Transformation numérique, inclusion financière et financement des PME: le bilan d’un projet structurant au Burkina Faso

Lancement des plateformes eBDT et Lanaya.

Kientega Kaongo Wilfried Séraphin est le coordonnateur du Projet d’Appui à l’Inclusion Financière et à l’Accès au Financement des PME (PAIF-PME). Dans cette interview, il nous fait le bilan des 7 années de mise en œuvre du projet.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Merci pour l’occasion que vous m’offrez à travers vos colonnes pour un faire un point sur les sept années de mise en œuvre du projet. Je suis Kientega Kaongo Wilfried Séraphin, Coordonnateur du PAIF-PME.

Après sept années de mise en œuvre, quel regard global portez-vous sur le Projet d’Appui à l’Inclusion Financière et à l’Accès au Financement des PME (PAIF-PME) ?

Pour répondre à votre question, il est important de rappeler le contexte dans lequel le projet a été mis en œuvre. Le PAIF-PME est né de la volonté du Gouvernement en 2019, avec l’appui financier de la Banque mondiale, d’un montant de cent-dix (110) millions de dollars, pour une durée initiale de six ans. Sa mise en œuvre s’est déroulée dans un environnement marqué par plusieurs défis, notamment des crises sécuritaires, socio-politiques et sanitaires (la COVID19). Le projet a également connu deux restructurations pour s’adapter à ces évolutions. Malgré ce contexte exigeant, les résultats obtenus sont particulièrement encourageants. De manière globale, le bilan est très positif. Le PAIF-PME s’est progressivement imposé comme un projet structurant dans la transformation du secteur financier au Burkina Faso. Sur le plan des performances, 81 % des indicateurs

globaux ont atteint ou dépassé leurs cibles, et l’ensemble des indicateurs liés à l’objectif de développement du projet ont été réalisés, voire dépassés, y compris après leur révision à la hausse lors de la revue à mi-parcours. Ces résultats traduisent non seulement une exécution satisfaisante du projet, mais surtout un impact concret et mesurable au bénéfice des populations, des institutions et des acteurs économiques. En définitive, le PAIF-PME apparaît aujourd’hui comme une expérience réussie, qui a contribué à poser des bases solides pour le développement de l’inclusion financière et l’amélioration de l’accès au financement des PME.

L’un des axes majeurs du projet est la digitalisation des paiements publics. Quels changements concrets cela a-t-il apporté ?

La transformation engagée est profonde et touche directement les paiements publics au quotidien, notamment le règlement des pensions, des droits de douane, ainsi que des impôts et taxes dus à l’État. Avant l’intervention du projet, ces paiements reposaient essentiellement sur l’usage du numéraire, le cash comme on dit, avec des contraintes importantes en termes de sécurité, de délais de traitement et de traçabilité des opérations. En effet, parallèlement aux projets de numérisation, le Projet a appuyé un diagnostic approfondi afin de répertorier les flux Gouvernement et élaboré un plan d’action en vue de passer à un portail de paiements Gouvernementaux pleinement intégré. Il était donc attendu en termes d’actions prioritaires dans ce volet les points suivants : achat de logiciels et de matériel informatique pour la mise en œuvre du portail de paiement de la CNSS, de la CARFO et de la DGD, assistance technique et formation pour la création, l’utilisation et la gestion de portail, frais de transaction facturés par les prestataires pour effectuer les paiements (réduction progressive pendant la durée du Projet), campagnes de sensibilisation à l’intention des bénéficiaires de la CNSS et de la CARFO et des entreprises

La Banque des dépôts du Trésor a été inaugurée par le camarade Ibrahim Traoré, Président du Faso, chef de l’Etat.

