L’ONU face au miroir du Sahel

L’Envoyée spéciale du Secrétaire général des Nations unies, Sahle-Work Zewde, a effectué le 20 août 2026, une visite de travail au Burkina Faso. Reçue par le ministre des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré, l’ancienne présidente éthiopienne est venue recueillir les appréciations des autorités burkinabè sur l’action du Bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS).

Bien que la démarche soit accueillie favorablement par Ouagadougou, elle n’a pas empêché le chef de la diplomatie burkinabè de dire les choses franchement. « A défaut de nous féliciter, dites au moins ce qui est juste et vrai dans nos pays », a-t-il lancé. Un message qui traduit le sentiment d’un pays convaincu que les réalités vécues sur le terrain sont encore trop souvent mal comprises ou mal rapportées dans certaines instances internationales. La visite de travail de l’Envoyée spéciale du Secrétaire général des Nations unies, a ainsi remis sur la table une question qui mérite d’être posée. Quel regard l’ONU porte-t-elle réellement sur les réalités du Sahel ?

Le Burkina Faso ne demande pas à être encensé. Il demande de l’objectivité. Car, un diagnostic établi à partir d’infor-mations inexactes, incomplètes ou sorties de leur contexte ne peut conduire qu’à des interprétations approximatives et par conséquent, produire des réponses inadaptées.

Cette mise au point intervient alors que le Sahel connaît une profonde recomposition politique et géopolitique. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger, réunis au sein de la Confédération des Etats du Sahel (AES), revendiquent leur liberté de décision en matière de sécurité, de gouvernance et de développement. Pour l’AES, la sécurisation des territoires et la protection des populations constituent aujourd’hui la priorité absolue.

L’ONU peut naturellement avoir une lecture différente de ces choix. Mais elle ne peut faire abstraction des réalités qui les ont engendrés. Les changements politiques intervenus dans les trois pays sont aussi la conséquence de frustrations profondes et d’une crise sécuritaire qui a lourdement éprouvé les populations.

C’est là que se situe l’une des principales incongruités dénoncées par Ouaga-dougou. Il s’agit de vouloir appliquer les mêmes grilles de lecture à des pays confrontés à des situations différentes ou même des prises de décision à géométrie variable. La démocratie, la paix et les droits humains sont des valeurs universelles. Mais leur promotion gagne à tenir compte des contextes historiques, sociaux, politiques et sécuritaires propres à chaque Etat.

Le Burkina Faso appelle donc à une évolution des approches du système des Nations unies. Au-delà, il s’agit d’opérer des « réformes courageuses de l’ONU », comme l’a clamé à la tribune de la 80e session ordinaire de l’Assemblée générale des Nations unies, le 27 septembre 2025, le Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, qui dénonçait un « fiasco embarrassant » de l’ONU après huit décennies d’existence.

Dans cette perspective, l’UNOWAS peut jouer un rôle important. S’il devient réellement un outil de proximité et de diplomatie préventive, il pourrait contribuer à instaurer un dialogue plus direct, plus lucide et plus constructif entre les Etats sahéliens et le siège des Nations unies. L’Afrique a changé. Elle ne veut plus être seulement destinataire des décisions prises ailleurs. Elle entend participer pleinement à celles qui concernent son avenir.

L’ONU gagnerait à l’entendre. Le Sahel ne demande ni complaisance ni approbation. Il demande simplement que ses réalités soient traitées avec objectivité, que ses choix souverains soient respectés et que les faits soient rapportés avec justesse. Regarder le Sahel tel qu’il est, et non tel qu’on pense qu’il est, voilà le véritable défi qui se pose aujourd’hui à l’ONU.

Par Assetou BADOH

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