Iran/Etats-Unis : un dialogue difficile

A l’annonce du protocole d’entente entre l’Iran et les Etats-Unis pour un arrêt immédiat des opérations militaires y compris au Liban, il y a deux semaines, certains observateurs de la crise au Moyen Orient avaient apprécié positivement cette évolution. Les répercussions néga-tives de ce conflit au plan mondial se faisaient de plus en plus sentir, qu’il fallait faire taire les armes. Grâce à la facilitation du Pakistan, cet accord a été obtenu et signé à distance, mais il faut l’apprécier avec une dose de prudence, au regard du contexte de méfiance et de défiance entre la coalition américano-israélienne et le régime des Mollahs. Les évènements de ces derniers jours confirment d’ailleurs cette retenue.

Alors que les négocia-tions devant aboutir à un accord sérieux ont été entamées à Genève en Suisse, à la suite du protocole d’entente, les tensions autour du Detroit d’Ormuz, où transite 20% de la demande mondiale de pétrole et de gaz, ont ressurgi. Dans le cadre du mémorandum d’entente, Américains et Iraniens s’étaient accordés pour mettre en place une ligne directe pour coordonner le trafic dans le Détroit d’Ormuz. Malheureusement, cette initiative ne fonctionne toujours pas. Ce blocage a visiblement irrité les Etats-Unis qui ont mené des frappes contre l’Iran, vendredi et samedi, sous prétexte que Téhéran continue d’entraver la navigation marchande dans le Detroit d’Ormuz.

La riposte iranienne n’a pas tardé et a visé des positions militaires stratégiques américaines au Bahreïn et au Koweït après avoir déterré la hache de guerre, Washington et Téhéran ont convenu de suspendre leurs attaques mutuelles. Aussi, les Etats-Unis ont-ils annoncé des discus-sions ce mardi à Doha au lieu de Genève autour de la brulante question du Détroit D’Ormuz. Ce bras de mer très important pour le trafic maritime mondial s’est retrouvé au cœur de la crise dans le Golfe. L’Iran s’en sert désormais comme un moyen de pression, ce qui irrite Washington. A Doha, on espère qu’une bonne solution sera trouvée à ce point d’achoppement de nature à mettre en péril le processus de paix.

Mais, le point le plus clivant reste le programme nucléaire iranien. Téhéran tient à se doter de la bombe atomique, au point d’en faire une obsession, alors que les Etats-Unis y voient une menace pour Israël et ses alliés du Moyen Orient. Le président américain a mis un point d’honneur à ce que Téhéran n’ait jamais la bombe atomique. Réussira-t-il à mettre la main sur l’uranium enrichi des Mollahs et à leur faire renoncer à leur projet de bombe nucléaire à la faveur des négociations ?

Personne ne peut répondre avec certitude à cette interrogation. La détermi-nation de l’Iran à posséder cette arme puissante et dissuasive incite au pessimisme. Le moins que l’on puisse dire est que le dialogue entre l’Iran et les Etats-Unis est difficile. On n’est véritable-ment pas à l’abri des regains de tensions, tant Américains et Iraniens ont des positions plus ou moins tranchées au sujet du Detroit d’Ormuz et du programme nucléaire. Les mauvais signaux sont perceptibles, mais osons encore croire qu’une paix durable est possible entre Washington et Téhéran.

Kader Patrick KARANTAO

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