et particuliers opérant dans l’import/export, renforcement des capacités du personnel de la CNSS, de la CARFO et de la DGD, diagnostic approfondi pour répertorier tous les flux de paiement du Gouvernement et élaboration d’un plan d’action pour passer à un portail de paiement du Gouvernement entièrement intégré. Aujourd’hui, grâce au PAIF-PME, des avancées concrètes sont observées : plus de 16 000 retraités de la CARFO et de la CNSS perçoivent désormais leurs pensions à travers des canaux digitaux, la plateforme e-Douanes est en phase de test avancée, avec une mise en production imminente, la biométrie de CARFO est opérationnelle et l’enrôlement des pensionnés se poursuit quotidiennement, de manière globale, près de 17 858 usagers utilisent aujourd’hui des comptes de transaction, dépassant largement la cible initiale fixée à 9 300 bénéficiaires. Au-delà de ces résultats chiffrés, le changement le plus significatif reste d’ordre qualitatif. Les services sont désormais plus rapides, plus transparents, plus sécurisés, avec une réduction notable des risques de fraude, et surtout plus accessibles et confortables pour les usagers. En définitive, le projet a contribué à moderniser la relation entre l’État et les citoyens, en la rendant plus fluide, plus fiable et davantage orientée vers la qualité du service public.

Le Trésor public semble avoir connu une transformation majeure. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Le Trésor public est, en effet, l’un des principaux bénéficiaires du PAIF-PME. Le projet a accompagné une transformation en profondeur de ses systèmes d’informations et de ses modes de fonctionnement, à travers des réformes structurantes et audacieuses depuis 2019. Il faut juste rappeler que les résultats attendus de l’intervention du projet au profit de la Direction générale du Trésor et de la comptabilité publique (DGTCP) étaient les suivants : appui à l’installation de scanners de chèques et de la connexion réseau à la chambre de compensation automatisée (CCA) de la BCEAO, activation des virements électroniques de faible valeur, établissement d’une connexion SWIFT pour permettre des paiements de montants élevés, plateforme nationale pour le Trésor (système bancaire fondamental). Concrètement en ce qui concerne les réformes majeures soutenues par le PAIF-PME, cette modernisation s’est traduite par plusieurs avancées significatives sur le terrain: la connexion du Trésor public aux systèmes de paiement régionaux, notamment STAR-UEMOA et SICA-UEMOA, GIM-UEMOA renforçant ainsi l’intégration financière, la révision générale du SI bancaire, le SGDF, pour le mettre aux standards en la matière, l’émission et l’acquisition des cartes de débit pour la clientèle disposant de compte, avec l’embarquement dans le portefeuille de la Banque de la clientèle privé particulier, notamment les travailleurs du public, la mise en place de plateformes digitales telles que eProcedures (lan@ya) et eBanking, qui facilitent et sécurisent les opérations ; ces deux innovations majeures constituent pour la DGTCP un pas décisif vers un service public plus accessible, plus transparent et plus performant et un service bancaire public qui gagne en

Kientéga Kaongo Wilfried Séraphin a coordonné le PAIF-PME durant tout le processus.

