Métier de pépiniériste: une activité qui nourrit son homme mais aux défis immenses

Là où beaucoup ne voient que des sachets remplis de terre, les pépiniéristes aperçoivent déjà des arbres utiles à la population.

A Ouagadougou, le long des barrages ou dans les bas-fonds sont souvent exposés soigneusement dans des contenants en plastique, des milliers de jeunes plants. Ils sont arrosés avec minutie par des hommes et des femmes aux gestes précis et à l’abri des regards. Ce sont des pépiniéristes dont le métier reste largement méconnu du grand public. Le président du conseil d’administration de la faitière des sociétés coopératives des pépiniéristes et paysagistes du Burkina Faso, Tasséré Amos Tièmtoré, fait un décryptage des défis à relever et des opportunités à saisir.

Chaque matin, avant même le lever du soleil, ils sont déjà à l’œuvre à Ouagadougou. Arrosoir à la main, ils veillent sur des milliers de jeunes plants à travers la capitale avec l’espoir qu’ils devien-dront un jour des manguiers, des flamboyants, des neems ou encore des bougainvilliers. Ces hommes et ces femmes, appelés pépiniéristes, exercent un métier noble mais souvent méconnu. Tasséré Amos Tièmtoré est le président du conseil d’administration de la faîtière des sociétés coopératives des pépiniéristes et paysagistes du Burkina Faso.

Il confie que son métier consiste à produire des plants et à les vendre au public. En plus des arbres fruitiers, les pépiniéristes produisent également des fleurs et des plantes ornementales qui contribuent à l’embellissement des maisons. Installés généralement à proximité des points d’eau, ils jouent un rôle essentiel dans le verdissement des espaces urbains. Tasséré Amos Tièmtoré relève qu’à Ouagadougou, on dénombre près de 20 sociétés coopératives regroupant environ 1 500 pépiniéristes, tandis que leur effectif est estimé à près de 5 000 sur l’ensemble du territoire national.

Il avise que l’activité est lucrative. « C’est un métier qui nourrit son homme. Les recettes tirées de la vente des plants permettent aux producteurs de prendre en charge les besoins de leurs familles, notamment l’alimentation, les soins et la scolarisation des enfants », se réjouit-il. Si ce métier permet à des milliers de familles de subvenir à leurs besoins, il traverse néanmoins aujourd’hui une période difficile marquée par les réaménagements urbains et le déplacement de nombreux sites de production. En effet, ces pépiniéristes exercent dans des conditions souvent précaires, installés sur des sites provisoires, sans véritable sécurité foncière et exposés aux aléas des aménagements urbains.

A Ouagadougou, où plusieurs chantiers de réhabilitation ont entraîné le déplacement de nombreuses pépinières, ces acteurs de l’économie verte tentent de préserver leur activité, entre résilience, solidarité et espoir de lendemains meilleurs. Selon Tasséré Amos Tièmtoré, l’année en cours restera particulièrement éprouvante pour les pépiniéristes. « Les travaux d’aménagement du canal de Ouagadougou ainsi que les interventions au niveau des barrages de Boulmiougou et de Tanghin ont contraint de nombreux pépiniéristes à quitter leurs sites de production.», déplore-t-il. Puis de préciser que de nombreux plants sont morts lors du déménagement.A ceux-ci s’ajoutent d’autres professionnels qui ne savent plus où déposer leurs sacs à planter.

Un statut pour encadrer le métier

Les pépiniéristes sont souvent installés sur des sites provisoires, sans véritable sécurité foncière et exposés aux aléas des aménagements urbains.

Même si le président du conseil d’administration de la faîtière des sociétés coopératives des pépiniéristes et paysagistes du Burkina Faso reconnaît que ces travaux sont nécessaires pour le développement de la ville, il note que les pertes enregistrées fragilisent les producteurs. Face à cette situation, la faitière lance un appel aux autorités. Un cri du cœur qui semble être entendu. Pour Tasséré Amos Tièmtoré, un site est en cours d’identification du côté de la bande verte de Ouagadougou afin de permettre aux producteurs de reprendre leurs activités dans de meilleures conditions.

« Les échanges engagés avec les autorités devraient aussi permettre d’accorder un véritable statut au pépiniériste et d’assainir davantage la profession », assure-t-il. Le président du conseil d’administration de la faitière des sociétés coopératives des pépiniéristes et paysagistes du Burkina Faso soutient que l’objectif est de mieux protéger les producteurs et de garantir la qualité des plants mis sur le marché. « Les actions de renforcement des capacités se poursuivent également. Des formations de formateurs ont déjà été organisées afin d’améliorer les techniques de production conformément aux normes du secteur », confié-t-il.

Il salue également l’accompagnement de la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso, qui a facilité la formalisation d’une centaine d’entreprises de pépiniéristes et permis à plusieurs d’entre elles d’accéder à des financements pour développer leurs activités. Malgré les difficultés actuelles, les pépiniéristes restent convaincus que leur secteur connaîtra des jours meilleurs. Entre professionnalisation, struc-turation des coopératives et accompagnement institu-tionnel, ils espèrent continuer à contribuer durablement au reboisement, à l’embellisse-ment des villes et à la préservation de l’environne-ment au Burkina Faso.

Ahmed Abdoul Aziz HEBIE (Collaborateur)

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