Vente de chitoumou à Bobo-Dioulasso: la pluie fait et défait les prix

Les prix des chenilles sur le marché sont déterminés en fonction de plusieurs facteurs, dont la pluviométrie

Les chenilles de karité communément appelé « chitoumou » en langue dioula apparaissent généralement à Bobo-Dioulasso dès l’installation de la saison pluvieuse. Très prisées par les consommateurs, ces chenilles s’arrachent sur les marchés en fonction de plusieurs facteurs parmi lesquels la pluviométrie.

Le jeudi 6 août 2026, sur les différents marchés de la ville, la boîte de tomate de chenilles se négociait autour de 1 250 F CFA. Les détaillantes proposaient également le produit en petites quantités, disposées en tas de 200 F CFA. Mais contrairement à de nombreux produits alimentaires, le chitoumou ne bénéficie pas d’un prix stable tout au long de la saison. Plusieurs facteurs influencent son coût, notamment la disponibilité, la période de récolte, la qualité, les frais de transport et surtout la pluviométrie.

Lorsque les pluies sont régulières, les chenilles se développent en abondance et arrivent en grande quantité sur les marchés. Cette augmentation de l’offre entraîne généralement une baisse des prix.

A l’inverse, lorsque les précipitations se raréfient et que les températures augmentent, la ressource devient moins abondante, ce qui favorise une hausse des prix. Adjaratou Sanou, vendeuse de chenilles aux marchés de fruits de Bobo-Dioulasso, confirme cette fluctuation liée aux conditions météorologiques. « Les chenilles n’ont pas de prix fixe. Hier, on vendait la boîte à 1 000 F CFA parce qu’il avait plu pendant deux jours.

Mais avec l’arrêt des pluies que nous avons connu ces derniers temps, nous ne pouvons plus les avoir à ce prix. Aujourd’hui, nous vendons la boîte à 1 250 F CFA », explique-t-elle. Selon la commerçante, les ventes peuvent également varier considérablement d’un jour à l’autre. « On peut vendre en moyenne 100 boîtes en une journée, mais il nous arrive souvent de peiner à en écouler 40 », confie-t-elle. La qualité du produit constitue un autre élément déterminant dans la fixation des prix. Sur les marchés, les consommateurs peuvent notamment trouver des chenilles fraîches ou séchées.

Les premières sont commercialisées peu après leur récolte, tandis que les secondes ont subi un processus de séchage destiné à prolonger leur durée de conservation. A ces facteurs s’ajoutent les frais d’acheminement. Une grande partie des chenilles commercialisées à Bobo-Dioulasso provient de la région des Tannounyan, ainsi que des communes et villages environnants.

Après leur récolte, elles sont acheminées vers les marchés de la ville, où elles sont vendues par des grossistes et des détaillants. Avant leur transport, les chenilles sont généralement bouillies puis lavées. Chez les grossistes, elles sont mesurées à l’aide de boîtes de tomate, qui constituent une unité de vente couramment utilisée. Les détaillants, pour leur part, proposent le produit en tas, adapté à la quantité souhaitée par les clients.

La conservation, un autre casse-tête

Adjaratou Sanou « Les chenilles n’ont pas de prix fixe ».

La conservation des chenilles fraîches constitue également une préoccupation pour les commerçants. En cas de mévente, celles-ci doivent être bouillies une nouvelle fois, avec l’ajout de potasse, afin de ralentir leur décomposition. Cette opération permet de prolonger leur durée de conservation, mais occasionne aussi des dépenses et des manipulations supplémentaires.

« Lorsque nous n’arrivons pas à vendre tout le stock le même jour, nous sommes obligés de les faire bouillir à nouveau pour éviter qu’elles ne se gâtent. Mais à ce moment-là, le prix baisse et nous enregistrons des pertes », témoigne Mariam Konaté, une autre commerçante de la filière.

Chez les consommateurs qui aiment les chenilles pour leur goût et leur valeur nutritive, le coût est souvent frustrant, mais cela n’a aucun impact sur son influence sur le marché. « Malgré la cherté des chenilles, elles ne suffisent pas », laisse entendre Bintou Coulibaly une adepte de chitoumou à Bobo-Dioulasso à la date du 21 août 2026, où le prix se fixe à 2250 F CFA la boîte. Le constat est que le prix des chenilles est abordable durant la période de fin juillet au début août où les prix peuvent varier entre 1 000 et 2 000 F CFA.

En revanche, le prix des chenilles augmente progressivement de la fin du mois d’août à la saison sèche. A la date du mercredi 2 septembre 2026, une boîte de chenille est vendue entre 2500 et 3000 F CFA. Le séchage représente une autre méthode de conservation largement utilisée. Correctement séchées et stockées dans de bonnes conditions, les chenilles peuvent être conservées jusqu’à la prochaine période.

Améliorer les méthodes de séchage et de stockage

Cette technique permet aux producteurs et aux commerçants de disposer de stocks en dehors de la période des pluies et à ce moment le prix peut connaître une hausse de plus de 50%. « En saison sèche, les chenilles se vendent la boîte à environ 4000 à 6000 F CFA », témoigne une vendeuse. Les chenilles séchées sont également très demandées au-delà du marché national.

Elles sont commercialisées dans plusieurs pays voisins et souvent même être exportées vers d’autres continents. Pour faciliter leur transport et limiter les risques de détérioration, elles sont généralement bien séchées, emballées avant leur expédition. Cette possibilité d’exportation montre le potentiel économique de la filière. Toutefois, son développement reste limité par plusieurs contraintes, notamment l’irrégularité de la production, l’insuffisance des moyens de conservation et les difficultés liées au transport.

La filière des chenilles de karité dépend directement de la préservation des arbres et des espaces naturels où elles se développent. Or, la déforestation, la coupe abusive du bois et l’utilisation des pesticides contribuent à la destruction de leurs habitats. La disparition progressive des arbres de karité et l’usage de produits chimiques peuvent réduire la présence des chenilles. Les producteurs, les collecteurs, les transporteurs et les commerçants pourraient ainsi voir leurs revenus diminuer.

La protection des espaces boisés, la sensibilisation des populations et un usage mieux contrôlé des pesticides apparaissent donc indispensables. Préserver l’environnement permettra de protéger cette activité économique qui est une source de revenus pour de nombreuses familles.

Pour rendre la filière plus durable, les acteurs gagneraient à améliorer les méthodes de séchage et de stockage, à renforcer l’organisation des commerçants et à mieux encadrer la collecte. La protection des arbres de karité et des habitats naturels constitue toutefois la condition essentielle pour garantir l’avenir de cette activité. Tant que la pluie sera irrégulière et que les habitats continueront de disparaître, le prix des chenilles restera imprévisible. Mais une meilleure organisation de la filière et une gestion responsable des ressources pourraient contribuer à sécuriser les revenus des acteurs
et l’approvisionnement des consommateurs.

Perthiou DIARRA (Stagiaire)

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