
Dans sa quête de souveraineté totale, le Burkina Faso a fait de la promotion des produits locaux et de la valorisation des compétences endogènes, le socle de son développement endogène. Dans le système éducatif, plusieurs réformes telles que la formation aux métiers ont été initiées afin d’accompagner cette vision. Immersion dans des établissements scolaires où des élèves sont devenus des « maitres » dans la confection du Koko Dunda et font la coupe-couture ou le jardinage.
Il est 8h 30 mn ce 1er février 2026 à l’école primaire publique Bimbilin de Ouahigouya, située au cœur de la cité de Naaba Kango, précisément au secteur 7. Constituée de quatre blocs, à savoir les blocs A, B, C et D et le Centre d’éducation de base non formelle (CEBNF), l’établissement fait partie des plus anciens de la ville de Ouahigouya. Bien que ce soit un jour non ouvrable, encadreurs, élèves et responsables se bousculent. Chacun met son énergie dans la confection des tissus Koko Dunda pour les tenues scolaires. Sous la supervision des encadreurs, les élèves apprennent les différentes étapes de la confection de ces pagnes, marque de l’identité et savoir-faire du Burkina.
Dans les mains des apprenants, des rouleaux de tissus et des colorants. Ils suivent minutieusement les consignes du formateur. De l’étape de pliage du tissu de base, au mélange des colorants, en passant par la teinture proprement dite et enfin l’étalage, tout est suivi par un encadreur. Pour la cheffe de Circonscription d’éducation de base (CCEB) Ouahigouya 1, Hinissan Konfé, cette initiative est une manière concrète de traduire les discours officiels en actions visibles sur le terrain afin de répondre aux besoins du moment. Sur une quarantaine d’établissement que compte la CEB, chaque école pratique au moins un métier.
Selon elle, la couture, la saponification, la menuiserie, la coiffure et la fabrication des pagnes Koko Dunda sont les différents métiers enseignés dans sa circonscription. Pagne de motifs burkinabè, le Koko Dunda est devenu l’une des identités vestimentaires du Burkina Faso sous la Révolution progressiste populaire (RPP). Des réformes et innovations qui visent à refonder le système éducatif se sont engagés dans un processus de changement de mentalité et de conduite, selon les responsables. « L’objectif de ces réformes et innovations est de reprendre notre développement en nous basant sur nos propres ressources et sur nos principes endogènes.

Aujourd’hui, les acteurs de l’éducation de la région de Yaadga se sont évidemment engagés dans cette dynamique de transformation et d’innovation qui vise à offrir aux élèves une éducation adaptée aux défis d’aujourd’hui et de de demain. Dans cette région, la formation aux métiers est effective dans 1192 établissements au niveau de l’enseignement primaire, soit un taux de 77,55% », a déclaré le directeur régional de l’éducation de base de Yaadga, Pascal Waongo. Dans cette dynamique de refondation du système éducatif à un moment historique du pays, poursuivi-t-il, chaque acteur est invité à s’impliquer davantage dans l’atteinte des résultats.
L’exemple des écoles Bimbilin, foi de M. Waongo, traduit un engagement et un don de soi des acteurs et des élèves pour refonder le système éducatif, conformément à la vision des autorités. Pour le président du conseil de l’école à Bimbilin C, Sougrounoma Ahmed Ouédraogo, cette initiative de confection des pagnes Koko Dunda répond à trois objectifs principaux. « Il s’agit de l’Initiative présidentielle pour une éducation de qualité, des réformes au niveau de l’éducation avec l’intégration de la formation aux métiers des élèves et enfin de la dynamique du ‘’consommons local’’ voulue par les autorités du pays, conformément à la RPP en cours », cite-t-il. Déjà, il rassure qu’il y a une « mobilisation totale ».
« Aujourd’hui, c’est dimanche. Un jour de repos pour les enseignants et les élèves, mais le constat est là. Enseignants, élèves et parents d’élèves sont tous présents ce matin autour de cette initiative et il y a une forte mobilisation de tous. Ce qui témoigne également de l’intérêt accordé à cette idée noble. Nous les félicitons pour les sacrifices consentis. Les difficultés sont principalement d’ordre financier, car les matières premières (pagnes, teintes colorantes) nous manquent. Il a fallu une cotisation des élèves pour se procurer les pagnes que nous avons à notre possession », confie-t-il.
Renforcer la résilience des communautés

