
La filière mangue se porte à merveille au Burkina Faso, particulièrement dans la région du Guiriko. Selon les chiffres du ministère en charge de l’agriculture, la forte production représente à elle seule environ 58 % des vergers nationaux. Sur une estimation de 360 000 tonnes de mangue par an au niveau national, plus de la moitié de la production provient de cette partie ouest du pays. Au-delà de la mangue conventionnelle, de nombreux producteurs s’investissent dans le bio, sans utilisation de pesticides, ni engrais chimiques. Ce qui fait du Burkina, le premier pays exportateur de ce fruit séché bio au plan mondial. Pour qu’il puisse maintenir le cap, le ministère de tutelle est dans la dynamique de renouvellement des vergers et intensifie la lutte contre les maladies des fruits. Sidwaya dans les vergers et les unités de transformation.
Mercredi 6 mai 2026 à Kourinion. Commune rurale située à une quinzaine de kilomètres de Orodara, dans la province du Kénédougou, région du Guiriko. Nous sommes sur le site agropastoral de 42 hectares (ha) du producteur Drissa Traoré. Un vent frais souffle comme s’il venait de pleuvoir, alors que « le ciel a ouvert ses vannes » il y a de cela plus d’une semaine. Agrumes et manguiers se côtoient. Certaines mangues déjà mûres offrent une douceur naturelle à la dégustation. D’autres toujours vertes sont aussi visibles.
Le choix pour cet arboriculteur de produire sans engrais ni pesticides chimiques depuis une trentaine d’années, lui ouvre des débouchés commerciaux avec des clients exportateurs et des unités de transformation. Amélie (ou gouverneur), Brooks (ou mangue retard), Lippens, Kent et Keitt, sont des variétés de mangues produites dans cette commune car s’adaptant aux conditions climatiques. « Avec ces variétés, nous arrivons à faire une bonne

la qualité et la conservation du produit fini.
production et la qualité de la mangue témoigne que les conditions sont vraiment réunies », confie l’arboriculteur, tout sourire. Selon l’Agence pour la promotion des exportations (APEX), plus d’une quarantaine de variétés de mangues sont produites au Burkina Faso et représentent 98 % de la superficie des manguiers au niveau national.
Par campagne, une soixantaine de tonnes de mangues sont « extraites » du verger de M. Traoré et vendues à hauteur d’un à 3 millions F CFA. A l’image de ce producteur, Ouo Traoré, 48 ans et mère de cinq enfants, dispose d’un verger de 4 ha certifié bio avec de Lippens et Kent, depuis 11 ans. L’année dernière, elle a attaché un million F CFA ‘’au bout de son pagne’’ grâce à la vente. A environ 500 mètres de là, se trouve le verger de Moussa Traoré. Jardinier, pisciculteur et producteur de tangelos, d’anacardes et d’oranges, il cultive également des mangues sur 25 hectares certifiés depuis 2000.
A l’entrée de son site, est fixée une plaque de consignes d’hygiène. Non loin, on aperçoit des toilettes, une bouilloire et de l’eau de Javel. Pas de défécation sur le site. Pendant la récolte, le port de gants et de bottes est exigé. Une récolte de Kent a été faite et 81 caisses ont été vendues pour le moment, à hauteur de 162 000 F CFA. Les producteurs qui ont l’habitude de faire une bonne moisson s’inquiètent car cette année, « dame nature » n’a pas été au rendez-vous.

