
Face à la crise humanitaire, le gouvernement burkinabè a amorcé, dans ses actions, un virage décisif : substituer l’assistanat permanent à l’autonomisation économique. A travers le maraîchage, l’artisanat ou la transformation agroalimentaire, l’entrepreneuriat des femmes s’impose comme le moteur de résilience des personnes vulnérables. De Boulsa à Kongoussi, en passant par Kaya et Barsalogho, dans la région des Koulsé, ces initiatives endogènes brisent le cycle de la précarité de la femme rurale et cimentent la solidarité, la fraternité, la cohésion sociale et la cohabitation pacifique entre Personnes déplacées internes (PDI) et populations-hôtes. Voyage au cœur du relèvement communautaire au féminin, véritable gage d’une coexistence pacifique et d’un retour durable de la paix au pays des Hommes intègres.
Boulsa, jeudi 21 mai 2026. Il est 11h18mn. Une pluie bienfaisante cède sa place au beau temps. La cité de Naaba Namendé grouille de monde. Nous sommes sur le site maraicher du 8-Mars des femmes de Boulsa, à un jet de pierre de la colline sacrée Tanyilé. Ici, une centaine de productrices dont 70 Personnes déplacées internes (PDI) exploitent plus de 200 planches. Depuis mars 2026, elles produisent le chou, la salade, l’oignon, la tomate, le gombo, le concombre, le haricot, l’oseille, le maïs, l’aubergine et l’amarante. D’une superficie de 0,733 hectare et entièrement clôturé par un grillage, ce périmètre maraicher est offert par le Président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, dans le cadre de sa vision : célébrer le 8-Mars autrement. Une initiative qui renforce l’autonomisation économique et la résilience de la femme rurale. Le site est équipé d’un château d’eau connecté à un forage d’un débit de 10,5m3/heure alimenté par un système solaire. 14 bassins de 3m3 connectés à quatre robinets reliant le château d’eau pour l’irrigation. Les cultures, en phase de maturité, présentent une bonne physionomie. C’est l’heure de la deuxième récolte après celle d’avril. Elles espèrent encore tirer leur épingle de jeu. Ici, l’ambiance est bon enfant. Pendant que certaines productrices tentent d’honorer les commandes des clientes, d’autres procèdent au semis de diverses spéculations. Le tout, dans un climat de fraternité, de solidarité et d’union sacrée.

Le relèvement bat son plein. Selon la présidente-adjointe des femmes du site, Alizèta Kafando, ce site promeut la cohésion sociale, la paix, l’entente, l’entraide et la coexistence pacifique entre PDI et populations hôtes. « On ne se connaissait pas. Mais grâce au site, nous sommes devenues les membres d’une seule famille », se réjouit-elle. Mamounata Kanazoé, 31 ans, PDI, mère de quatre enfants, soutient qu’elles se partagent les mêmes peines et joies lors des mariages, baptêmes et décès. « Il est difficile de distinguer PDI et hôtes ici », renchérit Mariam Pafarnam, 40 ans, originaire de Zambanga. La multipare de huit enfants affirme que ce brassage entre PDI et hôtes, source de résilience, est une richesse sociale favorisant la paix, la cohésion sociale et l’amour du prochain.
Banque d’approvisionnement de condiments frais, ce site, selon dame Pafarnam, est aussi une source de revenus permettant d’assurer les charges liées aux soins, à l’alimentation, à l’habillement et à la scolarité de leurs progénitures. A les écouter, le site permet de s’affranchir de l’assistanat permanent pour une véritable autonomisation économique. Selon la présidente des femmes, Marie Bibiane Sandwidi, à la date du 27 mai 2026, les recettes de deux récoltes se chiffrent à 321 450 F dont 153 200 F dépensés pour l’achat des intrants agricoles, soit une économie actuelle de 168 250 F. Guy Marie Sandwidi est le propriétaire-terrien du site. Son espace était bien avant exploité gracieusement par les PDI pendant les campagnes humides. L’esprit patriotique est sa seule motivation de céder gratuitement son seul terrain pour l’érection de ce périmètre maraicher. « Le site était déjà exploité par les PDI depuis le début de la crise. Et, lorsque les autorités m’ont approché pour solliciter le site pour aménager, je n’ai trouvé aucun inconvénient. C’est ma façon d’aider les personnes en détresse à avoir des vivres pour nourrir leurs familles », justifie-t-il.
