Dans le but de sortir du cycle historique des régimes dont l’essence réside dans le déclin et la disparition des pouvoirs qui s’éloignent des masses populaires et sombrent dans la corruption, le Parti communiste chinois (PCC) est engagé dans une « Auto-Révolution ». Mais que renferme ce concept ? Lors d’une conférence organisée à l’intention des journalistes francophones participant au programme 2026 du Centre international de presse et de communication de Chine (CIPCC), le Professeur Wang Kun de l’Université des langues étrangères de Pékin a apporté des éclairages.
L’Empereur Chongzhen, le dernier empereur de la Dynastie Ming en Chine a été diligent et réformateur. Malheureusement, son règne a par la suite été tachée par la corruption bureaucratique, des luttes de factions et l’accaparement des terres par les privilégiés au détriment du peuple qui était désormais plongé dans la misère. Cette situation a entraîné l’effondrement rapide de la dynastie.
Tout comme la dynastie Ming, l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) s’est effondrée par absence d’autocritique et de supervision par le peuple. Corruption généralisée, privilèges figés et coupure de masses avaient plongé la population dans un mécontentement qui a finalement entraîné la disparition du parti et de l’Etat.
Ces deux exemples confirment le cycle historique des partis dont l’essence réside dans le déclin et la disparition des régimes qui s’éloignent des masses populaires et sombrent dans la corruption. Prenant en compte les avertissements de ces cas historiques, le Parti communiste chinois (PCC), depuis sa création travaille à y apporter une réponse permanente. La première réponse intitulée « La Supervision par le Peuple » a été proposée par Mao Zedong lors du Dialogue de la Grotte en 1945.

Elle indique que laisser le peuple superviser le gouvernement est une nouvelle voie pour sortir du cycle, une force de contrainte externe. « Nous avons trouvé une voie nouvelle, nous pouvons briser ce cycle historique. Cette voie nouvelle, c’est la démocratie. Seul le peuple qui supervise le gouvernement empêche celui-ci de se relâcher. Si chacun assume ses responsabilités, le régime ne s’effondrera pas à la mort de ses dirigeants”, avait-il déclaré.
Au terme d’un siècle de lutte et surtout grâce aux nouvelles pratiques menées depuis le XVIIIème Congrès, le Parti a formulé une seconde réponse : l’Auto-Révolution. Mais qu’est-ce que l’Auto-Révolution ?
Une discipline rigoureuse dans les rangs du parti
Cette citation du Secrétaire général du PCC Xi Jinping par ailleurs Président de la République populaire de Chine donne un aperçu global de ce concept: « Nous devons faire de l’édification politique du Parti le guide général, afin d’ancrer la direction politique fondamentale de l’auto-révolution; nous devons considérer l’édification idéologique comme l’œuvre de base du Parti et forger une arme idéologique acérée pour l’auto-révolution; nous devons appliquer avec fermeté les « huit recommandations » du Comité central sur l’amélioration du style de travail, resserrer la discipline pour redresser les tendances malsaines et enrichir les voies efficaces de l’auto-révolution; nous devons maintenir une lutte implacable contre la corruption et punir sans relâche les abus de pouvoir, pour mener avec succès les batailles décisives et les campagnes prolongées de l’auto-révolution ; nous devons renforcer les fonctions politiques des organisations du Parti ainsi que leur cohésion et leur capacité d’organisation, afin de former des cadres audacieux, compétents dans la lutte et résolus à s’engager dans l’auto-révolution; enfin, nous devons construire un système normatif permettant l’auto-purification, l’auto-perfectionnement, l’auto-innovation et l’auto amélioration, afin de garantir institutionnellement la promotion de cette grande œuvre d’auto-révolution ».