Koba Issaka Bougoum, l’exportation
de la mangue fraiche coûte
très chère et seuls les bourgeois
peuvent se procurer ce fruit saisonnier.
La floraison de la mangue commence généralement en décembre. Malheureusement en 2026, ce processus, de l’avis de M. Traoré, a été constaté dès novembre et au moment où la mangue devait fleurir, l’harmattan et la chaleur ont fait leur ‘’entrée dans les vergers’’. Face à cette situation, toute la chaîne (producteurs, transformateurs et exportateurs) ne tirera pas son épingle du jeu. Les producteurs auraient souhaité que la majeure partie des vergers soit irriguée pour faire face aux effets des changements climatiques, mais les moyens financiers font défaut.
Ils se réconfortent tout de même et s’inscrivent dans la dynamique de la loi du marché, qui stipule que si le produit est rare, il est cher. « Si la demande sera plus forte que l’offre, nous allons faire de bonnes affaires cette année mais pas une mévente », souhaite Drissa Traoré. Dame Ouo Traoré, qui n’a pas encore récolté, ne compte encaisser que 600 000 F CFA. Moussa Traoré, qui a perçu 2 millions F CFA la campagne passée, prévoit en encaisser davantage, si les clients acceptent d’acheter à un prix plus élevé.
Si Drissa et Moussa sont optimistes, Arzouma Vlé Traoré, lui, n’affiche pas un air heureux. Il n’obtiendra pas la moitié du montant qu’il a eu lors de la campagne précédente. Moussa Traoré, un autre producteur sexagénaire, torse nu, le regard hagard, assis sous un arbre ombrageux à côté de son verger de 6 ha bio, marmonne timidement que cette campagne est la plus « catastrophique », qu’il ait jamais connue.
Le bio, une longue procédure

Ils confirment tous que 1996 et 1997, sont des années où la mangue en bord-champ était vendue à 25 F CFA et deux pouvaient être cédées à 5 F CFA. Malgré ce bas prix, ils ne s’en tiraient qu’à seulement 15 % de leurs marchandises. « Présentement, avec les unités de transformation, nous arrivons à nous en sortir en tant que producteurs », se réjouit Drissa Traoré. Il confie que les producteurs ont plaidé auprès du ministre de tutelle, en faveur du recours aux moyens conventionnels de vente, qui est le kilogramme.
C’est ainsi que lors du lancement de la campagne fruitière 2026 en février dernier, il a annoncé le prix plancher de la mangue à 95 F CFA. Mais le hic est qu’il n’est toujours pas appliqué. Présentement, la mangue se vend à 70 ou 80 F CFA. Pour preuve, pour la première récolte, Drissa Traoré a vendu le kg à 70 F CFA. Le prix plancher ne rencontre d’ailleurs pas l’assentiment du président de l’Interprofession mangue, Yaya Koné. Il explique qu’une rencontre avait eu lieu avec le Conseil burkinabè des filières agropastorales et halieutiques (CBF), pour fixer un prix sur la mangue d’exportation.
La deuxième rencontre qui était attendue n’a jamais eu lieu, jusqu’à ce que les 95 F CFA ‘’tombent’’ comme un couperet. Pour lui, la mangue export est le premier choix et la récolte est faite de façon minutieuse. Le prix idéal qui était fixé antérieurement est 95 F CFA. « Mais la transformer et la vendre également à ce prix, cela est impossible. Dans les unités de transformation, les intermédiaires proposent le kilo de la mangue fraiche à plus de 100 F CFA. C’est cet amalgame que font les producteurs et les transformateurs actuellement et il faut que l’Etat nous éclaire davantage sur ce prix », s’offusque M. Koné.

