Champs de la paix de Farakoba et de Tolotalama dans le Houet: un modèle d’intégration réussie entre PDI et populations hôtes

A Farakoba, l’heure est à la préparation du champ pour affronter la saison des pluies.

Initié en 2021 dans la région du Guiriko, le champ de la paix permet de réunir les populations hôtes et les Personnes déplacées internes (PDI) autour de la terre. Elle regorge un double objectif : permettre à ces personnes de travailler la terre pour subvenir à leurs besoins alimentaires et être un moyen d’intégration facile des PDI. A l’origine communautaire, les champs de la paix bénéficient de nos jours d’un appui conséquent de l’Etat qui souhaite que l’exemple soit implémenté dans les autres régions. Reportage dans les champs de la paix de Farakoba et de Tolotalama dans la commune de Bobo-Dioulasso.

Farakoba, lundi 18 mai 2026. Il est 10 h 30 à notre montre. Nous sommes dans le champ de la paix de cette localité située à une dizaine de kilomètres, à la sortie Ouest de Bobo-Dioulasso. La pluie bienfaisante de la veille a laissé place au beau temps. Une centaine de femmes se trouvent sur les lieux. On y compte également une poignée d’hommes. Munis de coupe-coupe, de dabas et de haches, ils défrichent cette superficie de 15 hectares pour ne pas se faire surprendre par la saison des pluies imminente.

Constituées de Personnes déplacées internes (PDI) mais aussi de populations hôtes en majorité vulnérables, les « cultivateurs » sont unis par un objectif commun : travailler la terre pour s’auto-prendre en charge. Mamina Sanogo attire notre attention par sa manière

Mamina Sanogo venue de Nouna s’est bien intégrée dans la
communauté.

de manier le coupe-coupe. Mère de cinq enfants, elle vit à Bobo-Dioulasso depuis trois ans avec son époux. Elle est originaire de Nouna. D’ailleurs, elle ne compte plus y repartir. Elle s’est fait une autre famille dans le champ de la paix. En plus, elle travaille dans un centre de fabrication de pagnes Koko Dunda, au secteur 21 de la ville.

« Avec ce champ, nous ne manquons pas de vivres. Aussi, nous gagnons un peu d’argent dans la fabrication du Koko Dunda », indique-t-elle. Comme elle, Fatoumata Zoungrana est aussi une déplacée venue du village de Bassy dans la province du Mouhoun, il y a quatre ans de cela. Elle a six enfants et trois d’entre eux sont toujours sur les bancs de l’école. Si une partie des vivres est assurée par les récoltes du champ, la scolarité de sa progéniture demeure la croix et la bannière.

Pour y parvenir, elle a trouvé une alternative. « La rentrée de mes enfants se prépare tôt. Dès que je quitte le champ, je collecte des déchets plastiques pour les revendre. A l’école, on nous permet de payer la scolarité par tranches », laisse-t-elle entendre. Parmi les femmes, nous trouvons Daouda Traoré. Il est venu de la localité de Koury dans la région de Ségou au Mali. Là-bas, il était instituteur dans un établissement privé et sa femme était coiffeuse. Il se souvient encore des circonstances de sa fuite vers le Burkina Faso. « Des barbares sont venus attaquer le village.

Des membres de ma famille y ont perdu la vie », raconte-t-il avec un brin de tristesse. D’abord établi à Faramana en 2023 dans le Guiriko, il rejoint une année plus tard la ville de Bobo-Dioulasso. Sur place, il mène de petits travaux pour se faire de l’argent. Sa femme a intégré un salon de coiffure où elle exerce son métier. En outre, le champ de la paix lui permet d’avoir des vivres pour le repas de sa famille. Contrairement à lui, Madeleine Yabré fait partie de la population hôte.

En plus du champ de la paix, Fatoumata Zoungrana collecte des déchets plastiques pour assurer la scolarité de ses enfants.

C’est sa situation de vulnérabilité qui l’a poussé à rejoindre le champ de la paix. Elle a perdu son époux, il y a 12 ans et s’est retrouvée seule à élever ses six enfants. Aujourd’hui, deux d’entre eux ont atteint un niveau d’études supérieures. Elle espère que sa souffrance sera de courte durée.

Tout le monde y trouve son compte

« Mes enfants qui ont le baccalauréat font des concours de la fonction publique. Je pense qu’un jour, Dieu va exaucer mes prières pour qu’ils décrochent enfin chacun un travail », souhaite-t-elle.

A Tolotalama, à une vingtaine de kilomètres de Bobo-Dioulasso, c’est la même réalité. L’heure est à la préparation du champ. Une superficie de terre de 15 hectares a été cédée gracieusement par le chef du village pour le champ de la paix. Du fait des moyens limités, la totalité de l’espace n’est pas encore exploitée. Mais le peu exploité permet de soulager un tant soit peu ces 202 personnes qui y travaillent.

