La Chine et la Grèce, héritières des civilisations orientales et occidentales, ont conjointement organisé la deuxième Conférence mondiale sur les civilisations classiques les 9 et 10 juin, à Athènes, la capitale grecque. « Dialogue entre le passé et le présent : les enseignements de la sagesse classique » est le thème autour duquel 200 participants venus d’Asie, d’Afrique, d’Europe et des Amériques ont discuté. Comme le dit le proverbe africain, « c’est au bout de l’ancienne corde que se tisse la nouvelle. » Le passé éclaire le présent et l’avenir de l’humanité. La sagesse antique est une dimension essentielle à l’inspiration contemporaine. L’impératif d’interroger la pertinence des études classiques est une nécessité impérieuse pour éclairer un monde en proie à une crise morale et politique.
Face aux incertitudes multiformes qui étreignent le monde, il apparaît capital de replacer la sagesse antique des civilisations au cœur des débats pour mieux appréhender les défis contemporains de l’humanité. Loin d’être des reliques du passé, les études classiques sont des trésors lumineux qui peuvent réorienter la marche du monde dans un élan de dialogue civilisationnel inclusif. La preuve, des penseurs de l’Antiquité continuent d’être des sources inépuisables d’inspiration pour la gouvernance moderne. Les civilisations anciennes, d’où qu’elles viennent, recèlent des mines de savoirs qui devraient innerver la pensée contemporaine. Les défis de développement auxquels sont confrontées les sociétés modernes peuvent trouver des réponses adéquates dans la sagesse classique et multimillénaire.
Comment y parvenir ? En commençant par la valorisation des recherches sur les études classiques. Les études classiques, en plus d’aider à mieux comprendre les civilisations anciennes et le passé de manière globale, devraient mettre à jour les ressources prodigieuses dont elles regorgent pour nourrir les perspectives de développement des sociétés modernes. Dans un monde où la technologie a investi tous les secteurs de l’activité humaine, il importe, par exemple, de savoir comment la sagesse antique peut renforcer l’idée de la communauté de destin de l’humanité et l’usage approprié des avantages offerts par l’avancée scientifique et technologique. Autrement dit, les valeurs humanistes des civilisations antiques devraient être exhumées pour irriguer le monde contemporain menacé par le repli sur soi et l’isolationnisme. Il est inconcevable qu’à l’heure du village planétaire des postures de cloisonnement du monde puissent être promues.
Innovation et créativité
Remettre les études classiques au cœur des débats ne signifie pas glorifier aveuglément le passé et les traditions ancestrales. Il s’agit de convoquer l’innovation et la créativité dans la pensée classique pour opérer un dialogue fécond avec les exigences de la modernité. Les savoirs ancestraux offrent des clés aux générations actuelles pour bâtir le présent et l’avenir. Le passé peut façonner qualitativement le monde moderne à travers une lucidité réflexive qui prend appui sur l’innovation et la créativité.
Pour un véritable apport des études classiques à la théorie moderne, un dialogue ouvert et inclusif est nécessaire entre toutes les civilisations. Au nom de certaines considérations hégémoniques, des civilisations aux richesses inépuisables ont été méprisées et ignorées. Il importe dans ce contexte contemporain où le savoir s’est largement démocratisé d’accorder la place qui revient à chaque civilisation dans le concert des nations. Tous les peuples disposent de savoirs qui peuvent être utiles à l’humanité. Des peuples autochtones, de par le monde, ont produit des savoirs écologiques avant que la question du changement climatique ne devienne une préoccupation mondiale. Ces savoirs ignorés méritent d’être valorisés de nos jours pour mieux affronter le défi du changement climatique. Au-delà de promouvoir le dialogue entre les civilisations, la Conférence mondiale sur les civilisations classiques vise aussi à donner de la visibilité aux savoirs locaux qui ont été longtemps marginalisés.
Dans un monde où les solidarités s’effritent au profit d’un individualisme stérile, le concept d’Ubuntu, cette philosophie humaniste africaine, qui loue l’interdépendance des êtres humains, l’importance de la compassion et du respect mutuel, peut être revisité pour réactiver le sens de la communauté de destin entre les humains. Ubuntu, dont la portée se résume à « je suis parce que nous sommes », traduit les liens indéfectibles qui tissent l’humanité. Investir dans un tel savoir ancestral, c’est susciter de l’espoir dans un monde fragmenté, c’est prendre le pari pour un avenir où la solidarité humaine est remise au centre des priorités.
« Reverdir le désert moral et politique »
L’on se rappelle que lors de la première édition de la Conférence mondiale sur les civilisations classiques en Chine en 2024, le président chinois Xi Jinping avait rappelé la nécessité de promouvoir la transmission et le développement des civilisations, de renforcer les échanges culturels internationaux, de favoriser le dialogue entre les civilisations mondiales, et de rechercher la sagesse et l’inspiration dans les différentes civilisations. La présente édition s’est également fixée pour objectif de dynamiser les passerelles de dialogue entre l’antiquité et la modernité.
Accorder de l’intérêt aux études classiques, c’est simplement contribuer à faire avancer la connaissance, la science et la technologie pour le rayonnement de l’humanité. Loin d’être des « sciences du passé », comme une certaine opinion voudrait le faire croire, les études classiques aident à élucider l’origine de concepts que nous utilisons souvent sans les connaître. L’héritage du monde recèle des systèmes de pensée, des institutions sociales, de la création artistique ou de la sagesse pratique, vieux de plusieurs générations, que l’on comprend à la lumière des études classiques. Il faut donc encourager la prise en compte de toutes les formes de civilisations et bâtir des ponts d’ouverture et de convergence entre elles. C’est à l’aune de ce dialogue constructif et fraternel que l’humanité saura panser ses maux pour mieux avancer. Comme le dit un philosophe burkinabè, Jacques Nanema, « les humains grandissent vraiment quand ils se reconnaissent l’un l’autre comme des êtres de dignité dont la vocation fondamentale est de s’efforcer de reverdir avec ingéniosité et sollicitude réciproques le désert moral et politique qui menace leur commune participation à l’histoire universelle. »
Karim BADOLO
CGTN Français






