Au nom d’Allah, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux.
Louanges à Allah et paix et bénédictions sur Son Messager et sur tout croyant.
Parmi les lumières les plus nobles que le Ramadan ravive dans le cœur du croyant figure l’humilité. A première vue, elle peut sembler synonyme de faiblesse ou d’effacement. Pourtant, dans la perspective islamique, l’humilité est une élévation intérieure. Elle consiste à reconnaître sa condition de serviteur, à se libérer de l’orgueil et à marcher sur terre avec conscience et dignité. C’est aussi l’un des enseignements du Ramadan. En effet, il est une école d’humilité dans la mesure où la faim nous rappelle notre dépendance, la soif révèle notre fragilité, la prière nocturne nous place en position de prosternation, symbole ultime de soumission à Allah. Dans cette posture, le croyant découvre que la véritable grandeur réside dans l’abaissement sincère devant son Seigneur. Il s’agit de s’abaisser pour trouver l’élévation.
Le fondement de la foi musulmane réside dans l’humilité devant Allah. Cette humilité commence par la reconnaissance de la grandeur d’Allah et de la faiblesse humaine. Allah dit à ce propos : « Les serviteurs du Tout Miséricordieux sont ceux qui marchent humblement sur la terre… » (Sourate 25 verset 63). Marcher humblement ne signifie pas s’effacer socialement, mais adopter une attitude intérieure de modestie, sans arrogance ni mépris. Et Allah met en garde contre l’orgueil quand Il précise : « Et ne détourne pas ton visage des hommes, et ne foule pas la terre avec arrogance, car Allah n’aime pas le présomptueux plein de gloriole. » (Sourate 31 verset 18)
En vérité, l’orgueil fut la cause de la chute d’Iblîs, qui refusa de se prosterner par arrogance. L’humilité, au contraire, est la qualité des prophètes et des serviteurs sincères. Le Messager d’Allah a dit : « N’entrera pas au Paradis celui qui a dans son cœur le poids d’un atome d’orgueil ». Par ce propos, il nous montre à la fois la gravité de l’arrogance mais aussi l’importance capitale de l’humilité.
Par ailleurs, il importe de souligner que le Prophète est un modèle parfait d’humilité. En effet, l’exemple le plus éclatant d’humilité est celui du Prophète Mouhammad. Bien qu’il fût le Messager d’Allah et le meilleur des hommes, il vivait simplement. Il réparait ses sandales, participait aux tâches domestiques et s’asseyait parmi ses compagnons sans distinction apparente. Un homme, impressionné en sa présence, trembla ; le Prophète lui dit : « Calme-toi, je ne suis qu’un fils de femme qui mangeait de la viande séchée à La Mecque ». Et dans un autre hadith, il a dit : « Celui qui s’humilie pour Allah, Allah l’élève ».
En outre, le Ramadan est une excellente occasion pour nous éduquer à la modestie et nous mettre sur les pas du Prophète. Effectivement, le Ramadan est une école de modestie. Le jeûne est un puissant antidote à l’orgueil. La faim rappelle que l’être humain est dépendant. La prosternation répétée dans la prière rappelle que la grandeur appartient exclusivement à Allah. Rappelons-nous quand Allah dit : « Ô hommes ! Vous êtes les indigents ayant besoin d’Allah, et c’est Allah, Lui, le Suffisant à Soi-même, le Digne de louange » (Sourate 35 verset 15).
Le Ramadan matérialise cette indigence spirituelle. Nous réalisons que sans la permission d’Allah, nous ne pouvons ni manger, ni boire, ni même respirer en paix. L’humilité se manifeste aussi dans la discrétion des actes. Le jeûne est un acte caché, connu pleinement d’Allah seul. Et cette dimension favorise une purification de l’ego et éloigne la recherche de reconnaissance.
Parlant des manifestations concrètes de l’humilité, précisons qu’elle se reflète véritablement dans plusieurs attitudes. Elle consiste à accepter la vérité, même lorsqu’elle vient d’une personne plus jeune ou socialement inférieure, à reconnaître ses erreurs et demander pardon, à servir les autres sans rechercher la supériorité et à éviter le mépris, même subtil. Dans le même sens, le Prophète nous met en garde quand il précise que : « L’orgueil consiste à rejeter la vérité et à mépriser les gens. »
Ainsi, toute attitude de mépris est une forme d’orgueil. Le Ramadan nous appelle à purifier notre regard sur autrui. Le jeûne nous met tous au même niveau : riches et pauvres ressentent la faim, érudits et simples fidèles se tiennent côte à côte dans la prière.
Aussi, dans le cadre des relations sociales, l’humilité embellit les relations humaines. Elle apaise les conflits, facilite le dialogue et ouvre les cœurs. Une personne humble écoute davantage qu’elle ne parle, conseille sans humilier et corrige sans rabaisser. Et Allah nous enjoint dans ce sens quand Il dit : « Et abaisse ton aile pour les croyants » (Sourate 15 verset 88). Cette image exprime la douceur, la bienveillance et la proximité. Et dans la famille, l’humilité renforce l’harmonie comme elle crée la confiance dans la société et favorise l’unité au sein de la communauté.
Toutefois, remarquons que l’orgueil spirituel comporte assez de dangers pour le musulman. Il est une forme subtile d’orgueil. Il consiste à se croire supérieur en raison de ses pratiques, mépriser celui qui est moins assidu, s’admirer pour ses actes d’adoration et tout cela contredit l’esprit du Ramadan. En effet, le jeûne n’est pas un motif de supériorité, mais un rappel de notre dépendance. La prière nocturne n’est pas une médaille, mais une faveur divine. Plus le serviteur progresse spirituellement, plus il devient humble, conscient que tout bien vient d’Allah.
L’humilité, en conclusion, est une lumière qui élève durablement. Elle est une lumière apaisante et protectrice. Elle protège le cœur contre l’arrogance, les relations contre le mépris et les actes contre la vanité.
L’humilité apparaît comme une lumière d’élévation paradoxale : plus le serviteur s’abaisse devant Allah, plus Allah l’élève en dignité et en valeur.
Puisse Allah purifier nos cœurs de toute trace d’orgueil.
Puisse-t-Il nous accorder l’humilité dans nos paroles, dans nos actes et dans nos intentions.
Et puisse cette lumière acquise pendant le Ramadan illuminer notre vie entière.
NB : La foi musulmane est une foi active qui impose un devoir de présence.
Dr Inoussa COMPAORE
Imam à l’AEEMB et au CERFI