fluidité, en rapidité et en efficacité, l’opérationnalisation de la Banque de Dépôt du Trésor (BDT) lancée officiellement le 2 août 2024 à Ouagadougou, par le Président du Faso, son Excellence, le Capitaine Ibrahim TRAORE, l’opérationnalisation de la plateforme nationale de paiement FASO ARZEKA dont le lancement officiel par son Excellence Monsieur le Premier Ministre est intervenu le jeudi 30 janvier 2025 par la fourniture conséquente en équipements et matériels à la DGCTP, le renforcement des infrastructures, notamment avec l’acquisition d’équipements techniques, de solutions de sécurité, entre autres, et de moyens modernes de paiement, ainsi qu’un engagement dans une démarche qualité conforme à la norme ISO 9001, entre autres. A ces investissements s’ajoute un important effort de renforcement sans précédent des capacités du personnel. En effet, les agents ont bénéficié de formations en cybersécurité, en architecture des systèmes, ainsi qu’en qualité de service, avec un accent particulier sur la maîtrise des nouveaux outils numériques. Les résultats obtenus par le projet au niveau de la Direction générale du Trésor et de la Comptabilité Publique (DGTCP) sont très significatifs. À titre illustratif, plus de 9,5 millions de transactions sont été traitées via les systèmes de paiement régionaux, dépassant largement l’objectif initial fixé à 6,5 millions. Ce niveau de performance s’explique par plusieurs facteurs : des investissements massifs soutenus dans les équipements et infrastructures, une accélération de la digitalisation des services, un renforcement continu des compétences des agents pour un service rendu aux clients (usagers du service publics notamment de la Direction générale du Trésor et de la Comptabilité Publique), un contexte économique et politique relativement favorable aux réformes et surtout, l’engagement et l’accompagnement constants des autorités du Ministère de l’Économie et des Finances pour la mise en œuvre de toutes ces réformes. Aujourd’hui, la Direction Générale du Trésor et de la Comptabilité Publique se positionne comme une administration moderne, plus performante, plus sécurisée et pleinement alignée sur les standards internationaux. Avec l’opérationnalisation de la BDT, la plateforme ARZEKA, la connexion aux système régionaux de paiement SICA st STAR-UEMOA, GIM-UEMOA, e-BDT et lan@ya, c’est autant de réformes audacieuses qui vont sans nul doute améliorer significativement les résultats en terme de recouvrement des recettes pour l’Etat, la réduction des délais de traitements, la transparence des opérations et la confiance des clients de l’administration, et c’est là un impact sans commune mesure sur le changement de comportement, d’habitudes dans les opérations et relations avec les services de l’administration financière. Nous assistons donc à une vraie transformation plus profonde en vue de rendre le service public aux clients de la DGTCP (usagers des services offerts par la DGTCP).

Qu’en est-il du secteur de la microfinance, souvent considéré comme fragile ?

Le secteur de la microfinance, souvent perçu comme fragile, a constitué un axe important de l’intervention du projet. À ce niveau, le PAIF-PME a apporté une contribution significative à la consolidation et à la modernisation du secteur, en accompagnant plusieurs acteurs clés. Il s’agit notamment de la Direction de la Surveillance et du Contrôle des Systèmes Financiers Décentralisés (DSC-SFD), du Fonds d’Appui aux Activités Rémunératrices des Femmes (FAARF) et de l’Agence Nationale de Promotion de la Finance Inclusive (ANPFI). Les résultats attendus étaient respectivement pour ces trois structures de mise en œuvre étaient de : renforcer la solidité et la durabilité du secteur de la microfinance (3,0 millions USD). Supervision et renforcement du secteur de la microfinance, renforcer la capacité du FAARF à faciliter la transition de la clientèle vers le secteur financier formel, Inciter les femmes rurales à intégrer le secteur financier formel, mettre en place un Observatoire des services financiers de qualité : Afin de renforcer la confiance dans les services financiers, Campagnes d’éducation financière : La sensibilisation pour l’utilisation des moyens numériques est cruciale pour l’adoption des services financiers numériques. Cette intervention vise à accroître la compréhension, la confiance et l’utilisation adéquate de la finance numérique par les clients. Les campagnes d’éducation financière s’appuieront notamment sur les technologies mobiles pour assurer que celles-ci sont largement diffusées auprès des particuliers et des entreprises. Concrètement, plusieurs outils structurants ont été mis en place  et des résultats obtenus : un système d’information mutualisé au profit des Systèmes Financiers Décentralisés, pour améliorer la gestion et le suivi de leurs activités ; un dispositif de supervision digitalisée,

