Vente de casques à Ouagadougou : du pain béni pour les commerçants

Le casque est aujourd’hui l’une des marchandises, la plus convoitée sur le marché burkinabè.

Au Burkina Faso, la rigueur du ministère de la Sécurité sur le port obligatoire du casque occasionne un business florissant pour les commerçants. Face au refoulement systématique des non casqués, la demande est devenue forte, augmentant ainsi leurs recettes. Cette nouvelle donne fait du casque, l’article le plus convoité du moment.

Mardi 25 août 2026. Nous sommes à Paspanga, un quartier populaire de l’arrondissement 2 de Ouagadougou. C’est le train-train quotidien aussi bien pour les habitants de cette localité de la capitale et ses environs, dans son ensemble. Aux feux tricolores du Centre national des arts, du spectacle et de l’audiovisuel (CENASA), il est 10 heures. La circulation est marquée par une cacophonie due aux bruits des motos et des véhicules et aux voix discordantes des passants.

C’est dans ce spectacle que Issouf Zoundi, vendeur de carburant et de casques, a installé son commerce à proximité d’un feu tricolore. Le soleil, en ce mois d’août, qui fait apparaître ses premiers rayons, fait transpirer sieur Zoundi. Mais, il ne s’en préoccupe pas, tellement la vente du casque le préoccupe depuis que le gouvernement a institué son port obligatoire. Son corps trempé de sueur, Issouf Zoundi, l’air jovial, sert son premier client, avant d’accepter d’échanger avec nous.

Pour lui, la nouvelle dynamique permet d’écouler davantage de casques. « Il y a de nombreux avantages liés à l’obligation du port du casque dictée par les autorités. Non seulement, il protège les usagers de la route, mais aussi constitue un business lucratif pour nous, les vendeurs. Je vends plus que d’habitude », se réjouit Issouf Zoundi. Il indique que cette mesure a amené les usagers de la route à prendre conscience de l’importance de l’utilisation du casque.

« Les gens ont fini par comprendre que le casque protège leur vie et celle des autres », ajoute-t-il. Ce constat est le même chez Djibril Ouattara (nom d’emprunt), vendeur de casques depuis plus de trois ans à Ouagadougou. Assis au milieu d’un étalage de modèles variés empilés les uns sur les autres, ce trentenaire accueille à longueur de journée les usagers non casqués refoulés par les forces de sécurité, ainsi que quelques automobilistes.

Hausse des ventes

Il dit avoir constaté une hausse de ses ventes depuis le contrôle des policiers dans les rues.
« Jamais, je n’ai réalisé autant de ventes en un temps record. Quand les policiers refoulent les usagers non casqués, nous y gagnons. Je suis satisfait de mon chiffre d’affaires », insiste Djibril Ouattara, sans préciser le nombre de casques vendus. Pendant que nous échangeons, des clients continuent d’affluer. En moins de dix minutes, une dizaine d’entre eux se sont déjà procuré leur casque, laissant l’accès à plusieurs autres qui attendent d’être servis. Les utilisateurs de casque, quant à eux, déplorent la flambée des prix depuis la mise en application de la mesure obligatoire par le gouvernement.

C’est le cas de Zakaria Derra, un client venu à véhicule accompagné de sa sœur chez Djibril Ouattara. Dans la négociation des prix des casques, l’entente n’est pas au rendez-vous. Zakaria Derra décide alors de replier en renonçant au casque en raison, dit-il, de son coût élevé. « Le casque que j’achetais à 6 000 F CFA s’achète aujourd’hui à 10 000 F CFA », s’indigne-t-il. Il invite les vendeurs de casques à ne pas profiter de la décision de l’exécutif burkinabè pour faire de la spéculation.

Il appelle à agir avec civisme pour permettre à chaque Burkinabè d’avoir un casque « Chers commerçants, même si votre bénéfice n’est que de 500 F CFA par casque, vendez-en aux citoyens ! », lance Zakaria Derra. Mais Tasseré Ouédraogo, professeur d’éducation physique et sportive, un autre client de Djibril Ouattara, semble prendre son mal en patience. « Ce casque que je viens d’acheter est destiné à ma protection, et c’est aussi un moyen de me conformer à la réglementation », laisse-t-il entendre. Il félicite les autorités pour cette rigueur qui permettra, selon lui, de réduire drastiquement le nombre de pertes en vies humaines sur les routes.

Une variété de casques disponibles sur le marché

Selon le commerçant, Abdoul Rachid Ouédraogo, la nouvelle règlementation fait “ l’affaire” des vendeurs de casques.

« De nos jours, nous voyons trop de gens perdre la vie ou subir des traumatismes graves simplement, parce qu’ils ne portaient pas de casque », déplore-t-il.
Les lieux de vente de casques dans la ville de Ouagadougou sont variés. A la place de
la Nation, Abdoul Rachid Ouédraogo fait de la vente de casque, son gagne-pain quotidien. Il exprime sa satisfaction de voir ses recettes grimper depuis l’annonce du port obligatoire de casque. De deux casques vendus par jour, il est passé à une dizaine.

Il renseigne que sur le marché national, les prix des modèles simples et modulables varient entre 4 000 FCFA et 30 000 FCFA. Toutefois, Abdoul Rachid Ouédraogo dit apercevoir que le choix de la population se porte principalement sur les casques dont la valeur
oscille entre 5 000 FCFA et 15 000 F CFA. Au-delà des réalités liées à la vente et à l’achat de casques, les usagers majoritairement ne tarissent pas d’éloges à l’endroit du gouvernement dont ils saluent la fermeté.

Pour eux, ce serait une fierté de voir l’ensemble de la population adoptée le bon réflexe, qui est le port du casque. Aïchatou Sanogo est de ceux-là. Vacancière à Saaba, elle exprime son satisfécit :
« Le port du casque est une habitude pour moi. Je suis très contente de voir autant de personnes en porter aujourd’hui, surtout les jeunes », dit-elle, tout en invitant les autorités à intensifier les contrôles. Quant à Augustine Sawadogo, étudiante en communication, elle exhorte les plus réfractaires et les plus sceptiques à privilégier leur sécurité : « Beaucoup de personnes mettent un casque uniquement pour éviter d’être refoulées ou verbalisées, alors que cela ne devrait pas être la motivation principale. Car en matière de sécurité routière, sauver sa vie ne doit pas être une option : c’est une obligation », se convainc-t-elle.

Zourkanaï SANOGO
(Stagiaire)

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