
Depuis plusieurs semaines, le manque de gaz est criant à Ouagadougou. Pour en savoir davantage, Sidwaya s’est rendu sur le site de dépôt de la Société nationale burkinabè d’hydrocarbures (SONABHY) situé à Bingo, le mardi 13 janvier 2026. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, le directeur du dépôt de la SONABHY/Bingo, Jonas Sango rassure la population que la nationale des hydrocarbures ne connait aucunement une rupture de stock de gaz dans ses dépôts. Mieux, elle a augmenté ses capacités de sorties quotidiennes qui est passée de 400 à plus de 600 tonnes de gaz par jour afin de mieux répondre aux besoins des consommateurs en cette période de forte demande.
Sidwaya (S) : Ces derniers temps, le manque de gaz est de plus en plus une préoccupation, notamment pour les populations de Ouagadougou qui souffrent pour entrer en possession de ce précieux produit. Qu’est-ce qui explique cette situation ?
Jonas Sango (J.S.) : Au niveau de l’opérationnel, notamment au niveau du dépôt de la Société nationale burkinabè d’hydrocarbures (SONABHY), c’est une situation un peu incompréhensible pour nous. Car, pendant que les sorties sont normales au niveau de nos dépôts, et même que nous faisons sortir plus de gaz, curieusement, nous constatons que sur le terrain, il y a des manques. C’est d’autant plus incompréhensible que c’est une période où nous avons multiplié des actions pour permettre aux consommateurs finaux de pouvoir avoir le gaz sans difficulté. Ce qui est effectivement ressenti sur le terrain, nous
l’apprenons à travers les médias et aussi la population. Et c’est vraiment dommage, surtout que des efforts sont faits par la SONABHY pour que le gaz soit disponible pour les populations.
S : Concrètement, quels sont ces efforts ou actions déployés pour qu’il n’y ait pas de rupture de gaz pour les populations ?
J.S. : Concrètement, pour faire face à la période de forte demande de gaz, nous avons dû réorganiser nos équipes pour avoir une présence beaucoup plus accrue de l’équipe technique, notamment la maintenance au niveau des différentes lignes, de sorte à ce que lorsqu’il y a une petite panne, qu’elle soit prise en charge très rapidement pour limiter les temps d’arrêt. Ce qui, bien sûr, permet d’augmenter la production. Au niveau des équipes de production, c’est la période où, nous avons limité au maximum les congés pour nos agents, pour permettre d’avoir les équipes au grand complet.
Et mieux, avant la période de forte demande, nous fonctionnons pratiquement 5 jours ou au maximum 6 jours sur 7. Mais, depuis que la période de forte demande s’est annoncée, nos équipes travaillent 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Par jour, nous avons trois équipes qui se relaient. Vous remarquerez que nos équipes n’ont pratiquement plus de repos. Toutes ces actions visaient effectivement à permettre de mieux disponibiliser le gaz en cette période dont nous savons tous que la demande en gaz est très forte. A travers ces actions, nous constatons au niveau de nos sorties que nous avons fait sortir plus de gaz que ce que nous faisions auparavant.
Aujourd’hui, nous sommes allés à plus de 600 tonnes de gaz, soit plus de 600 000 kg de gaz, qui sortent par jour dans le dépôt de Bingo pour satisfaire la demande en consommation de gaz, afin de mieux couvrir les besoins de la population. Alors qu’auparavant, nous faisions sortir 400 tonnes par jour. Rien que pour le mois de décembre 2025, nous avons augmenté nos sorties de 7%, soit un pic de 695 tonnes de gaz par jour.
Cela montre qu’il y a quand même un effort supplémentaire qui a été fait.
Sur toute l’année 2025 également, nous avons consentis ces mêmes efforts soutenus, avec une moyenne d’augmentation autour de 18%.Au niveau des dépôts intérieurs, c’est aussi un ensemble d’actions qui sont mises en œuvre pour disponibiliser les gaz auprès des populations. Mais, comme vous le savez très bien, la SONABHY ne livre pas directement le gaz à la population. Malheureusement, nous ne maîtrisons pas les cycles après les dépôts pour que le gaz parvienne au niveau des consommateurs. Ce qui surprend est que des efforts sont faits, mais au finish, le gaz n’est pas présent.
S : En résumé, au niveau de la SONABHY, il n’y a pas un problème de manque de stock de gaz ?
J.S. : Oui. Si on veut résumer, nous n’avons pas de problème en matière de stockage et de livraison de gaz à l’instant.