basé sur les risques, permettant un contrôle plus efficace et plus réactif du secteur ; une interconnexion avec les solutions de mobile money, facilitant l’accès aux services financiers numériques pour les populations ; un système d’information de gestion performant au profit du FAARF, 72865 clientes du FAARF utilisent des comptes bancaires ou de mobile money dans leurs opérations avec l’institution sur un objectif de 23 577 juste avant le changement institutionnel ; 81 991 clientes du FAARF ont leurs transactions traitées dans le SIG sur une cible de 117 886 (données avant le changement institutionnel), la mise en place de la plateforme de l’Observatoire de la Qualité des Services Financiers (OQSF) pour suivre la qualité des services offerts aux usagers ; une plateforme de gestion des plaintes (SATIS), renforçant la protection des clients ; une plateforme intégrée d’éducation financière, WARICALAN, destinée à améliorer les connaissances financières des populations ; ainsi que l’acquisition d’infrastructures techniques, notamment des serveurs, pour assurer l’hébergement et la sécurisation de ces différents outils. 280 000 personnes ont bénéficié d’une éducation financière à travers le digital. Des campagnes de sensibilisation des populations en éducation financière ont été assurées á travers le processus suivant : Recrutement d’un cabinet pour la numérisation de modules d’éducation financière, recrutement d’un cabinet pour la diffusion de ces modules sous formes de capsules interactives dans les canaux digitaux (pages Facebook, sites web, Whatsaps etc.). Deux campagnes ont été organisées et ont permis l’atteinte de la cible initiale fixée à 275 000. En complément, le projet a mobilisé une assistance technique spécialisée, ainsi que des expertises en maîtrise d’ouvrage, afin de garantir la qualité et la durabilité des solutions mises en œuvre. Dans l’ensemble, toutes ces actions facilitées par le projet ont permis de rendre le secteur de la microfinance plus structuré, plus transparent et mieux outillé, tout en facilitant l’accès des populations, notamment les plus vulnérables, à des services financiers modernes et sécurisés.

Le troisième pilier concerne les PME. Quels impacts concrets peut-on retenir ?

Le Premier ministre a procédé au lancement de Faso Arzeka.

Le troisième pilier du projet, consacré aux PME, constitue en effet l’un des volets les plus structurants de notre intervention. Il s’est caractérisé par une approche équilibrée, agissant à la fois sur l’offre de financement et sur la demande, afin de répondre de manière plus efficace aux besoins du secteur. Concrètement, deux mécanismes complémentaires ont été mis en place par le Gouvernement : Le premier mécanisme est le Fonds de Garantie Partielle de Portefeuille (GPP), mis en œuvre à travers une convention de gestion entre l’Etat et la SOFIGIB pour accompagner le secteur financier. Ce nouveau mécanisme de financement dans le paysage financier national a permis de réduire le risque pour les institutions financières et de faciliter l’octroi de crédits à des acteurs souvent jugés risqués. En termes de performances obtenues grâce à cet outil de financement, nous pouvons relever quelles sont particulièrement significatives. En effet, la GPP a permis à 13 604 bénéficiaires sur une cible de 12 000 soit un taux de réalisation de 113,37%, (dont de

nombreux exploitants agricoles, PME et femmes entrepreneures) parmi lesquels 5 921 entreprises dirigées par des femmes sur une cible de 4000, soit un taux de réalisation de 148,03% au 28/02/2026. Le volume total des financements mobilisés atteint 142 869 941 599 FCFA sur objectif révisé fixé à 82 500 000 000 F CFA en fin de projet soit un taux de réalisation de 173,18% au 28/02/2026. Il est important de souligner que, sans ce mécanisme de garantie, une grande partie de ces bénéficiaires n’aurait pas pu accéder à ces financements dans de telles proportions. Ces performances s’expliquent par plusieurs facteurs clés : une forte disponibilité et un accompagnement rapproché de l’équipe de gestion du mécanisme au sein de la SOFIGIB, un suivi rigoureux des engagements des institutions financières participantes, avec des actions de relance ciblées ;  une gestion optimisée des ressources, permettant de réallouer les fonds vers les acteurs les plus performants ; et enfin, la confiance progressive des institutions financières, qui se sont pleinement approprié le dispositif.

Quant au second mécanisme, il repose sur un accompagnement direct des PME et un renforcement de leurs capacités.

