
Le cabinet Sahelors consulting et l’Agence arobase communication organisent du 2 au 4 juillet 2026 à Ouagadougou, la 1re édition du Forum africain des innovations en santé, sécurité et du bien-être au travail (AFRISST). Au cours d’une interview accordée à Sidawya, le mardi 30 juin 2026, le promoteur de l’évènement, l’ergonome, Sounkalo Djibo a expliqué les objectifs et les résultats attendus lors de cet évènement qui réunira plus des centaines de participants.
Sidwaya (S) : Qu’est-ce que l’ergonomie ?
Sounkalo Djibo (S.D) : L’ergonomie est une discipline scientifique qui se base sur d’autres disciplines telles que l’ingénierie, la médecine du travail et les sciences pour concevoir des espaces de travail qui soient compatibles avec les capacités humaines en vue de travailler dans de bonnes conditions non seulement de qualité mais de performance et de santé pour le salarié.
S : Du 2 au 4 juillet 2026 à Ouagadougou se tiendra le Forum africain des innovations en santé, sécurité et du bien-être au travail (AFRISST) organisé par votre cabinet Sahelors Consulting. Qu’est- ce qui justifie la tenue d’un tel évènement ?
S.D: Ce forum n’est pas un forum pour allonger la liste des fora. C’est un lieu de rassemblement où les participants vont parler de la santé-sécurité au travail. C’est le lieu de réunir l’administration publique, les ingénieurs, les miniers, les médecins du travail et les représentants du personnel et les Directeurs des ressources humaines (DRH). Sa particularité est que nous allons plus échanger sur les nouvelles technologies, l’intelligence artificielle qui sont mises à contribution dans la santé-sécurité au travail. On retrouve l’intelligence artificielle partout aujourd’hui, que ce soit dans les rédactions, dans la santé ou dans les sciences de l’ingénieur. On ne peut pas faire autrement que de l’utiliser. Il s’agit de discuter sur comment la santé-sécurité va utiliser les nouvelles technologies, l’intelligence artificielle pour garantir, pérenniser et augmenter davantage la sécurité de la santé des travailleurs, que ce soit dans l’administration publique ou dans les entreprises privées.
S : Quel est le thème retenu de cette première édition ?
S.D : Le thème central est : « L’innovation technologique en santé-sécurité au travail : les défis et les perspectives pour un développement durable des entreprises en Afrique ». Nous avons choisi ce thème en lien avec le contexte du Burkinabè, de l’Africain parce que jusqu’à présent dans les services , on ne parle pas de prévention mais de réparation. Nous voulons la culture de la santé-sécurité au travail pour qu’il y ait un réflexe de tous au quotidien en matière de prévention de santé-sécurité au travail. Il faut reconnaitre que de plus en plus avec les nouvelles technologies et les nouvelles formes d’organisation de travail, il y a énormément de charges mentales sur le travailleur. Il faut donc travailler à la prévention. Pour prévenir, il faut être à l’avance des choses à savoir avoir un médecin du travail ou un ergonome qui va veiller à réduire les risques d’accident. Certes, la technologie aide à aller très vite, mais a trop l’utilisé, elle génère du stress. De plus en plus, la même personne se retrouve avec beaucoup plus de travail parce qu’elle a des outils qui permettent d’aller très vite. Nous allons réfléchir sur le contexte burkinabè-africain pour faire en sorte que les travailleurs puissent travailler dans de bonnes conditions.
S : Pourquoi le choix de la ville de Ouagadougou ?
S.D: Parce que la capitale du Burkina Faso est par excellence celle africaine de part dans sa position géographique. On a le FESPACO, le SIAO. Le pays est situé au cœur de l’Afrique de l’Ouest. C’est aussi un choix de mon cœur car je suis Burkinabè, même si je vis en Europe, c’est vraiment mon pays de naissance. Pour participer, il suffit de s’inscrire gratuitement en ligne sur le site www.afrisst.com ou envoyer un mail à info.afrisst.com ou appeler 66 46, 64 43. Je puis vous dire qu’il y a de l’engouement, je puis vous dire déjà que ça suscite de par les inscriptions. A ce jour, nous avons plus de 300 inscrits.