Le producteur Moussa Traoré estime qu’il doit y avoir une différence nette entre les prix du conventionnel et bio, parce que la production bio est une longue procédure avec des règles strictes à respecter. Le directeur régional en charge de l’agriculture du Guiriko, Eric Pascal Adanabou, souligne que plus de 13 000 hectares sont exploités dans la région pour la mangue bio. L’assistant technique de l’Union nationale des sociétés coopératives des producteurs de mangues du Burkina, Ibrahim Doumbia, ajoute qu’environ 25 à 30 % des vergers de ladite région sont certifiés bio par Ecocert/Burkina et d’autres structures.
Le site de Drissa Traoré sera certifié bio en juillet prochain par Global Protect. En attendant, il rassure qu’autour de son verger, aucune culture vivrière, ni engrais chimique n’est pratiqué. Tous les deux ou trois ans, des labours d’entretien sont faits dans son verger mais jamais d’herbicides. « Il est vrai que mon verger n’est pas encore déclaré bio, mais je respecte toutes les normes de culture bio », se félicite-t-il.
Le directeur général d’Ecocert/Burkina et pour la zone ouest-africaine, Mamadou Sanogo, certifie que les coûts des certifications diffèrent au niveau des vergers, de la transformation et de l’exportation. Il affirme qu’il existe des normes réglementaires qui sont beaucoup demandées par les clients. Il s’agit de l’UE 848 qui est européenne et le NOP qui est la norme américaine. Il reconnaît que depuis deux ans, la certification est confrontée à d’énormes contraintes en raison du changement réglementaire de 2025, qui impacte majoritairement sur les coûts.
« Nous sommes passés d’un système où la commission européenne donnait la latitude aux organismes de certification tels qu’Ecocert, de mettre en place un cahier des charges adapté au contexte des pays tiers à un concept généralisé imposé par ladite commission qui nous amène à faire 5 % d’audits et 2 % de prélèvements », explique M. Sanogo. Il signale qu’auparavant, seul un échantillon était audité pour vérifier la conformité d’une coopérative qui regroupait 4 000 producteurs par rapport à la réglementation.

de Bobo-Dioulasso.
Des forages sont également
construits dans certains vil-
Au Ranch du Koba, les mangues fraiches passent par plusieurs étapes avant d’être conservées…
« Si cet échantillon était conforme, la certification était donnée pour l’ensemble des producteurs. Mais de nos jours, avec la nouvelle réglementation, nous sommes tenus de visiter 5 % du nombre de producteurs », clarifie-t-il. A l’entendre, l’ancien système dénommé EOS est passé à une nouvelle réglementation qui est le NERUE 848. « Nous sommes un organisme qui est aussi audité et accrédité par la commission européenne.
Si nous ne suivons pas la nouvelle norme, nous sommes sanctionnés comme nous sanctionnons nos clients », fait-il savoir. Issaka Bougoum est le promoteur-gérant de la SN Ranch du Koba au secteur 20 de Bobo-Dioulasso. Il dispose d’un verger certifié en son temps par Ecocert. Présentement, il collabore avec Bio Inspecta, un autre organisme certificateur basé en Belgique qui délivre tous les certificats. « Nous n’avons pas divorcé d’avec Ecocert. C’est parce qu’il ne dispose pas de tous les référentiels que nos clients demandent que nous nous sommes dirigés vers ce nouveau certificateur », justifie-t-il.
Le vrai goût de la mangue arrive en Europe
Surnommé le « roi de la mangue », Issaka Bougoum est spécialisé dans le conditionnement, transformation et exportation des fruits et légumes, notamment la mangue fraîche et séchée, par bateau et avion. Amélie, Kent, Keitt, Valencia et Springfield, sont conservées au froid jusqu’à destination au Maghreb, Moyen-Orient et dans toute l’Europe y compris l’Angleterre. « Par voie aérienne, c’est le vrai goût de la mangue qui arrive en Europe. Lorsque nous expédions le soir, le lendemain, le client reçoit son colis. Alors que par bateau, il faut au minimum trois semaines », s’enthousiasme-t-il.