Avec le soutien des autorités provinciales du Namentenga, un projet s’est aussi engagé à réaliser des bassins piscicoles au profit de ces productrices. L’autre projet toujours en quête de financement est l’élevage de petits ruminants ou de la volaille. Le manque d’arrosoirs freine leur élan entrepreneurial. En termes de doléances, elles sollicitent la construction d’un magasin de stockage, une formation en compostage, production de foins et métiers porteurs, la dotation en tricycle, vivres et matériels agricoles.
« Le site a vraiment reconstruit notre vie »
A Mogodin, commune de Kongoussi, 30 producteurs dont 27 femmes (9 PDI et 18 hôtes) exploitent un site maraicher de 1,5 hectares, aménagé en 2025 par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Entièrement clôturé par un grillage, ce périmètre est équipé d’un forage d’un débit de 5m3/heure et d’un château d’eau en cuve métallique d’un volume de 10 m3 alimenté par un système solaire de 2230 Wc. Le château d’eau est connecté à six robinets qui desservent six bassins destinés à l’irrigation d’une soixantaine de parcelles. Pour faciliter une culture permanente des produits maraîchers, chaque producteur, pour les deux campagnes sèches (2024-2025 et 2025-2026), a reçu du CICR, deux arrosoirs et 14 kg de semences (tomate, chou, salade, oignon, aubergine, poivre et amarante), pour un total de 60 arrosoirs et 420 kg de semences. Cette assistance facilite leur autonomisation économique, gage d’un relèvement des populations affectées par la crise. Multipare de huit

enfants, 66 ans, native de Sorgho-Yarcé, Risnata Zoanga dispose de deux planches où elle produit l’oignon, l’oseille, le haricot, le gombo et le maïs, depuis 2025. Elle est à sa troisième récolte. « L’année passée, j’ai eu seulement 30 000 F CFA du fait de l’aménagement tardif du site. Cette année, j’ai été la première à vendre mes cultures. J’ai eu au moins 50 000 F CFA. Je peux encore vendre le reste à plus de 20 000 F CFA. Je suis en train de repiquer des plants avant l’installation de la campagne humide », se frotte-t-elle les mains. Selon Mme Zoanga, en plus d’assurer sa ration alimentaire, son activité lui permet de se procurer de vivres, de bois de chauffe, du savon, du sel, etc.
50 ans, mère de sept enfants, native de Mogodin, Haoua Kouanda est aussi bénéficiaire de deux planches. Elle cultive exclusivement de l’oignon. « J’ai déjà vendu de l’oignon à 14 000 F CFA. Le reste peut atteindre 10 000 F CFA. Je compte repiquer encore », ambitionne-t-elle. Mme Kouanda dit n’avoir plus de soucis de condiments frais pour sa famille. « Aujourd’hui, ce sont les citadins de Kongoussi qui viennent acheter nos cultures et non le contraire comme les années antérieures », sourit la native de Mogodin. Depuis l’érection du site, la quinquagénaire a abandonné l’orpaillage pour se consacrer à la culture maraichère. « Le site a vraiment reconstruit notre vie socioéconomique en plus de créer la solidarité, l’entente et la fraternité entre nous », avoue-t-elle.