La mise en œuvre de cette initiative a suscité une forte mobilisation au sein de l’école. Les élèves, encadrés par leurs enseignants ont été sensibilisés sur l’importance de la consommation locale et aux valeurs portées par la RPP. Marthe Dakio est la directrice de l’école Bimbilin B de Ouahigouya. Pour elle, l’initiative est salutaire. « Conformément aux orientations de nos autorités, il a été demandé en plus de la formation pédagogique, l’intégration de la formation aux métiers au profit des élèves. Parmi ces métiers, nous avons la couture et le jardinage. La confection des pagnes Koko Dunda s’inscrit donc dans la même logique de la formation aux métiers.
Dans les écoles Bimbilin (A, B, C,D) et le CEBNF, la formation aux métiers est une réalité. Nous pouvons vous garantir que la formation se déroule dans de bonnes conditions », soutient-elle. Cette formation ne consiste pas seulement à changer la couleur du tissu, renchérit-elle, mais surtout à inculquer aux élèves l’amour du travail et le respect des traditions, gage de la fierté d’être Burkinabè. « L’école ne doit pas être en marge de grandes orientations du pays. Elle doit être un creuset de formation citoyenne et patriotique », insiste-t-elle. Dans un contexte marqué par des défis sécuritaires et économiques, de telles actions locales apparaissent comme une réponse concrète pour renforcer la résilience des communautés.
Elles montrent que le développement peut partir de la base à travers des initiatives simples mais porteuses de sens. C’est du moins l’avis de Falangou Kansié, formatrice en production de pagnes Koko Dunda dans les écoles Bimbilin (A, B, C,D) . Elle se réjouit de la motivation des différents acteurs. « Tous les acteurs s’impliquent pour la réussite de cette initiative. Nous saluons également l’accompagnement des parents d’élèves. Chacun donne le meilleur de lui-même. Avec cet engagement de la part des uns et des autres, nous sommes convaincus que les résultats escomptés seront atteints.

Les écoles Bimbilin confectionnent leurs propres pagnes de Koko Dunda désormais pour la tenue scolaire. Quand on veut, on peut. Nous sollicitons l’accompagnement des autorités pour que ces rêves que nous portons pour l’éducation deviennent une réalité au Burkina Faso », plaide-t-elle. Dans les écoles Bimbilin (A, B,C,D) de Ouahigouya, le patriotisme se confectionne désormais au quotidien, pagne après pagne. Oumamatou Konfé est élève en classe de CM2 dans cette l’école (bloc A). Elle exprime sa reconnaissance aux autorités en ces termes : « cette formation est très bénéfique pour nous car, en plus de l’enseignement pédagogique, la formation nous donne l’occasion d’apprendre à faire quelques choses avec nos doigts, des choses qui nous seront utiles dans les années à venir. Nous remercions les autorités pour cette initiative et j’invite mes camarades élèves à s’impliquer davantage dans ces formations sur les métiers ».
Un levier pour la souveraineté économique
Les pagnes Koko Dunda sont le fruit du travail patient des encadreurs pédagogiques qui perpétuent également un savoir-faire qui sera transmis de génération en génération. Cette dynamique participe également à lutter contre l’importation massive de textiles étrangers, souvent à des coûts élevés qui fragilisent la production nationale. Selon le président du conseil des écoles, Ahmed Ouédraogo, l’école a une capacité de production de 100 pagnes par jour et la production journalière pourrait s’accroitre, si elle avait plus de moyens financiers pour acquérir la matière première.
« Les pagnes Koko Dunda confectionnés dans les écoles Bimbilin (A, B,C,D) coûtent 3 000 F CFA. Ailleurs, sur le marché, ces mêmes pagnes se négocient entre 4 500 et 5 000 F CFA. Actuellement, la confection se fait au profit des élèves de l’établissement au prix de 3 000 F CFA pour la tenue scolaire. Mais, si les moyens le permettaient, nous serions en mesure de produire et vendre à des particuliers.