Adrien Kiendrébeogo : « Si
nous voulons vivre longtemps, il
faut que nous bannissons les produits
chimiques et nous tourner
vers le bio ».
En 2025, plus de 5 000 tonnes de mangues fraîches ont « rejoint » ces pays destinataires. Avant qu’elles ne soient embarquées, elles sont défeuillées, lavées, brossées, ventilées, triées, emballées et étiquetées pour être conservées dans des chambres froides à 9 degrés Celsius. Elles sont ensuite chargées dans des conteneurs à la même température pour embarquement. En plus de la certification d’Ecocert au niveau des vergers, il y a la certification phytosanitaire du ministère en charge de l’agriculture, qui atteste que la mangue est exempte de parasites pour l’export.
Mais il peut arriver qu’un produit soit rejeté pour mauvaise pratique d’hygiène, qu’un traitement ait été appliqué pendant le stockage ou qu’une larve de mouche ait été détectée sur une mangue. En ce moment, le produit perd son statut bio. Il devient conventionnel pour le client en Europe. « Si ce dernier est dans le conventionnel, il s’engage à le prendre. S’il ne l’est pas, l’exportateur active ses réseaux pour trouver d’autres acheteurs. Au cas contraire, le produit est détruit », explique M. Sanogo.
Il précise que c’est au producteur ou au porteur du projet de mettre en œuvre, tous les moyens nécessaires pour garantir la conformité de son produit avec la réglementation visée. M. Bougoum affirme que s’il arrive que le produit soit intercepté, l’exportateur n’a plus que « les yeux pour pleurer », car il peut perdre des millions F CFA. Abou Ouattara de Faso Mangoro excellait principalement dans l’exportation de la mangue fraîche au Maroc, Espagne et France. Les légumes qui étaient aussi son ‘’sport favori’’, ont été interceptés et lui ont causé d’énormes pertes. Ce qui l’a obligé à jeter l’éponge sur l’exportation du frais. Il se contente maintenant de celle séchée bio.
Des goûts distincts mais de qualité

Millogo : « Avec le bio, nous vendons
plus cher et nous mangeons
sain ».
Annuellement, Faso Mangoro exporte au moins 60 tonnes d’Amélie et de Kent séchées vers l’Allemagne et les Pays-Bas. Selon M. Ouattara, la variété Brooks est la plus sollicitée par les clients pour son goût un peu aigre. « La Kent et la Lippens, qu’elles soient fraîches ou séchées, sont naturellement sucrées et de qualité. Nos mangues sont séchées sans aucune coloration ni aucun sucre », précise-t-il. Issaka Bougoum dispose d’une unité de transformation. L’année passée, ce sont environ 4 000 tonnes de mangues séchées bio et concentrées, qui ont été exportées en Europe, Etats-Unis et Amérique du Nord. Il déplore que pour cette campagne, les objectifs ne soient pas atteints pour la faible production de la mangue. Il a construit une nouvelle unité à plusieurs compartiments, équipée de 5 nouvelles technologies (tunnels) qu’il a acquises à 27 millions F CFA chacune, en remplacement du gaz butane.
Elle sera bientôt fonctionnelle avec près de 300 employés. Une autre unité en construction verra la transformation de la mangue en jus. Adrien Kiendrébéogo de l’unité Faso Global à Orodara, possède une centaine de vergers de 600 hectares certifiés par Ecocert. En 2017, il s’est lancé dans l’exportation de la mangue séchée bio et a réussi à conquérir le marché local et européen, notamment l’Allemagne, les Pays-Bas, la Slovaquie et les Etats-Unis. M. Kiendrébéogo n’a pas de sous-traitance avec d’autres structures. Généralement, le client donne une avance et lorsque le produit arrive à destination à bon port, il récupère le reste. Après le séchage, la mangue est triée et le client a deux choix pour la vérification. « Nous pouvons lui envoyer un échantillon pour des analyses.
Mieux, il dépêche une personne pour le prélèvement et le test de la biologie du produit fini. Il a deux semaines pour confirmer, avant que nous ne fassions le chargement », fait-il savoir. Il note que la demande est forte mais vu les « caprices » des manguiers cette année et l’interdiction du gouvernement d’utiliser le gaz, le client est averti à temps, pour qu’il se tourne vers d’autres pays. « Mais ces mangues d’ailleurs sont incomparables à celles du Burkina. Les Européens eux-mêmes le confirment », acclame M. Kiendrébéogo. Aussitôt transformée, la mangue est exportée.