Kadidjata Sankara, originaire de Zimtanga, a trouvé refuge à Kongoussi depuis quatre ans. Elle aussi « rescapée » des sites d’orpaillage, dame Sankara dispose de deux planches où elle exploite la tomate, l’oignon et la salade. Elle a déjà empoché 10 000 F CFA comme recettes de son oignon alors que sa tomate et sa salade estimées à 40 000 F CFA ont été déjà commandées par des commerçantes de condiments. « Depuis que je participe aux dépenses familiales, l’entente et la paix règnent entre moi et mon mari », soutient-elle, sourire aux lèvres. Et de poursuivre : « Avant, on n’était même pas capable de payer du savon pour se doucher et pour la lessive. Aujourd’hui, nous remercions Dieu et le donateur pour cette assistance valorisante qui nous permet d’acheter de la bouillie, du savon et des habits pour nos enfants. Avec ce site, nous préservons notre dignité ».
Issa Sankara, éleveur de profession, est le propriétaire-terrien dudit site. A l’écouter, soulager la souffrance des personnes en détresse a été la source de motivation qui a guidé son geste d’humanité. Il apprécie positivement le dévouement de ces femmes battantes qui ont pris leur destin en main. Véritable outil de résilience, selon lui, le site a développé un sentiment de solidarité, de fraternité, d’entraide et d’union sacrée entre les PDI et

populations-hôtes de Mogodin. « Avant, les femmes du village se rendaient autour du lac Bam pour se procurer des condiments. Aujourd’hui, elles les paient ici à un prix abordable. Même pendant la saison sèche, le maïs frais est disponible. Des commerçantes de Kongoussi s’approvisionnent régulièrement en condiments ici », témoigne M. Sankara. Chaque soir, poursuit-il, elles récoltent leurs cultures pour les vendre en ville et paient, à leur tour, de quoi satisfaire leurs besoins comme le cube magie, le sel, le savon, le riz, le spaghetti pour leurs familles permettant ainsi d’améliorer leur alimentation.
De l’orpaillage au maraichage
Le site maraicher est situé à proximité d’un site d’orpaillage. Et, sa mise en place a permis d’extirper plusieurs femmes de ce tombeau à ciel ouvert, source de Violences basées sur le genre (VBG). « 7% des femmes de ce site d’orpaillage travaillent actuellement ici. Elles ont même réussi à retirer leurs époux de ce site pour qu’ils les rejoignent ou travaillent dans d’autres sites maraîchers », se satisfait Issa Sankara.
Cependant, la principale difficulté de ces productrices est la baisse du débit de l’eau du forage, rendant difficile l’irrigation permanente des cultures. Outre le renforcement du débit du forage, elles souhaitent une dotation en semences, pesticides, engrais et une formation en compostage. Selon le CICR, au cours de la campagne sèche 2025-2026, le comité, en collaboration avec les services techniques de l’Etat, a soutenu 19 900 ménages maraichers des régions des Koulsé, du Gulmu, de la Sirba, de la Tapoa, du Yaadga, du Liptako et du Soum en intrants et matériels agricoles et encadrement technique. Il s’agit de 5,9 tonnes de semences maraichères composées de chou, d’oignon, de tomate, d’aubergine, d’amarante, de poivre, de piment, de laitue, de la carotte et de 11 700 outils agricoles constitués d’arrosoirs, de binettes et de dabas. Le comité a également réalisé des sites maraichers et des forages au profit des producteurs dans plusieurs localités telles que Boulsa, Mogodin, Gorom-Gorom, Dori, Ouagadougou, etc. Cette assistance vise à autonomiser la femme rurale, afin qu’elle puisse se prendre en charge et assurer l’éducation de ses enfants.
L’usine de Barsalogho, un antidote de la misère
Outre les sites maraichers, des unités de transformation agroalimentaires ont été construites au profit des personnes vulnérables. C’est le cas de l’usine de production de soumbala à base de graines de néré des femmes de Barsalogho. Inaugurée le 8 mars 2026, par la ministre de la Famille et de la Solidarité, Pélagie Kabré, cette unité est pilotée par 50 femmes dont une dizaine de PDI. Elle comprend un bâtiment administratif, un autre bâtiment abritant la machine décortiqueuse et un forage. Après la formation de cinq jours, ces productrices ont été dotées de 10 sacs de 100 kg de néré, d’un tricycle équipé d’un

poly-tank de 1000 litres et de matériels de production de soumbala. A la date du mardi 19 mai 2026, sept sacs de 100 kg de graines de néré ont été déjà transformés en soumbala pour 600 000 F CFA après déduction des charges liées à la production. Un fonds entièrement réutilisé pour l’achat de graines de néré. Rakiéta Ouédraogo, 59 ans, mère de quatre enfants, présidente des femmes, informe que leur soumbala est prisé par les populations de Barsalogho, Kaya, Boulsa, Kongoussi, Ouagadougou, etc. Elle voit en cette usine un antidote de leur misère.
