La mycose buccale le plus souvent causée par le champignon Candida albicans, est un motif fréquent de consultation dentaire. Si cette affection reste le plus souvent bénigne lorsqu’elle est prise en charge à temps, elle traduit fréquemment un déséquilibre de l’écosystème buccal ou une fragilité immunitaire sous-jacente. Origines, symptômes caractéristiques et protocoles de soin, le lieutenant-colonel Dr Salama Yabré, chirurgien-dentiste, livre ses analyses et conseils pratiques.
Sidwaya (S.) : Qu’entend-on par mycose buccale ?
Salama Yabré (S. Y.) : La mycose buccale, aussi appelée candidose buccale, est une infection due à un champignon microscopique, le plus souvent causée par le champignon Candida albicans. Ce germe peut vivre normalement dans la bouche sans provoquer de problème. La maladie apparaît lorsqu’il se multiplie de façon excessive et déséquilibre la flore de la muqueuse buccale, c’est-à-dire le tissu qui tapisse l’intérieur de la bouche. On observe alors des plaques blanches, une rougeur ou une sensation de brûlure.
S. : Quels sont les facteurs qui déclenchent cette prolifération fongique ?
S. Y. : Plusieurs situations facilitent cette prolifération. Les antibiotiques, surtout lorsqu’ils sont pris sans indication ou pendant longtemps, peuvent supprimer des bactéries protectrices et laisser davantage de place aux champignons. Les corticoïdes inhalés contre l’asthme peuvent aussi rester sur la muqueuse si la bouche n’est pas rincée après l’utilisation.
Le risque augmente également en cas de diabète mal contrôlé, de bouche sèche, de tabagisme, de dénutrition ou de maladie diminuant les défenses immunitaires, comme une infection à VIH non traitée. Les prothèses dentaires insuffisamment nettoyées peuvent retenir l’humidité et les microbes. Chez le nourrisson, l’immaturité des défenses et le contact avec une tétine ou un biberon mal entretenu peuvent contribuer au problème en général sans danger. Tous ces facteurs ne prouvent pas, à eux seuls, qu’il s’agisse d’une mycose. Seul un professionnel peut confirmer le diagnostic.
S. : Comment le patient peut-il reconnaître les premiers symptômes ?

S. Y. : Le signe le plus connu est l’apparition de dépôts ou plaques blanchâtres sur la langue, l’intérieur des joues, le palais ou les gencives. Ils peuvent parfois s’enlever doucement, en laissant une zone rouge, sensible ou qui saigne légèrement. Mais la mycose n’est pas toujours blanche. Certaines formes donnent surtout une langue rouge et lisse, une sensation de brûlure ou un goût inhabituel. Le patient peut ressentir une bouche pâteuse, une gêne pour manger, une douleur en avalant ou des fissures aux coins des lèvres. Chez le bébé, on peut voir des plaques qui persistent malgré le nettoyage et une irritabilité pendant les tétées.
S. : Y a-t-il des profils de personnes particulièrement vulnérables ?
S. Y. : Certaines personnes sont plus exposées. Les nouveau-nés, en particulier durant le premier mois de vie, ont des défenses encore immatures mais c’est sans danger. Les personnes âgées peuvent être concernées en raison d’une bouche sèche, la prise de plusieurs médicaments, d’une alimentation diminuée ou du port d’une prothèse. Les personnes vivant avec le VIH, surtout lorsque le traitement antirétroviral n’est pas suivi ou que l’immunité est très basse, présentent davantage de candidoses et de formes récidivantes. Le risque est aussi plus élevé chez les patients diabétiques, les personnes atteintes de cancer, les patients recevant une chimiothérapie ou des corticoïdes et après une cure d’antibiotiques. Une prothèse dentaire mal entretenue favorise également l’infection. Cela ne veut pas dire qu’une mycose prouve automatiquement un VIH ou une autre maladie grave.