« sur une quarantaine d’établissements que compte la CEB, chaque école pratique au moins un métier ».
Ce qui va susciter des revenus pour le compte de l’établissement », a ajouté M. Ouédraogo. En saluant la détermination des acteurs qui sacrifient leur temps de repos pour venir répondre à l’appel des autorités, les responsables des écoles Bimbilin lancent un cri du cœur aux autorités du pays et aux personnes de bonne volonté pour l’atteinte des résultats attendus.
Former des citoyens patriotes
Après l’école Bimbilin, nous avons fait un tour dans la commune de Oula. Les différentes orientations des autorités sont également une réalité. Ici, nous sommes à une vingtaine de kilomètres de Ouahigouya, précisément à Ziga. Nous sommes accompagnés de l’inspectrice Cécile Nanama, par ailleurs point focal de la mise en œuvre des innovations dans le CEB de Ouala 1. Dans cette circonscription, les innovations sont l’œuvre de toutes les structures intervenant dans le système éducatif. A l’école Medersa Nouroul Islam de Ziga, ils sont au total une quarantaine d’apprenants dans la coupe-couture.
Après deux années d’apprentissage, encadreurs et élèves expriment leur joie quant à cette initiative des plus hautes autorités qui va contribuer à former des Hommes de demain. Kaoussara Ouédraogo est en 2e année de coupe-couture dans cette école. « Cela fait deux ans que nous sommes à la section coupe-couture. A l’heure actuelle, nous avons beaucoup appris. Prendre les mesures, couper et coudre un habit n’est plus un secret pour nous. Cela a été possible grâce à nos encadreurs. Je peux vous rassurer aussi que ce que nous avons appris ici constitue des atouts pour notre avenir », laisse-t-elle entendre. Toujours dans la commune de Oula et dans cette même perspective, à l’école Ziga Rolla, c’est un périmètre maraicher de 200m2 qui est totalement aménagé par les élèves, encadreurs et parents d’élèves à travers l’initiative « une école, un jardin ».
Là également, le directeur de l’école Ziga Rolla, Harouna Komi, accompagné du point focal des innovations de la CEB de Ouala 1, Cécile Nanama, nous fait voir le travail de l’école en jardinage. Des spéculations telles que les oignons (16 planches), les tomates (3 planches), la salade (2 planches), le chou, des poivres, du sésame, du maïs, du gombo et d’autres spéculations y sont cultivées. Selon M. Komi, ce jardin a été réalisé grâce à la détermination des encadreurs, des élèves et aussi des parents d’élèves. « A l’école Ziga Rolla comme dans les autres établissements de la CEB, les innovations voulues par les autorités sont une réalité.

Le jardinage ici est une preuve concrète. Nous pouvons vous assurer que ces innovations vont apporter un plus à notre système éducatif », affirme-t-il. Selon les premiers responsables de l’éducation primaire et non formelle de la région de Yaadga, l’initiation à la formation aux métiers dans les établissements d’enseignement de base est une réalité dans toutes les CEB de la région. Déjà, cette réforme produit des résultats probants. Ils invitent donc les encadreurs, les élèves et les autres acteurs à s’impliquer pleinement dans cette nouvelle dynamique pour l’atteinte des résultats escomptés.
Bassirou BADINI
bassirouba264@gmail.com
Contribuer au changement de mentalité
La promotion du Kôkô Dunda s’inscrit dans la vision globale des autorités burkinabè de bâtir une souveraineté économique fondée sur la transformation locale des matières premières et la consommation des produits locaux. Le coton, principale matière première du textile burkinabè est produite localement. Sa transformation sur place permet de créer des emplois, de générer des revenus et de réduire la dépendance vis-vis de l’extérieur. En confectionnant ses propres pagnes kôkô dunda pour la tenue scolaire, l’école bloc de Bimbilin de Ouahigouya répond à la vision des autorités du pays par la formation aux métiers des plus jeunes. Ces acteurs contribuent également au changement des mentalités à travers la production et la consommation locale. Dans la même perspective, la promotion de la production et de la consommation locale souhaitée par le capitaine Thomas Sankara, père de la Révolution d’août 1983, est désormais une réalité avec la RPP sous le leadership du capitaine Ibrahim Traoré.
B.B.