Amsètou Bamogo, 40 ans, ressortissante de Bagmiougou et Safiata Ouédraogo, 54 ans, native de Barsalogho, toutes multipares de 5 enfants, soutiennent que leur unité de production est venue unir les femmes de Barsalogho autour d’un idéal commun : s’auto-prendre en charge. Rakiéta ajoute que cette activité, étant un travail associatif, leur permet de se partager les expériences de vie et de se soutenir lors des évènements sociaux, renforçant ainsi la paix, la cohésion sociale, le vivre-ensemble et la résilience entre PDI et hôtes. Cependant, leur machine est à l’arrêt depuis un certain temps. « A peine installée, la machine n’a pas décortiqué plus d’un demi sac de néré. Les mailles du tamis qui sert à séparer les cotylédons décortiqués des coques et des déchets sont très étroites. Ce qui fait qu’elles ne laissent pas passer les graines de néré. Nous avons essayé avec une machine d’un particulier qui décortique normalement notre néré. Depuis lors, nous pilons les graines de néré pour produire le soumbala », déplore la présidente Ouédraogo. Pour consolider leur autonomie, ces transformatrices des Produits forestiers non ligneux (PFNL) souhaitent la clôture de leur site, l’électrification de l’usine, la formalisation de leur association et la formation en métiers porteurs.
Des enfants rescolarisés
En 2024, grâce au Projet d’autonomisation des femmes et familles déplacées internes des camps de réfugiés de la région du Centre-Nord au Burkina Faso financé par l’Organisation de la coopération islamique (OCI), le Ministère de la Famille et de la Solidarité (MFS) a formé 200 femmes déplacées internes et hôtes en tissage, teinture, couture, saponification, transformation de céréales et production de soumbala. A l’issue de cette formation, chaque bénéficiaire a reçu un kit complet d’installation et un fonds de roulement à hauteur de 100 000 F CFA. Rencontrées le 28 avril 2026, Nebyinga Sawadogo et Edith Bamogo en ont été bénéficiaires. Formées en tissage durant deux semaines et installées depuis juillet 2024, ces ressortissantes de Basnéré, commune de Kaya, avec une dizaine de pagnes tissés mensuellement, arrivent à se prendre en charge et subvenir aux besoins élémentaires de leurs enfants. « Dans le mois, je peux avoir en moyenne 50 000 F CFA. Je participe aussi aux tontines des femmes. J’ai environ 100 000 F CFA dans mon compte », se réjouit Nebyinga Sawadogo. Et Edith Bamogo de renchérir : « Nous ne faisons plus de porte-à-

porte pour laver des linges sales. Avant, on avait des difficultés pour scolariser nos enfants. Mais avec ce métier, cette année scolaire, tous nos enfants ont repris le chemin de l’école. Nous arrivons aussi à manger à notre faim ». Leur souhait est d’avoir un certificat de formation pour pouvoir former d’autres femmes vulnérables.
Esther Sawadogo, 27 ans, mère de deux enfants, originaire de Dablo, a trouvé refuge au secteur 4 de Kaya, depuis 2019. Rencontrée le 25 avril 2026, elle exerce la couture, depuis 2021, après avoir bénéficié d’une formation de six mois, suivie d’une dotation en kit complet de couture. Installée dans la cour familiale, elle reconnait que cette assistance a facilité son autonomisation économique. « Actuellement, je peux coudre tous les modèles des femmes. Je gagne bien ma vie dans ce métier. Les dépenses liées à l’achat des condiments, du savon, du bois de chauffe et certains besoins de mes enfants sortent dans la couture. Je peux économiser par mois 25 000 F CFA», rassure-t-elle, toute confiante. Grâce aux bénéfices engrangés, Esther Sawadogo a développé d’autres activités parallèles à la couture. « Je prépare et vends des gâteaux et ça marche bien. Je pratique aussi l’élevage de la volaille. Je suis dans une tontine et je viens de prendre mes 9 mois de cotisation qui s’élèvent à 65 000 F CFA», liste-t-elle, très ravie, pédalant sa machine à couture.
