Libye : une lutte pour le pouvoir

Depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi, en 2011, la Libye vit une instabilité politique et une insécurité qui compromettent dangereusement son avenir. Promis à un bel avenir sous le règne du défunt Guide, ce pays n’est plus que l’ombre de lui-même, un champ de ruines avec une interminable lutte pour le pouvoir. L’enjeu surtout est de réunifier la Libye, qui en plus d’une situation sécuritaire extrêmement précaire, a deux gouvernements (l’un à Tripoli reconnu par la communauté itération et l’autre à l’Est soutenu par le maréchal Khalifa Haftar), deux Parlements et pratiquement deux armées.

A la manœuvre depuis plusieurs mois, pour ramener la Libye à son statut de pays indivisible, les Américains, qui ont déjà réussi à obtenir l’unification du budget, auront fort à faire pour mettre en place un gouvernement et une armée commune.  Si des unités militaires de l’Est et de l’Ouest de la Libye ont pris part, le 14 avril dernier à Syrte, à des exercices militaires organisés par le Commandement des Etats-Unis pour l’Afrique (Africom), ce qui laisse espérer un rapprochement, la fuite d’un plan américain pour la mise en place d’un seul exécutif agite le gouvernement d’unité nationale (GNU) de Tripoli, dirigé par Abdel Hamid Dbeibah.

D’après les indiscrétions, le document propose la formation d’un gouvernement unifié avec l’un des fils du maréchal Khalifa Haftar à la tête du Conseil présidentiel et le maintien de Dbeibah comme Premier ministre.  Cette proposition aiguise apparemment   les appétits dans la capitale. Depuis plusieurs semaines, un bras de fer a lieu, à Tripoli, entre le chef du Conseil présidentiel, Mohammed El-Menfi, qui assume les fonctions de chef de l’Etat intérimaire et le chef du gouvernement Dbeibeh, candidat à la présidentielle manquée de 2021. En cause, des divergences autour des nominations diplomatiques, des prérogatives de chaque instance et de la nomination du chef de la diplomatie, poste vacant depuis 2023. Pour le président du Conseil présidentiel, il lui revient de nommer les ambassadeurs à l’étranger et de pourvoir aux autres postes, pas au chef du gouvernement. 

Ces tensions sont favorisées par un flou autour des missions des instances, alimenté par l’accord politique de 2021, qui donne libre court à toutes les interprétations. Cette guerre pour le pouvoir est symptomatique de l’attachement des dirigeants libyens à des intérêts égoïstes, plutôt qu’à l’intérêt général.  L’urgence est pourtant ailleurs. Au lieu d’unir leurs efforts en vue de la pacification et de la réunification du pays, certains d’entre eux en sont réduits à des querelles de prérogatives.    

Ces bagarres de personnes ne sont pas de nature à favoriser un retour à la norme en Libye. C’est la preuve que les Etats-Unis et la communauté internationale, engagés à sauver le pays de Kadhafi, ont du pain sur la planche. Les réalités du terrain ne permettent pas de penser, que les Libyens sont prêts à fumer le calumet de la paix, à taire leurs divergences et à se retrouver pour construire, main dans la main, leur chère patrie. Mais, nous osons croire le contraire, car la Libye mérite de renouer avec la paix et le progrès.

Kader Patrick KARANTAO

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