Malgré leur forte visibilité sur les réseaux sociaux, les influenceurs ne sont pas les principaux moteurs du changement de comportement chez les jeunes en matière de santé sexuelle et reproductive. Deux études menées par le Réseau africain d’éducation pour la santé (RAES) au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Sénégal montrent que les jeunes font davantage confiance aux pairs et aux rôles modèles. Les chercheurs plaident pour une stratégie qui combine communication numérique, dialogue communautaire et renforcement des services de santé.
Les campagnes de sensibilisation aux droits en santé sexuelle et reproductive (DSSR) investissent de plus en plus les réseaux sociaux en s’appuyant sur des influenceurs pour atteindre les jeunes. Cette stratégie permet-elle réellement de modifier les connaissances, les attitudes et les comportements ? C’est à cette question que le Réseau africain d’éducation pour la santé (RAES) a cherché à répondre à travers deux études conduites dans le cadre du programme C’est la vie !
Réalisées auprès de jeunes âgés de 15 à 24 ans au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Sénégal, les enquêtes se sont déroulées entre décembre 2023 et février 2024, puis entre juin et octobre 2025. « Toutes les approches que nous utilisons dans le programme C’est la vie ! font l’objet d’une évaluation scientifique », explique Yaye Deffa Wane, chargée de recherche au RAES, lors d’un atelier régional de synergie organisé en juillet 2026 à Toubab Dialaw au Sénégal.
Pour mesurer l’efficacité des différents modes de communication, les chercheurs ont adopté une méthodologie mixte combinant questionnaires avant et après intervention, analyses quantitatives et discussions de groupe.
Les participants ont été répartis dans des groupes privés où étaient diffusés plusieurs types de contenus : des extraits de la série C’est la vie !, des témoignages de rôles modèles ayant vécu les situations abordées ainsi que des productions réalisées par des influenceurs dans leur propre style de communication.
Avant la diffusion des contenus, les chercheurs ont évalué les connaissances des participants sur les méthodes contraceptives, les services disponibles et leurs attitudes vis-à-vis de la santé sexuelle. Deux semaines plus tard, un second questionnaire et des groupes de discussion (focus groups) ont permis de mesurer les évolutions observées.
« L’objectif n’est pas seulement de savoir si les connaissances évoluent, mais aussi de comprendre pourquoi certains contenus produisent davantage d’effets que d’autres », précise la , chargée de recherche au RAES, Yaye Deffa Wane.
Crédibilité et popularité
Les résultats mettent en évidence un constat clair : la crédibilité de la personne qui porte le message compte davantage que sa notoriété sur les réseaux sociaux.
Ainsi, les témoignages de jeunes ayant vécu une grossesse précoce ou d’autres expériences auxquelles le public peut s’identifier inspirent davantage de confiance que les publications réalisées par des influenceurs.
Les participants indiquent d’ailleurs être conscients que les influenceurs sont rémunérés pour diffuser des messages de sensibilisation. Si leur capacité à accroître la visibilité des campagnes est reconnue, leur influence apparaît limitée lorsqu’il s’agit de provoquer un changement durable des comportements.
« Les influenceurs permettent d’amplifier les messages, mais ils ne suffisent pas à provoquer un changement durable des comportements », résume Yaye Deffa Wane.
Les chercheurs estiment qu’une exposition répétée à des messages cohérents, diffusés à travers plusieurs canaux (médias, plateformes numériques, communautés et services de santé) produit des effets plus importants qu’une stratégie reposant sur un seul vecteur de communication.
Jeunes leaders, des relais plus efficaces
L’étude montre également que les groupes animés par de jeunes leaders constituent l’approche la plus performante.
Dans chacun des trois pays, ces jeunes leaders ont réuni des membres de leur communauté afin d’échanger autour des contenus du programme. Les discussions ont favorisé une meilleure appropriation des messages et une participation plus active.
Les chercheurs observent chez ces participants une progression plus importante des connaissances, une meilleure compréhension des méthodes contraceptives ainsi qu’une plus forte propension à rechercher des informations ou à fréquenter les services de santé.
Pour les chercheurs, cette efficacité s’explique avant tout par la relation de confiance qui existe déjà entre les membres du groupe. « Lorsque les jeunes connaissent la personne qui anime les échanges, ils participent davantage et s’approprient plus facilement les messages », souligne Yaye Deffa Wane.
Les enseignements de la première étude, dit-elle, ont également conduit les chercheurs à élargir leur approche. Les jeunes interrogés avaient recommandé d’associer leurs parents aux interventions. Cette suggestion a été prise en compte dans la seconde étude, qui a intégré des groupes de parents. Les résultats montrent que les difficultés de communication entre parents et adolescents demeurent un obstacle important à l’accès des jeunes à une information fiable sur la sexualité.
Le RAES poursuit par ailleurs ses recherches afin de mieux comprendre le rôle des leaders religieux, dont l’influence sur les décisions familiales apparaît déterminante dans plusieurs contextes. L’objectif est d’identifier les leviers les plus efficaces pour favoriser des changements durables en matière de santé sexuelle et reproductive.
Boureima SANGA
Dakar, Sénégal
bsanga2003@yahoo.fr






