Le Yémen est devenu un terrain de tensions géopolitiques où les rivalités entre les puissances étrangères se jouent. Au cœur de la bataille, les velléités pour le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb. Ce passage stratégique, où transite environ ¼ du commerce maritime mondial, voit resurgir des tensions qui opposent un peu plus d’une semaine les rebelles Houthis au gouvernement yéménite. En réalité, ces hostilités fratricides à la lisière de la mer rouge laissent transparaitre en filigrane l’identité de deux grandes puissances régionales, l’Iran et l’Arabie saoudite.
D’un côté, les Houthis, alliés de l’Iran contrôle le Nord et l’Ouest du pays, tandis que de l’autre, le Conseil présidentiel de direction, replié à l’Est est soutenue par les monarchies arabes. Dans l’esprit de contenir ce mouvement sécessionniste et soutenir le gouvernement du Président yéménite, Abdrabbo Mansour Hadi, chassé de la capitale par les rebelles, une coalition arabe conduite par l’Arabie saoudite est intervenue militairement en 2015. Cette aventure arabe, baptisée « tempête décisive », n’a pas vaincu le mouvement des Houthis. Au contraire, il a survécu et s’est renforcé au fil du temps et au gré des circonstances, au point de constituer un arsenal redoutable que ne le permettent certains Etats.
Cette opération n’ayant pas rendu aux monarchies du Golfe leur sécurité, l’Arabie saoudite, déterminée à contenir les Houthis opte pour une solution moins radicale et peu couteuse, un blocus aérien. En effet, l’obstruction aérienne faite aux Houthis, qui s’étaient emparés de la capitale Sanaa et une grande partie du Nord de Yémen depuis 2014, les avait privés jusqu’ici de toute navette aérienne. Mais, ce pari était sans compter sur leur intransigeance. Quoiqu’ils soient restés passifs depuis lors, les rebelles, en réaction à cette décision qui perdure, ont imposé un blocus naval à l’Arabie saoudite dans la mer rouge. Pourtant, l’Arabie saoudite compte sur ce détroit comme une alternative à la fermeture du détroit d’Ormuz pour exporter son pétrole à ses partenaires en Asie de l’Est. Quant à l’Iran, il compte sur son proxy pour renforcer son influence régionale.
Aussi, il s’agit pour lui, d’un instrument de pression sur ses principaux rivaux. Après une longue accalmie, qui dure depuis 2022, la trêve, négociée 4 ans plus tôt sous l’égide des Nations unies dans l’optique de mettre fin à la guerre civile, s’est effondrée après les violentes attaques des Houthis pour s’emparer les villes côtières de la mer rouge. Cette
situation attire l’attention des observateurs sur un éventuel retour à la guerre civile au Yémen déjà en lambeaux par des décennies de guerres meurtrières.
En somme, le Yémen est devenu un terrain de conquête étrangère. Les puissances extérieures téléguident les belligérants pour assouvir leurs motivations politiques et asseoir leurs influences régionales. Toute chose qui compromet la souveraineté du pays et renvoie aux calendes grecques tout compromis de paix. Pour l’intérêt du Yémen, il est préférable pour les groupes rivaux de rompre avec les puissances qui les utilisent comme instrument pour des fins qui desservent les populations. Une telle situation exige une prise de conscience et un dialogue national inclusif qui, à défaut de faciliter la réunification du pays, préservera la paix à laquelle les populations aspirent tant.
Soumaïla BONKOUNGOU