Un revenu mensuel de 300 000 F CFA
Elle projette de construire son atelier dans sa cour. Employant deux femmes PDI dans son atelier, Esther Sawadogo ambitionne se spécialiser dans la broderie. Notre interlocutrice souhaite la mise à l’échelle ces initiatives de relèvement au profit des personnes vulnérables afin de sortir la femme rurale de la pauvreté.
Agée de 30 ans, mère de deux enfants, Zarata Sawadogo, résidant au secteur 4 de Kaya, cumule diverses compétences : plomberie, électricité-bâtiment, froid-climatisation, énergie solaire, installation d’antennes paraboliques et réparation de forage. En l’espace de six ans et sans formation professionnelle de base, elle a su s’imposer au point qu’elle dirige aujourd’hui une entreprise qu’elle a créée en 2023 dénommée : Faso Energie Kaya (FEK). En effet, en 2020, grâce à un projet, elle bénéficie d’une formation en électricité-bâtiment pour une durée de trois mois, suivie d’une dotation en kit minimum. Trouvant le métier intéressant, elle poursuit son stage pour perfectionner les connaissances acquises. En 2022, Zarata Sawadogo est encore retenue pour une formation en plomberie pour une durée de six mois. A l’issue de cette formation, elle bénéficie d’un kit complet en

plomberie. Les soutiens s’enchainent. En 2026, d’autres projets la dotent d’un tricycle et deux échelles 12 pieds et 20 pieds. Toutes ces assistances lui ont permis de développer ses métiers pour être financièrement autonome. « Aujourd’hui, si je tends la main à mon mari c’est par plaisir sinon je peux me prendre en charge et assurer l’éducation de mes enfants », rend-t-elle grâce. A l’entendre, son revenu mensuel est estimé à 300 000 F CFA. Avec la formalisation de son entreprise, dame Sawadogo décroche des marchés auprès des projets et particuliers. « Mon premier marché venu d’un projet à consister à former quatre stagiaires en électricité-bâtiment. J’ai aussi eu un autre marché de livraison de matériels et de main-d’œuvre en électricité-bâtiment de 2 millions F CFA d’un celibatérium de trois portes. Je gagne aussi des marchés auprès des populations », se frotte-t-elle les mains. Elle dit avoir également formé au moins 17 apprenants dont des PDI venues de Dori, Arbinda, Dablo et qui se sont installés à leur propre compte.

Rencontrée au secteur 6 de Kaya, dans la soirée du 26 avril 2026, sur un chantier d’installation d’un climatiseur, Zarata Sawadogo est positivement appréciée par ses clients pour son professionnalisme. « L’installation a été bien faite. Je suis satisfait de son travail. En tant qu’éducateur, nous prônons l’excellence des femmes et filles dans les métiers techniques et professionnels », déclare Issaka Sawadogo, économe au CEG de Wemtenga A de Kaya. Même son de cloche pour son maitre de stage, Harouna Tontorogbo. Zarata
Sawadogo a été placée dans son entreprise pour son premier stage de trois mois en électricité-bâtiment avec 26 stagiaires. A l’écouter, pour le stage, seuls Zarata et deux hommes ont pu tenir jusqu’au bout. « Si elle travaille dans un chantier pour la première fois, la prochaine fois le client la réclame, parce qu’elle fait un bon travail », témoigne M. Tontorogbo.
