De Dartmouth à Shanghai : l’intelligence artificielle entre en symphonie

Zhang Shanhui

Présentatrice et chroniqueuse, CGTN Français

 

Il y a 70 ans, une poignée de jeunes chercheurs réunis à Dartmouth, dans le New Hampshire, inventaient le terme « intelligence artificielle ». Ce 17 juillet 2026, sur les rives du Huangpu, Xi Jinping a proposé d’en écrire le prochain chapitre, non pas comme une course, mais comme une œuvre collective. Une image de son discours résume l’esprit du texte : « Une corde seule ne fait pas de musique, un arbre seul ne fait pas de forêt. » Le développement de l’IA, a-t-il poursuivi, ne devrait pas être le solo d’un pays, mais la symphonie d’une coopération mondiale.

La métaphore n’est pas qu’un ornement rhétorique. Elle s’est traduite, la veille, par un acte institutionnel : la signature à Shanghai, le 16 juillet, de l’accord fondateur de l’Organisation mondiale de coopération en matière d’IA par 29 pays, dont le Kazakhstan, le Laos, le Pakistan, la Russie et l’Indonésie, en présence du secrétaire général des Nations unies António Guterres. Proposée par la Chine en juillet 2025, l’idée est devenue réalité en un an, presque jour pour jour. Voilà le fait marquant : pour la première fois, une institution multilatérale dédiée à l’IA voit le jour, avec son siège à Shanghai et pour vocation explicite de ne laisser aucun pays au bord du chemin.

Quatre questions universelles

Le discours du président chinois s’ouvre sur quatre interrogations qui appartiennent à toute l’humanité : quand la machine commence à penser, comment vivre avec elle ? Quand l’algorithme participe aux décisions, comment garantir la sécurité ? Quand la technique défie l’éthique, comment gouverner ? Quand le fossé se creuse, comment rendre la technologie accessible à tous ? Ces questions, un philosophe parisien, un ingénieur de Nairobi ou un législateur de Bruxelles pourraient les formuler dans les mêmes termes. C’est peut-être la première fois depuis longtemps qu’un grand texte de politique internationale part non d’intérêts nationaux, mais d’un questionnement partagé.

Les réponses proposées tiennent en quatre principes : l’ouverture, en encourageant l’open source et le partage pour que l’IA irrigue tous les secteurs ; la sécurité, en gardant l’IA sous contrôle humain pour en faire un « outil de confiance » ; la diversité, en veillant à ce que l’IA enrichisse le dialogue des civilisations au lieu d’uniformiser les cultures, et en façonnant ses valeurs à partir des valeurs communes de l’humanité ; la solidarité, en pratiquant un multilatéralisme véritable, avec les Nations unies au centre, pour bâtir au plus vite un cadre de gouvernance consensuel.

Des engagements que l’on peut compter

La crédibilité d’un discours se mesure à ses chiffres. Trois annonces structurent celui-ci. Cinq mille places de formation spécialisée en IA seront offertes aux pays en développement au cours des cinq prochaines années. Des centres internationaux de coopération pour les applications de l’IA seront construits avec l’ASEAN, la Ligue arabe, l’Union africaine, la CELAC, l’Organisation de coopération de Shanghai et les BRICS, soit, ensemble, la quasi-totalité du Sud global. Enfin, le système d’alerte météorologique intelligent « Mazu », du nom de la déesse chinoise protectrice des marins, sera déployé dans trente pays, pour « veiller sur les lumières des foyers et la quiétude des mers ».

Ce dernier engagement mérite qu’on s’y arrête. Pour de nombreux pays d’Afrique francophone, des Caraïbes ou du Pacifique, l’alerte précoce face aux cyclones, inondations et sécheresses n’est pas un luxe technologique : c’est une question de vies humaines. Qu’un système d’alerte météorologique figure parmi les tout premiers biens publics offerts par la nouvelle organisation dit quelque chose de sa philosophie : commencer par ce qui protège, avant ce qui rapporte.

Une offre adossée à l’expérience

Si la Chine peut formuler cette offre, c’est qu’elle s’appuie sur un écosystème réel. Le cœur industriel de l’économie intelligente chinoise dépasse mille milliards de yuans ; les terminaux intelligents entrent dans les foyers ordinaires ; l’initiative « IA + » diffuse la technologie dans l’industrie, l’agriculture, la santé, l’éducation. Surtout, la voie chinoise a fait le choix de l’ouverture : les grands modèles open source chinois cumulent plus de dix milliards de téléchargements dans le monde, et ce modèle ouvert aide concrètement les pays en développement à combler leur retard en matière d’IA. Un laboratoire de Dakar, une université de Phnom Penh, une startup de Lima peuvent aujourd’hui télécharger, adapter et déployer des modèles de niveau mondial sans payer de licence. C’est cela, transformer un avantage industriel en bien public.

L’année 2026 est celle de l’ouverture du 15e plan quinquennal chinois, présenté à Shanghai non comme un programme national, mais comme une « liste d’opportunités » offerte à la communauté internationale. La formule traduit une conviction : le développement de la Chine et celui du monde ne sont pas deux histoires séparées.

La partition reste à écrire ensemble

Le président Xi cite une maxime classique : « Le sage évolue avec son temps, l’homme avisé adapte ses règles aux circonstances. » Plus l’IA avance vite, plus le cap, servir l’humanité, doit être fermement tenu. L’organisation née à Shanghai n’est qu’un début, sa réussite dépendra de la participation du plus grand nombre, Europe comprise. Une symphonie a besoin de tous ses pupitres. 70 ans après Dartmouth, l’intelligence artificielle a trouvé son thème. Reste à l’humanité d’en jouer, ensemble, tous les mouvements.

 

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