Au titre des appuis directs, 162 lauréats sur un objectif de 150 ont été sélectionnés ont bénéficié d’une subvention de 2,6 milliards de FCFA, d’un appui technique, notamment à travers l’organisation de deux éditions de la Compétition des Plans d’Affaires (CPA, ainsi que des actions de renforcement des capacités pour produire des projets solides et bancables. En relation avec le renforcement des capacités des PME, il convient de noter que le projet a procédé d’abord à une évaluation des besoins pour adapter et prioriser son appui en services de développement des entreprises (SDE) :   Une étude a été réalisée sur les besoins de renforcement des capacités des MPME au Burkina Faso. Ensuite, le projet a apporté une Assistance Technique et des équipements pour les prestataires SDE dont deux ont été sélectionnés par un appel à projet : Formation, assistance technique et fourniture d’équipements à la MEBF et à l’AFP-PME. L’ensemble des actions réalisé améliore les compétences opérationnelles des deux structures sélectionnées en vue d’un meilleur accompagnement des entreprises. Les actions de formations prioritaires menées en faveur des femmes entrepreneurs et des PME se résument ainsi qu’il suit : Formations ciblées pour les femmes entrepreneurs, formation de 700 femmes déplacées internes des régions du Centre Nord et de l’Est en entrepreneuriat et gestion des Activités Génératrices de Revenus (AGR), formation de 200 femmes déplacées internes de la région du Centre-Est sur les bonnes pratiques de transformation agroalimentaire, formation de 494 femmes du Centre, Hauts-Bassins et Centre Nord et Boucle de Mouhoun et Centre Est en Gestion d’entreprise et relation bancaire, formation de 200 femmes des régions de la Boucle de Mouhoun, Hauts-Bassins et Centre Nord sur les itinéraires techniques de production, transformation et commercialisation du riz, formation de 200 femmes entrepreneurs du FAARF de la région du Centre et des Hauts- Bassins sur l’Initiative Personnelles (IP), formation de 200 femmes de la région du Centre Est, centre-Ouest et Sud-Ouest sur les bonnes pratiques de transformation en agroalimentaire, formation de 575 femmes PDI de la région du Centre-Nord et de l’Est sur les techniques de production de savon. Le renforcement des capacités pour les PME sélectionnées : 400 promoteurs des régions du Nord et des Cascades, Centre Sud et du Plateau Central ont été formés aux meilleures pratiques agricoles et céréalières, 300 PME ont bénéficié de formation d’entrepreneur agricole/ entrepreneuriat agricole (FBS) à Ouahigouya, 300 promoteurs agricoles ont été formés sur les techniques de cultures hors sol/sous serre et à Ouagadougou, 300 autres entrepreneurs agropasteurs en techniques d’embouche des ruminants (bovine/ovine) et la biosécurité à Ouahigouya et Ziniaré. De notre point de vue, au regard des résultats ci-dessus évoqué, on peut noter que ce pilier a permis de poser les bases d’un écosystème de financement des PME plus inclusif, plus structuré et plus dynamique, au bénéfice du développement économique et de la création d’opportunités.

Justement, pourquoi la CPA est-elle considérée comme une innovation majeure ?

Le Coordonnateur du Projet est reconnaissant à tous les partenaires de mise en œuvre.

La Compétition des Plans d’Affaires (CPA) est considérée comme une innovation majeure parce qu’elle intervient à un niveau déterminant, là où de nombreux dispositifs rencontrent des limites : elle est placée en amont du financement. Plutôt que de se concentrer uniquement sur l’octroi de crédits, la CPA agit sur la qualité même des projets. Elle permet de transformer des idées souvent informelles en projets structurés, crédibles et bancables. Concrètement, la CPA contribue à : accompagner les entrepreneurs dans la formalisation et la maturation de leurs initiatives, rapprocher les PME des institutions financières, en facilitant le dialogue et la compréhension mutuelle, intégrer des dimensions essentielles telles que le genre et l’innovation, afin de promouvoir une croissance plus inclusive et durable. Vu sous cet angle, la CPA joue un rôle de passerelle. Elle constitue un véritable pont entre l’économie informelle et le financement formel, en levant progressivement les barrières qui empêchent de nombreuses PME d’accéder aux opportunités de financement. C’est cette capacité à structurer la demande et à préparer efficacement les entreprises qui fait de la CPA un levier particulièrement innovant et à fort impact.

