Au Tchad, l’opposition traverse une mauvaise passe. Alors que l’ex-Premier ministre et leader du parti Les Transformateurs, Succès Masra, purge actuellement une peine de 20 ans de prison pour des messages haineux et complicité de meurtre, d’autres opposants l’ont rejoint derrière les barreaux. Huit opposants arrêtés fin avril, ont été récemment condamnés à huit ans de prison ferme, pour diverses raisons, notamment pour « association de malfaiteurs », « mouvement insurrectionnel », « rébellion et détention illégale d’armes de guerre ».
Les intéressés, tous membres du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), ont été interpellés et jugés dans le cadre de l’organisation d’une marche de protestation et d’indignation interdite. Même s’ils ne sont pas appelés à passer le même temps en prison, les opposants condamnés partagent le sort de l’ancien chef de gouvernement tchadien, qui paie pour son rôle présumé dans des violences communautaires ayant occasionné des morts. Après avoir contesté l’élection du Président Mahamat Idriss Déby en mai 2024, l’opposition tchadienne est restée dans une posture de défiance, décriant sa gouvernance. Autant que faire se peut, les opposants veulent soulever la rue contre le régime Déby, mais elle s’engage manifestement dans une mission périlleuse.
Si elle n’a pas réussi à déloger le père, Idriss Deby, tué au front en décembre 2021, ce n’est pas le fils, qui a pris la relève avec autorité sur le pays, qui va céder aussi facilement. Même les rebelles, avec leurs armes, ne sont pas parvenus à faire plier les Deby. Plutôt que d’opter pour des contestations pouvant dégénérer en des violences regrettables, les opposants gagneraient travailler à prendre le pouvoir par les urnes, en vendant des projets de société à même de séduire et d’inciter les populations à leur confier les rênes du Tchad à l’avenir. La politique de la chaise vide ou des boycotts de scrutins ne rapporte pas toujours. L’opposition tchadienne doit changer de fusil d’épaule.
Il y a des échéances électorales qui s’annoncent et elle pourrait saisir l’occasion, pour espérer gagner du terrain politiquement. Les élections législatives et sénatoriales sont fixées au 21 juin 2026. C’est une opportunité pour elle de mener le combat des urnes. Les Tchadiens n’attendent que des solutions à leurs problèmes quotidiens. Ils n’ont pas besoin d’être entrainés dans des violences inutiles, pour servir des ambitions politiques égoïstes. S’ils veulent incarner l’alternance et construire le Tchad de leurs vœux, les opposants au régime Déby doivent se départir des troubles qui ne constituent pas des arguments politiques.
Kader Patrick KARANTAO