Nous avons des délégations de la Tunisie, des délégations de la RDC, du Togo, du Bénin, du Mali et bien sûr la grosse partie du Burkina Faso qui seront présentés. Pour une première édition, on peut dire que c’est satisfaisant.
S : En tant qu’ergonome, quel est l’état des lieux de la santé -sécurité au travail en Afrique, surtout au Burkina Faso ?
S.D : Au Burkina Faso, il y a beaucoup de choses qui ont été faites en la matière. On a la mise en place du nouveau code de travail, l’existence de la caisse de sécurité sociale qui fait face aux nombreux sinistres ou même fait de la prévention vis-à-vis des entreprises. Il y a une formation très accrue des médecins du travail qui, de plus en plus, commencent à servir au niveau de l’Office de santé des travailleurs (OST) ou bien des entreprises. On peut aussi parler des inspecteurs du travail. Au niveau des entreprises, quand on prend les entreprises minières, elles ont des services de santé-sécurité au travail à l’interne. Par contre, ce n’est pas toutes les entreprises qui le font. L’OST est aussi un organe de l’Etat dont les médecins font des visites médicales dans des lieux de travail. Cependant, tout ce dispositif reste cantonné sur 20 % des salariés, sachant que 80% du travail en Afrique est le travail informel. C’est un gros challenge pour nos autorités de s’occuper de ce grand nombre, mais aussi un gros challenge pour les médecins de trouver des solutions à cela. C’est pourquoi, il faut travailler à un réflexe de culture de santé-sécurité au travail, c’est tout l’enjeu.
S : Quelle est votre collaboration avec les autres institutions (les universités, la CARFO, la CNSS et la CNAMU, la CNSS, la CNMU, OST) ?
S.D: Mon cabinet qui a 6 ans d’existence et j’enseigne l’ergonomie dans différentes universités en Afrique comme celle Cheick Anta-Diop au Sénégal. J’ai participé à former environ 600 médecins du travail en Afrique (Côte d’Ivoire et au Bénin). Ma collaboration est déjà l’enseignement. Avec la CARFO, la CNSS et la CNAMU, la CNSS, la CNMU, OST), il y a des discussions en cours pour pouvoir outiller, aider ces structures à faire monter en compétence leurs collaborateurs. C’est l’idée du forum à savoir faire connaître les activités du cabinet et pouvoir accompagner la montée des compétences des collaborateurs. Ils sont conviés au forum pour échanger. A l’endroit des entreprises, j’ai pu collaborer, réaliser des études, faire des formations et la collaboration continue. Au niveau de l’administration, je reste disponible pour résoudre les troubles musculosquelettiques à cause de la sédentarité. Ce problème est de plus en plus important et c’est un ergonome qui peut faire une étude générale et proposer des solutions. Si l’administration ouvre les portes pour que je puisse regarder avec des collègues, ce serait une bonne chose.
S : Quels sont les autres thématiques qui seront abordées ?
S.D: En plus de l’intelligence artificielle, il y a les thématiques sur les risques psychosociaux, des troubles musculosquelettiques notamment dans les mines, puisque les conducteurs d’engins, lourds en souffrent. La thématique également sur les nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle appliquée dans le domaine de mines. Elle va même faire l’objet d’un atelier de formation pratique avec un excellent formateur qui va montrer comment l’intelligence artificielle peut être utilisée dans le domaine des mines pour pallier les problématiques liées à la santé, sécurité au travail. Il va présenter de nouveaux outils (des capteurs, des drones) à utiliser en vue d’éviter les accidents. Il y aura aussi une thématique sur la gouvernance même de la santé, sécurité et travail. Il s’agit de montrer comment les institutions comme le PNUD, les banques financent les actions de développement et comment ces institutions doivent s’organiser pour faire comprendre à leurs clients que la question de la santé-sécurité est très importante parce que le capital humain est très important dans la vie d’une entreprise. Si on arrive à préserver ce capital humain, ces personnes vont travailler jusqu’à la retraite sans se casser le dos, sans gravement tomber malade. Et lorsque les personnes iront à la retraite, elles pourront bénéficier de leur retraite aussi longtemps que possible. On a une douzaine de conférences avec deux ateliers.
