Gambie : une avancée judiciaire

C’est une bonne nouvelle pour les victimes de la répression et des abus de l’ancien Président gambien, Yaya Jammeh, qui a perdu le pouvoir en 2017, après sa défaite à l’élection présidentielle face à Adama Barrow. Le Fonds d’indemnisation des victimes du régime de l’ex-chef de l’Etat, créé par la Commission vérité, réconciliation et réparations (TRRC), va être renfloué de 2,5 milliards de dollars.

Cette somme provient de la saisie et de la vente d’une résidence acquise par le couple Jammeh en 2010 aux Etats-Unis, à la suite d’une enquête pour des faits de corruption, menée par la justice gambienne. La coopération des autorités judiciaires américaines a permis de rendre possible cette opération qui va faciliter la mise en œuvre du programme d’indemnisation des victimes du pouvoir Jammeh. Au-delà des investigations approfondies sur les violations des droits humains sous l’ère Jammeh, la TRCC a jugé bon de faire des versements de compensations aux victimes.

Plus de 1000 personnes sont concernées par le programme d’indemnisation entamé en janvier 2026. Si cette réparation financière est à saluer, le principal commanditaire des faits incriminés, dont les biens sont traqués, court toujours. Alors que plusieurs de ses anciens collaborateurs ont été jugés, Yaya Jammeh, lui, s’est réfugié depuis sa chute en Guinée Equatoriale, se mettant hors de portée de la justice. La justice gambienne a indiqué qu’il sera arrêté et jugé, s’il revenait au bercail, mais on est encore loin du compte. La création d’un tribunal hydrique a même été approuvée, mais rien n’y fit.

L’absence de traité d’extradition entre les deux pays et la protection dont il bénéficie de la part du Président équato-guinéen, Theodoro Obiang Nguema, compliquent son extradition. En 2021, la TRCC, qui tient Yaya Jammeh pour responsable de la mort d’environ 250 personnes, a pourtant recommandé des poursuites judiciaires contre lui pour meurtres, tortures, viols et exécutions extrajudiciaires. Il ne reste plus qu’à tout mettre en œuvre pour que l’ex-dictateur comparaisse un jour à la barre pour répondre de ses actes. On récolte ce que l’on a semé, comme le dit l’adage.

Les 22 ans de règne de Yaya Jammeh ne sauraient passer par pertes et profits. Il doit rendre des comptes devant l’histoire et devant le peuple gambien, traumatisé par son passage au sommet de l’Etat. Les responsabilités des atrocités et exactions commises sous son régime doivent être situées, afin de permettre au peuple gambien de panser ses plaies. Les victimes espèrent toujours que justice leur sera rendue. Le régime Jammeh évoque des douloureux souvenirs, difficiles à enterrer, tant bon nombre de ses compatriotes ont souffert le martyr. S’il semble à l’abri de la justice, se la coulant douce en terre équato-guinéenne, Yaya Jammeh devra tôt ou tard s’expliquer sur les actes répréhensibles commis sous sa gouvernance. Ce moment viendra…

Kader Patrick KARANTAO

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