L’Auto-révolution du PCC se manifeste à travers l’application intégrale d’une discipline rigoureuse dans les rangs du Parti. « Mieux vaut offenser mille personnes que de trahir les 1,4 milliards de Chinois », souligne le président Xi Jinping.
Dans cette dynamique, plusieurs mesures sont mises en œuvre par le parti. Le PCC mise notamment sur l’éducation aux idéaux et convictions pour « nourrir le calcium spirituel ». Il applique strictement les critères de sélection et de nomination des cadres afin de former une équipe de haute qualité, persévère dans la rectification des styles de travail et le resserrement de la discipline, en appliquant avec constance les « huit directives » du Comité central.
L’une des mesures essentielles mises en œuvre par le parti est la tolérance zéro à la corruption tout en promouvant de manière intégrée l’objectif que « les cadres n’osent pas, ne puissent pas et ne veuillent plus être corrompus ».
Du point de vue du PCC, la corruption ronge la santé du Parti, porte atteinte à l’équité et à la justice sociales, nuit aux intérêts immédiats des masses populaires et ébranle les fondements mêmes de l’exercice du pouvoir par le Parti. Au-delà de la perte de ressources publiques et de la perturbation de l’ordre économique, les actes de corruption attisent le mécontentement social et compromettent la stabilité et l’harmonie de la société.
Plus grave encore, la corruption affaiblit la cohésion et la capacité d’action du Parti, érode la crédibilité de l’administration et freine la modernisation du système et de la capacité de gouvernance de l’État. Il est donc impératif selon les responsables du PCC de prendre pleinement conscience de la dangerosité extrême de la corruption, de l’affronter avec une tolérance zéro, de la combattre résolument et de préserver l’image et les intérêts du parti et de la nation.
L’une des méthodes est l’instruction avec fermeté des affaires impliquant des infractions disciplinaires et légales.
“Frapper à la fois les tigres et les mouches”
Dans sa dynamique de lutte contre la corruption, le PCC « frappe à la fois les tigres et les mouches », c’est-à-dire qu’il traite aussi bien les affaires majeures que les cas de corruption touchant directement les populations locales ;
Par ailleurs, il agit à la fois sur les symptômes et sur les causes profondes de la corruption en alliant une répression sévère de la corruption à une prévention et à une éducation soutenue.
La lutte acharnée contre la corruption mise en œuvre par le PCC se fait dans la primauté du droit. Les cas soulevés au sein du parti sont en effet remis à la justice pour jugement. Toutefois, les mis en cause sont également soumis à des sanctions au sein du parti allant jusqu’à la radiation.

Le PCC mise par ailleurs sur la technologie en exploitant le big data et d’autres outils numériques pour accroître l’efficacité de la lutte contre la corruption. Les masses populaires sont également mises à contribution en fournissent des indices. Les méthodes et stratégies de lutte contre la corruption en Chine ont produit des résultats exceptionnels et pourraient inspirer plusieurs pays où la corruption demeure un véritable frein au développement.
La construction institutionnelle constitue par ailleurs une stratégie fondamentale et à long terme pour une gouvernance du Parti globale et stricte. Il aide à consolider les bonnes pratiques en les élevant au rang de normes et de mécanisme à long terme. Ce qui favorise une stabilité à long terme pour le Parti et le pays, et garantit que le Parti reste toujours le noyau de direction fort de la cause du socialisme aux caractéristiques chinoises.
Bien que le PCC soit sur une très bonne dynamique, l’application rigoureuse intégrale de la discipline au Parti et l’Auto-Révolution doivent demeurer une entreprise sans fin, foi du président Xi Jinping. « Nous ne devons jamais céder à la tentation de relâcher nos efforts, de nous reposer sur nos lauriers ou de nous lasser de la lutte. Nous devons poursuivre sans relâche l’application rigoureuse intégrale de la discipline au Parti, faire progresser en profondeur le nouveau grand projet de construction du Parti pour la nouvelle ère, et guider la révolution sociale par l’Auto-Révolution du Parti », clame-t-il.
Nadège YAMEOGO