Quels ont été les principaux défis rencontrés ?

Les défis rencontrés au cours de la mise en œuvre du projet ont été de plusieurs ordres, ce qui est tout à fait normal pour une réforme de cette envergure. Nous avons d’abord été confrontés à une résistance au changement, notamment dans le cadre de la digitalisation des services, où l’adoption des nouveaux outils a parfois nécessité du temps et de l’accompagnement. À cela s’ajoute une maturité numérique encore limitée chez certains acteurs, ainsi que des contraintes en ressources humaines, en particulier en matière de compétences techniques spécialisées. Le contexte sécuritaire, la pandémie de la covid 19, les changements institutionnels en cours de mise en œuvre, a également représenté un défi, en impactant par moments le déploiement des activités sur le terrain. Cependant, ces difficultés ont été progressivement surmontées grâce à une approche adaptée. Le Projet a mis l’accent sur : le renforcement des capacités, à travers des formations ciblées, un accompagnement de proximité des acteurs et surtout, une forte coordination entre les différentes institutions impliquées, une adaptation progressive et permanente aux différentes évolutions qui ont caractérisé ou marqué toute la période de mise en œuvre du PAIF-PME. C’est cette combinaison d’efforts qui a permis de maintenir la dynamique du projet et d’atteindre les résultats enregistrés aujourd’hui.

Quels enseignements majeurs tirez-vous de cette expérience ?

De cette expérience, nous tirons plusieurs enseignements majeurs, dont trois apparaissent particulièrement déterminants. Premièrement, la transformation numérique constitue un levier puissant de modernisation et d’inclusion financière. Toutefois, elle ne peut produire pleinement ses effets que si elle est accompagnée sur le plan humain, notamment à travers la formation, la sensibilisation et l’appropriation par les utilisateurs. Deuxièmement, la coordination entre les différents acteurs est essentielle. Les résultats obtenus sont le fruit d’une collaboration étroite entre les institutions publiques, les partenaires techniques et financiers, ainsi que les acteurs du secteur privé. Sans cette synergie, les réformes auraient été plus difficiles à mettre en œuvre. Enfin, nous retenons que l’efficacité des interventions repose sur une approche intégrée. Il ne suffit pas de faciliter l’accès au financement ; il faut également renforcer les capacités des bénéficiaires et leur offrir un accompagnement adapté. C’est cette combinaison entre financement, renforcement des compétences et appui technique qui garantit des résultats durables, un suivi permanent sur le terrain pour s’assurer que toute ressource publique dépensée, investie dans ces circonstances va contribuer à améliorer la vie des bénéficiaires de ces appuis. Ce qui est plus que jamais recherché c’est ce qui contribue à changer, améliorer, faciliter la vie, le quotidien, réduire la souffrance des populations, ce qui impacte positivement en terme qualitatif ou qualitatif.

Ces enseignements constituent aujourd’hui des bases solides pour orienter les futures interventions dans le domaine de l’inclusion financière et du développement des PME.

Une seconde phase est évoquée. Quelles perspectives cela ouvre-t-elle ?

