Plongé dans la guerre depuis trois ans, le Soudan occupe régulièrement la Une de l’actualité avec des combats meurtriers et leurs lots de morts, de blessés et de déplacés. Le conflit, qui oppose l’armée du général Abdel Fattah Al-Burhan aux Forces de soutien rapide (FSR), s’étend et menace d’ailleurs d’embraser la région, mettant davantage la pression sur la communauté internationale. Les deux camps se disputent le contrôle du pouvoir, ruinant de jour en jour le pays. C’est dans ce contexte sécuritaire préoccupant au Soudan que le patron de l’armée a lancé, à la mi-août, l’initiative d’un dialogue national devant aboutir à une paix durable. Le processus a été mis en route avec la première session du Comité de préparation au dialogue national, tenue le dimanche 30 août dernier, en vue de définir l’agenda et le cadre du dialogue voulu inclusif.
Cette trouvaille du Gal Al-Burhan vient en complément aux efforts diplomatiques régionaux et internationaux entrepris, qui, jusque-là, n’ont pas permis de faire taire les armes. Si elle est à saluer et encourager, l’initiative du chef de l’armée soudanaise, qui tient les rênes du pays, démarre avec beaucoup de faiblesses. Appelé à avoir, entre autres des consultations avec les acteurs sociopolitiques et les partenaires régionaux et internationaux, le Comité de préparation au dialogue entame sa mission dans un environnement de défiance et de méfiance. En plus, du fait que les FSR sont plus disposés à guerroyer qu’à palabrer, une bonne partie de la société civile et de l’opposition politique s’est déjà démarquée de ce processus de paix naissant, au motif qu’il ne saurait se tenir, sans un arrêt des combats au préalable.
Ces acteurs n’ont pas tout faux. Plusieurs cessez-le-feu ont été initiés, mais aucun n’a été concluant, face à la détermination des belligérants à se neutraliser sur le plan militaire. Autre considération qui pourrait nuire au processus sorti du laboratoire du Gal Al-Burhan : les implications étrangères dans le conflit. Des pays soutiennent de part et d’autre, l’armée régulière et les FSR, de telle sorte que les avis ou propositions de certains partenaires pourraient souffrir de subjectivité. L’idée du Gal Al-Burhan en faveur de la paix peut-elle prospérer dans ces conditions ? On a beau prié pour un retour à la paix au Soudan, un dialogue sérieux ne peut être envisagé, pendant que les combats font rage.
Le premier pas vers la paix au Soudan, où une dizaine de millions d’habitants ont quitté leurs foyers, c’est de parvenir d’abord à un cessez-le-feu, pour ensuite donner la chance aux négociations. Autrement dit, la machine de la paix restera grippée. L’armée et les FSR, qui se livrent une guerre sans merci, doivent mettre de l’eau dans leur vin, en allant à un cessez-le-feu. Si les deux parties en conflit prétendent défendre la cause du Soudan, ils doivent franchir ce pas indispensable sur le chemin du retour à la paix. C’est en cela, que l’initiative du dialogue du Gal Al-Burhan parait à son corps défendant, un projet mort-né.
Kader Patrick KARANTAO