S. : Des risques de confusion existent-ils avec d’autres pathologies buccales ?
S. Y. : On peut confondre la mycose buccale avec d’autres maladies de la bouche. Une plaque blanche n’est pas toujours une mycose. Elle peut correspondre à un dépôt alimentaire, à une irritation ou une brûlure après un aliment très chaud, à un lichen plan, à une leucoplasie (plaque blanche qui ne s’efface pas) ou à une infection virale appelée leucoplasie chevelue, surtout chez les personnes immunodéprimées. Une langue rouge et douloureuse peut aussi être liée à un manque de fer ou de vitamine B12, à une allergie, à une maladie générale ou à la prise de certains médicaments.
Chez le nourrisson, des résidus de lait peuvent être confondus avec un muguet. A l’inverse, une vraie candidose peut ne présenter que des zones rouges, sans dépôt visible. Il ne faut donc pas gratter fortement la lésion, ni appliquer au hasard du bicarbonate, du citron, des antibiotiques ou des produits traditionnels irritants.
S. : Quelle est la démarche médicale pour poser un diagnostic certain ?
S. Y. : Le diagnostic commence par un interrogatoire notamment sur la date
d’apparition, douleur, traitements récents, diabète, sécheresse buccale, port d’une prothèse, asthme, grossesse éventuelle et antécédents médicaux. Le professionnel examine ensuite la langue, les joues, le palais, les gencives et la gorge. Dans beaucoup de cas, l’aspect des lésions et leur évolution suffisent pour poser un diagnostic clinique.
Si la présentation est inhabituelle, si le traitement échoue ou si les épisodes se répètent, un prélèvement de la plaque peut être réalisé. Au laboratoire, on recherche les levures ou leurs filaments au microscope et, dans certaines situations, on fait une culture pour identifier l’espèce. Un bilan complémentaire peut être proposé comme la glycémie, la recherche d’une cause de sécheresse buccale, la vérification des médicaments ou le dépistage d’une fragilité immunitaire. Cela se fait toujours avec l’accord du patient et dans la confidentialité. Une douleur à la déglutition peut faire suspecter une atteinte de l’œsophage et justifier une prise en charge médicale plus rapide.
S. : Sur le plan thérapeutique, quelles sont les solutions et la durée de prise
en charge ?
S. Y. : Le traitement dépend de l’âge, de l’étendue de l’infection, de la cause
et des autres médicaments pris. Pour une forme limitée, le professionnel peut prescrire un antifongique local, par exemple la nystatine, le miconazole, sous forme de gel, de suspension ou de pastille adaptée. Il faut respecter la durée et la fréquence indiquées, même si les plaques disparaissent rapidement. Pour une atteinte plus étendue, des récidives ou une suspicion d’atteinte de la gorge, un antifongique par voie générale, souvent l’amphotéricine B (Fungizone), peut être nécessaire. Une amélioration est souvent ressentie en deux à trois jours, mais le traitement dure généralement 7 à 14 jours, selon la prescription. Si aucune amélioration n’apparaît après environ une semaine, il faut consulter à nouveau le médecin. Le diagnostic peut être différent, la cause peut persister ou le champignon résister.
S. : Quels conseils pratiques préconisez-vous pour éviter les rechutes ?
S. Y. : La prévention commence par une bonne hygiène de vie, surtout une bonne hygiène buccale. Il s’agit du brossage des dents deux fois par jour, du nettoyage de la langue sans la blesser et d’une visite de routine chez le chirurgien-dentiste. Les prothèses doivent être brossées, rincées, désinfectées, selon les conseils reçus. Il faut aussi nettoyer le verre ou la boîte de rangement et consulter si la prothèse irrite ou tient mal.
Après un corticoïde inhalé, rincer la bouche à l’eau. Les antibiotiques ne doivent être utilisés que sur prescription. Une bonne hydratation, l’arrêt du tabac, la prise en charge d’une bouche sèche et l’équilibre du diabète réduisent le risque. Chez le bébé, les tétines, biberons et objets portés à la bouche doivent être lavés soigneusement, les mamelons maternels douloureux ou fissurés doivent être signalés au professionnel. En cas de VIH, le traitement antirétroviral régulier protège aussi contre les récidives. Enfin, une candidose qui revient souvent impose de rechercher la cause plutôt que de répéter l’automédication.
Interview réalisée par
Wamini Micheline OUEDRAOGO






