées par leurs auteurs, en complicité avec des agents publics, pour ne pas payer les impôts ou d’autres prestations étatiques. Des entreprises fictives ont été créées pour pouvoir servir ce système maffieux. 

Si l’Etat s’active pour identifier et publier incessamment la liste des promoteurs des entreprises ayant émis des chèques impayés, sollicitant l’aide des populations contre de fortes récompenses, l’attitude des intéressés laisse sans voix. Ces citoyens sont prêts à tout pour parvenir à leurs fins. Même si le pays doit s’écrouler, pour satisfaire leurs intérêts égoïstes, ils ne vont pas s’en émouvoir. Au lieu de se livrer à des montages financiers grotesques et sans lendemain, ils auraient pu agir légalement en demandant des souplesses dans les paiements, en cas de soucis financiers.

Emettre un chèque impayé en règlement des impôts, des taxes ou de toute dette de l’Etat constitue une infraction assimilée à de la corruption. Se livrer à une telle pratique, c’est en rajouter à sa peine. Un citoyen qui aime son pays et veut aller de l’avant doit honorer ses impôts, au lieu de vouloir s’y soustraire.  L’importance de la collecte de l’impôt dans un Etat n’est plus à démonter, car, il permet de financer le fonctionnement des services publics, des infrastructures et autres réalisations. L’impôt est vital pour une nation. Il n’y a pas lieu de polémiquer là-dessus.    

Dans le contexte de la Révolution progressiste populaire (RPP), où l’accent est mis sur le financement endogène pour faire face à la lutte contre le terrorisme et développer le pays, le paiement des impôts prend tout son sens. Vouloir échapper à l’impôt, en utilisant des méthodes pas catholiques, c’est être contre le développement de son pays. Un patriote digne de ce nom ne se livre pas à de telles pratiques. Il faut donner l’exemple au lieu d’être la risée des autres.  Respecter les engagements financiers envers l’Etat est  une obligation et non une option, comme  l’a dit  le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala.

Kader Patrick KARANTAO

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