S : Pour juguler le problème de pénurie de gaz, il y a un cadre de concertation regroupant toutes les parties prenantes intervenant dans le domaine du gaz qui a été mis en place et qui est fonctionnel. Quel est le rôle de cette instance de concertation multi-acteurs ?

J.S. : Le cadre de concertation a effectivement pour rôle d’anticiper sur les difficultés, comme celles que nous vivons actuellement, et d’entreprendre toute initiative visant à améliorer la disponibilité du gaz. Au niveau du cadre de concertation, nous n’avons pas que l’ensemble des acteurs, notamment les marqueteurs, les distributeurs de gaz, le Bureau des mines et de la géologie du Burkina (BUMIGEB), la Brigade mobile de lutte contre
la fraude (BMCRF), l’Agence burkinabè de la normalisation, de la métrologie et de la qualité (ABNORM), la Ligue des consommateurs du Burkina (LCB), la SONABHY.
C’est l’ensemble de ces acteurs qui réfléchissent sur comment faire pour anticiper sur les besoins en gaz de la population. Et ce cadre de concertation se tient périodiquement, pratiquement au moins une fois par trimestre. Quand le besoin se pose, même mensuellement, nous pouvons nous retrouver pour discuter des actions à entreprendre afin de permettre à la population d’avoir le gaz. Et, nous avons tenu la dernière rencontre courant novembre 2025 à Bobo-Dioulasso où, il était question qu’au niveau de la SONABHY, nous puissions mieux mobiliser nos équipes pour faire face à la période de forte demande. C’est ce qui nous a amené à passer à 7 jours de travail sur 7.
Et que nous puissions également les accompagner durant cette période de forte demande en laissant charger les bouteilles qui, normalement, ne devraient pas circuler au niveau de nos lignes. C’est ce que nous avons également fait. Du côté des marqueteurs, il était question que chacun puisse également travailler à disponibiliser les emballages au niveau de nos dépôts pour que les recharges puissent se faire.
Le BUMIGEB, par exemple, devrait travailler à ce que les bouteilles des différents marqueteurs soient entretenues comme il se doit. Parce que les bouteilles qui ne sont pas de bonne qualité jouent également sur nos lignes et peuvent entraîner des arrêts, des pannes. Il n’est pas rare d’entendre souvent des cas d’explosion de bouteilles, des incidents liés aux bouteilles de gaz. Nous voulons du gaz pour la population, mais il faudrait prendre des dispositions pour que ce gaz ne devienne pas un véritable danger pour la
population.
Quant à la BMCRF, elle doit traquer les fraudeurs, tous ceux qui travaillent à contre-courant

pour neutraliser les efforts qui sont faits afin de permettre à la population d’avoir le gaz. Vous voyez que chaque acteur, à son niveau, a un rôle à jouer pour permettre à la population d’avoir le gaz et dans les meilleures conditions.
Le passage aussi des 400 à 600 tonnes de gaz à faire sortir par jour est l’une des recommandations du cadre de concertation. Parmi les besoins des distributeurs, il a été demandé à la SONABHY de passer de 400 à 600 tonnes de gaz par jour pour leur permettre de mieux distribuer le gaz auprès de la population. Et, c’est ce que nous avons fait.
S : Peut-on dire qu’au niveau de la SONABHY toutes les dispositions sont prises pour garantir l’approvisionnement du pays en gaz, tout comme pour les autres hydrocarbures ?
J.S. : Affirmatif. La SONABHY met tous les efforts possibles pour disponibiliser les gaz et les autres hydrocarbures auprès de la population.
S : Pour terminer, avez-vous un message particulier à l’endroit de la population ou à l’ensemble des parties prenantes ?
J.S. : A l’endroit de la population, nous tenons, une fois de plus, à la rassurer qu’il n’y a pas de panique à se faire, car le gaz est disponible au niveau de la SONABHY. Nous invitons également l’ensemble de la population à dénoncer tout acte visant à saper les efforts qui sont faits pour disponibiliser le gaz. Car, si le gaz se retrouve là où il ne doit pas être, c’est que c’est la part de la population qui se retrouve dans ces endroits. Et cela vient anéantir ces efforts qui sont faits. Elle doit collaborer et interpeller la BMCRF qui ira bien sûr traquer ces individus qui s’adonnent à ces pratiques.
Interview réalisée par
Mahamadi SEBOGO
Windmad76@gmail.com