S : Le forum ambitionne élaborer la charte de Ouagadougou. De quoi s’agit-il ?
S.D : Ce livre blanc n’est rien d’autre que les recommandations issues de ce forum que nous allons prendre l’engagement de présenter auprès des autorités, des institutions et faire en sorte qu’avant la prochaine édition qu’elles aient été mises en œuvre. Il va servir non seulement les institutions, les entreprises, l’autorité et les représentants du personnel.
S : Au cours de ce forum, il y aura des sensibilisations, surtout à l’endroit des chefs d’entreprise qui sont focalisés sur la rentabilité que la santé, la sécurité des travailleurs ?
S.D : Il faut dire que de plus en plus, on parle de management et ce sont les objectifs pour rentabiliser qui comptent. Mais au-delà de ça, il y a aussi la responsabilité de l’entreprise, la responsabilité sociale qui veut que le capital humain soit pris en compte. Chaque thématique qui sera abordée, la responsabilité de l’entreprise, de l’employeur sera évoquée en matière de santé, sécurité au travail. Ce forum doit être une porte d’entrée vers la culture de la santé, sécurité au travail. Le message est de dire aux chefs d’entreprise qu’un franc dépensé en santé, sécurité au travail, c’est trois ou quatre francs de bénéfice que l’entreprise fera. Parce qu’en dépensant de l’argent pour former, sensibiliser ou mener des études de risques au bout d’un certain temps, les gens se portent mieux parce qu’ils ne seront plus malades, ils ne feront plus d’accidents, mais l’entreprise n’aura plus à payer pour la réparation d’où l’opération investir un franc, récolter trois ou quatre ans plus tard.
S : N’est -ce pas une grande ambition pour une édition d’organiser un forum continental ?
S.D : On peut dire que c’est ambitieux, mais en réalité aussi, cela est lié au thème et ce que nous visons en premier. Nous voulons une prise de conscience de la santé sécurité du travail. Nous avons voulu une rencontre qui permet à tout le monde d’intervenir, de poser des questions et donner leur avis. Toutes les résolutions viendront des participants. Donc, en gros, on va dire une quinzaine de manifestations au cours desquelles la parole sera donnée au public pour avoir son avis, pour que le public aussi nous dise comment on peut mieux orchestrer les choses pour les prochaines. L’ambition, que ce soit sous-région ou continental, c’est une place à prendre, ce sont d’autres qui vont la faire. Et puisque la place existe encore, j’ai imaginé le concept afin que nous puissions l’exporter.
S : Quelles sont vos perspectives ?
S.D : Déjà à l’issue de ce forum, qui a été réfléchi durant deux ans quand même, est de faire le bilan de la participation et de tous les dividendes qui ont été récoltés, que ce soit au niveau individuel, des entreprises, des institutions, des partenaires et de l’Etat. Cela va permettre, si nous avons eu raison de le faire ou pas. Déjà que toutes ces institutions, les autorités (le ministère des Serviteurs du Peuple et celui en charge de la santé), les partenaire (IAMGOLD Essakane, Orange Burkina, UBA la CNSS…) et les entreprises qui nous ont fait confiance augurent déjà de l’importance du thème que nous allons aborder, mais également au sérieux des deux cabinets organisateurs. On aura remporté notre challenge et envisager l’avenir en faisant la tenue du forum, un évènement annuel, ou chaque deux ans, et envisager l’étendre dans la sous-région ou dans l’espace AES.
Interview réalisée par Fleur BIRBA