Aujourd’hui épanouie dans ses différentes activités, la technicienne traduit toute sa reconnaissance au ministère en charge de la solidarité et ses partenaires pour cette autonomisation. Son projet est de construire un centre de formation. Elle invite donc les femmes à plus de détermination et de volonté dans leurs activités.
Emil SEGDA
Karim Diallo, directeur régional de la Famille des Koulsé
« Aider les ménages à quitter leur statut de vulnérabilité »
Le ministère de la Famille et de la Solidarité et ses partenaires mettent dorénavant l’accent sur l’autonomisation des personnes vulnérables à travers des formations en métiers porteurs. Pourquoi ce changement de paradigme ?
Avec la rareté des ressources, l’Etat ne peut pas indéfiniment continuer à aider les gens dans l’assistanat. Un adage dit qu’au lieu de donner du poisson à quelqu’un, apprend lui à pêcher. C’est pourquoi, le ministère oriente ses actions vers les activités impactantes qui touchent un grand nombre de personnes pour leur permettre d’être autonomes et de se prendre en charge. Il faut apprendre aux personnes vulnérables à entreprendre, à être autonomes sur tous les plans pour qu’elles puissent accompagner aussi leurs familles ou employer d’autres personnes vulnérables. L’objectif est d’amener ces ménages à quitter leur statut de vulnérabilité en les rendant économiquement autonomes.
En termes de formation, qu’est ce qui est fait sur le terrain ?
En 2025, nous avons formé et installé 3 637 personnes vulnérables dans divers métiers porteurs tels que l’agriculture et l’élevage (2048 bénéficiaires), la transformation agroalimentaire (256 personnes), l’artisanat : coupe-couture et tissage (476 bénéficiaires), les petits commerces et diverses (857 personnes). Majoritairement des femmes, les bénéficiaires sont des personnes retournées, des déplacés internes et des populations-hôtes vulnérables. Nous avons aussi mis en place des mécanismes de suivi des personnes formées et installées à travers des visites régulières à domicile ou dans leurs lieux de travail pour s’assurer que les matériels et les animaux reçus sont utilisés au bénéficie de la famille. Et, les résultats sont encourageants. Par exemple, plus de la moitié de ceux qui ont été accompagnés dans les petits commerces et diverses, en 2025, sont devenus aujourd’hui économiquement autonomes, se prennent en charge et emploient même d’autres personnes vulnérables. C’est pourquoi, j’invite les bénéficiaires à travailler à ce que leurs activités soient un succès et qu’ils soient des exemples dans leurs sociétés et surtout rendre visibles les efforts consentis par l’Etat et ses partenaires pour leur autonomisation. Je profite remercier les partenaires humanitaires pour leur accompagnement dans ces activités impactantes.
Dans ce processus de relèvement et d’autonomisation des personnes vulnérables, les femmes sont majoritairement bénéficiaires. Pourquoi cette discrimination positive ?
La femme est le pilier de la famille. Lorsqu’elle est autonome, elle accompagne et appuie le mari dans la gestion de la famille. Avec ce contexte actuel d’insécurité, beaucoup d’hommes se retrouvent sur les sites d’orpaillage ou sont partis en exil laissant leurs femmes avec les enfants. De même, beaucoup d’hommes sont restés dans des attaques terroristes, obligeant certaines femmes à devenir des cheffes de ménage. En autonomisant donc la femme, on est sûr que la famille va en profiter. Dans tous les cas, nous accompagnons le ménage pour qu’il puisse quitter son statut de vulnérabilité.
Interview réalisée par E.S.
Une synergie d’actions entre ministères
Pour plus d’efficacité dans le relèvement et l’autonomisation économique des personnes vulnérables, les ministères en charge de la Famille et de l’Agriculture conjuguent leurs efforts sur le terrain à travers la distribution gratuite des intrants agricoles (semences, engrais, matériels), des animaux et des vivres au profit des personnes retournées. Cette synergie d’actions encourage non seulement les déplacés internes à rejoindre leurs villages reconquis et consolidés par les forces combattantes, mais aussi, facilite leur résilience et relèvement pour leur reconstruction socioéconomique.
E.S.