C’est le cas de Aminata Zoromé, venue de Titao dans le Loroum. « A la fin de la saison, les récoltes sont partagées à tout le monde, sous la supervision des services du ministère de la Famille et de la Solidarité », précise-t-elle. Et, c’est la coordonnatrice des femmes de l’arrondissement 3 de Bobo-Dioulasso, Salamata Ouédraogo, qui peut s’enorgueillir. « Depuis que nous exploitons ce champ, le visage des femmes a changé. Le sourire y est », soutient-t-elle. Elle rappelle que l’idée de mettre en place ce champ de Tolotalama est venue directement du Président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré.

« En 2022, j’ai eu la chance de participer à une rencontre. Et ce jour-là, le Président du Faso nous a suggéré de mettre en place des champs collectifs pour soutenir les PDI. De retour, j’ai entrepris les démarches et aujourd’hui ce champ est une réalité », précise-t-elle.

Une initiative au départ communautaire

Daouda Traoré, venu du Mali a rejoint le champ pour assurer la pitance quotidienne de sa famille.

Elle ajoute que ce champ a bénéficié d’un accompagnement du gouvernement, à travers un forage à motricité humaine. Egalement, au début de la précédente saison agricole, poursuit-elle, les femmes ont été appuyées en intrants agricoles.

Ce qui leur a permis de récolter sept tonnes de maïs et du niébé. Aujourd’hui, regrette-t-elle, le forage est en panne. Elle appelle à l’aide pour sa réparation. La coordonnatrice régionale des femmes du Guiriko, Solange Traoré, pionnière des champs de la paix à travers celui de Farakoba, rappelle que tout a débuté en 2021. « Nous avions remarqué que beaucoup de femmes venues d’autres localités étaient au bord des voies. Elles passaient leur temps à quémander pour nourrir leurs enfants.

Elles n’ont pas choisi cette situation. Dans leurs villages, elles étaient bien logées et bien nourries, certainement », décrit-elle. En s’entretenant avec elles, confie-t-elle, elles nous ont laissé entendre qu’elles pratiquaient l’agriculture dans leurs localités d’origine. « Alors, nous avons décidé pour la première année de louer un terrain de 5 hectares pour elles. 5 tonnes de maïs ont été récoltées et réparties entre elles. A la deuxième année, l’Etat nous a octroyé 15 hectares de terre. Dix tonnes de maïs, du niébé et des arachides ont été récoltés », se réjouit-elle.

Elle a dit sa fierté de constater que des femmes s’en sortent mieux. « Certaines femmes qui étaient là au début de notre aventure sont toujours présentes. Seulement, la quiétude retrouvée, d’autres d’entre elles sont reparties dans leurs localités. Mais celles déjà bien intégrées, ne souhaitent plus y retourner, car, elles ont perdu leur époux. Ce passé douloureux les hante toujours », souligne la coordonnatrice. L’année dernière (ndrl, 2025-2026), la moisson a aussi été bonne. « Plus de 15 tonnes de maïs, du niébé en grande quantité et du soja ont été récoltés. Tout cela grâce à l’appui de l’Etat qui, chaque année, ne cesse d’augmenter la dotation en intrants », foi de Mme Traoré.

Des difficultés en voie de résolution

Madeleine Yabré membre de la population hôte a rejoint le champ de la paix pour ne plus dépendre de la charité des autres pour vivre.

A Tolotalama, le forage réalisé en 2024 est en panne. A Farakoba, la coordonnatrice égrène également un chapelet de difficultés. Son souhait est de voir se réaliser un forage et une clôture pour permettre aux femmes de pratiquer l’agriculture à temps plein. Un soutien pour le labour du champ mais aussi en intrants serait également un soulagement.

« Quand ça va chez la femme, ça va chez tout le monde », conclut-elle. Pour le directeur régional de la famille et de la solidarité du Guiriko, Ollé Kam, l’Etat suit avec une attention particulière la question des champs de la paix. C’est une initiative très louable, car, au départ, les PDI vivaient de l’assistanat. « Il fallait développer des initiatives communautaires pour que l’assistanat ne soit pas la seule stratégie de prise en charge de nos frères et sœurs déplacés », assure-t-il.

Les femmes de Tolotalama appellent à l’aide pour réparer leur forage.

Dans les trois provinces du Guiriko, il y a de plus en plus d’engouement de la part des associations et des coopératives autour de l’initiative. « Nous avons été instruits par les autorités de faire le point de tous les besoins de ces champs de la paix. Le rapport a été transmis à qui de droit. Je pense que si l’autorité l’a demandé, ce n’est pas pour le déposer dans un tiroir », souligne-t-il. Dans la logique de l’autosuffisance alimentaire entreprise par le Burkina, le directeur régional chargé de la famille salue ces initiatives qui, au-delà de la production agricole, permettent aux PDI de s’intégrer dans la communauté.

« La santé ne se résume pas seulement à manger et à dormir. C’est un état d’esprit. Quand on se sent aimé au sein d’une communauté, c’est très important », estime Ollé Kam. En perspectives, annonce-t-il, des projets structurants sont en train d’être élaborés en collaboration avec les autres structures de l’Etat en vue d’autonomiser davantage les femmes. « C’est notre mission et nous avons l’obligation de le faire », conclut-il.

Adama SEDGO

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