Effectivement, une seconde phase du projet est actuellement en réflexion, dans le cadre d’un nouveau cycle de financement. Cette perspective ouvre des opportunités importantes pour capitaliser sur les acquis et aller encore plus loin. Elle permettra, en premier lieu, de consolider les résultats déjà obtenus, en assurant la pérennité des réformes engagées, notamment dans la digitalisation des services financiers et la modernisation des institutions. Ensuite, cette nouvelle phase offrira la possibilité d’étendre les solutions digitales, en les rendant plus accessibles à un plus grand nombre d’usagers, y compris dans les zones encore peu desservies. Enfin, elle contribuera à amplifier l’impact en faveur des PME, en renforçant les mécanismes de financement, d’accompagnement et d’innovation. Le potentiel est particulièrement important aujourd’hui, avec le développement rapide des fintechs, qui ouvrent de nouvelles perspectives pour rendre les services financiers plus inclusifs, plus innovants et mieux adaptés aux besoins des populations et des entreprises. Et plus concrètement et au regard des grandes réformes déjà engagées ou en cours grâce à la première phase, des priorités actuelles du gouvernement et des enjeux tant dans le secteur public que privé un accent particulier pourrait être mis sur la consolidation et le renforcement des grands chantiers ouverts parmi lesquels, sans être exhaustif, on pourrait utilement retenir entre autres : une consolidation de la digitalisation en capitalisant sur le succès de la numérisation des paiements public du gouvernement en l’étendant à d’autres secteurs pour accroître la transparence, la qualité du service offert aux clients (usagers) et réduire les coûts de transaction, un renforcement des infrastructures techniques et structurelles de la Banque de dépôts du Trésor qui emporte avec elle sur les sept (7) dernières années les plus importantes réformes audacieuses transformationnelles entreprises en matière de paiement dans le secteur public, un renforcement sans précédent du secteur de la microfinance et la sécurisation des dépôts des épargnants, l’ouverture d’une ligne de crédit à long terme pour le financement des PME et des entreprises, une extension de l’éducation financière par une généralisation des campagnes d’éducation financière via le mobile qui a montré une grande efficacité pour toucher les populations rurales et les femmes.

En conclusion, que retenez-vous du PAIF-PME ?

Le PAIF-PME a accompagné des promoteurs d’entreprises qui avaient des projets structurants dans le cadre du Concours des plans d’affaires.

Ça été une mission, une expérience vécue. Des hommes et des femmes se sont mobilisés, de l’expertise a été mobilisée au plan national et au-delà des frontières nationales. C’est un engagement pris, des responsabilités assumées pour répondre, pour conduire une mission combien importante et exaltante confiées par les autorités du ministère de l’économie et des finances. En conclusion, le PAIF-PME démontre qu’un projet bien conçu et bien mis en œuvre peut produire à des transformations structurelles durables. Au cours de sa mise en œuvre, le Projet a enregistré des avancées significatives. Le projet a notamment : contribué à la modernisation des procédures de paiements publics à travers le numérique, en les rendant plus rapides, plus sécurisés et plus transparents, contribué au renforcement du secteur de la microfinance, en le rendant plus structuré et plus résilient, contribué à l’éducation financière et à la protection des consommateurs par la mise en place des outils appropriés (plateforme d’éducation financière, l’éducation financière à travers le digital) et amélioré de manière concrète l’accès des PME au financement, grâce à des mécanismes adaptés et innovants (Garantie partielle de portefeuille, CPA). Mais au-delà de ces résultats, l’apport le plus important du projet réside dans les bases qu’il a permis de poser. Il a contribué à construire un écosystème financier plus inclusif, davantage digitalisé et globalement plus performant, au bénéfice des citoyens, des entreprises et de l’économie nationale. C’est cette dynamique durable qui constitue aujourd’hui la véritable valeur ajoutée du PAIF-PME.

Votre dernier mot ?

Je voudrais saluer le leadership des autorités du Ministère de l’économie et des finances (MEF) qui nous ont accompagné et apporté toutes les orientations nécessaires ayant permis d’atteindre ces résultats. Je voudrais également traduire ma gratitude aux membres du Comité de pilotage pour leur accompagnement constant, dire merci à toute l’équipe du l’UGP, les partenaires de mise en œuvre qui ont mouillé le maillot comme on dit, l’expertise mobilisée autour du projet, la Banque mondiale pour sa grande flexibilité durant la mise en œuvre, les services techniques du MEF pour leur sollicitude durant ces sept années passées ensemble. A vous tous pour avoir été à nos côtés, recevez notre profonde gratitude. Ce niveau de résultat satisfaisant est le vôtre, il est collectif. Enfin, je voudrais avoir une pensée pieuse à la Secrétaire de Direction du projet qui, malheureusement, nous a quitté le 20 février 2025. Puisse le Seigneur Tout-puissant et miséricordieux lui accorder le repos éternel.

Arouna KABORE

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