Seydou : « Nous ne disposons pas
de données exhaustives pour l’exportation
de la mangue bio, mais
avec l’institution des ASE, les
exportateurs seront dorénavant
obligés de passer par la direction
régionale ».
La laisser longtemps en stock, selon lui, altère sa qualité. « Si on veut la conserver et pour qu’elle garde sa couleur intacte pendant un ou deux ans, elle doit être mise au frais avec une température de 0 °C à 8 °C », prévient-il. Annuellement, ce sont 50 à 100 tonnes de mangues séchées bio, qui « quittent » le pays des « Hommes intègres », avec un chiffre d’affaires d’environ 200 millions F CFA. Les acteurs de la filière mangue bio estiment que leur produit est compétitif sur le marché international, mais ils déplorent leur manque d’organisation. « Dans de nombreux pays, la mangue bio est recherchée, mais beaucoup d’acteurs ne sont pas encore arrivés à s’inscrire dans la dynamique du marché équitable », déplore l’arboriculteur Drissa Traoré.
Le président de l’Union des sociétés coopératives/Conseil d’administration des producteurs de mangues biologiques et équitables de la région du Guiriko, Eugène Millogo, par ailleurs président de l’Union nationale des producteurs de mangues du Burkina (UNPM-B), est dans la production, transformation et exportation de la mangue séchée biologique et équitable.
Avec un verger de 239 hectares certifiés par Ecocert depuis 2009 pour 53 producteurs regroupés en coopératives, le fruit séché est acheminé vers la France et l’Allemagne. L’entreprise a en sa possession quatre labels, à savoir le bio, deux certificats équitables et le HACCP. « Chaque année, nous payons près de 3 millions F CFA pour la certification bio et 10 millions F CFA annuellement pour tous ces certificats », évalue-t-il. Par campagne, c’est une production moyenne de 1 835 tonnes de mangues fraîches et 50 tonnes en séchées. En 2025, un chiffre d’affaires de près de 257 millions
F CFA a été enregistré, avec 47 tonnes de mangues séchées exportées et 6,5 tonnes de purée de mangue vers la France. En 2024, ce chiffre était à 212 millions F CFA contre 156 millions F CFA en 2023. « En 2026, si nous arrivons à exporter 55 tonnes, le chiffre peut grimper à 300 millions F CFA », présage-t-il. Grâce à cette prime de commerce équitable, la coopérative a construit une école de trois salles de classe et des latrines à Toussiana, localité située à une cinquantaine de kilomètres de Bobo-Dioulasso. Des forages sont également construits dans certains villages. « Chaque année ou tous les deux ans, nous sommes invités par nos clients en Europe pour faire la promotion du commerce équitable », se réjouit M. Millogo.
Près de 5 000 tonnes de mangues séchées exportées

souhaite que les producteurs se
reconvertissent dans le bio, sinon
dans 20 où 30 ans, il n’y aura
plus de terres fertiles pour la génération
future.
Le directeur régional en charge de l’agriculture, indique que l’Etat et des partenaires accompagnent la filière bio. Il souligne qu’après la production et la transformation, la direction facilite la mise en contact des producteurs avec les acheteurs. Des dossiers sont également élaborés pour faciliter les exportations vers l’Union européenne. Le chef de service commerce à la direction régionale en charge du commerce de Guiriko, Zei Seydou, précise que la direction accompagne les exportateurs à travers la délivrance des Autorisations spéciales d’exportation (ASE) et le certificat d’origine des pays clients.
Le ministère soutient aussi la participation des acteurs aux manifestations commerciales et à des ateliers de sensibilisation, liés aux procédures d’exportation. Il confie qu’annuellement, le Burkina exporte environ 6 000 tonnes de mangues fraîches bio et conventionnelles cumulées et 3 000 tonnes de mangues séchées. « Ce qui génère des recettes autour de 18 à 20 milliards F CFA », dit-il. Il indique que la direction ne dispose pas de statistiques exhaustives sur la mangue bio, parce que les acteurs exportaient sans passer par ladite direction et les dossiers étaient signés directement par la douane. « C’est cette année seulement que la mangue a été soumise à une autorisation spéciale », justifie M. Zei. Selon les chiffres de l’Apex, la transformation de la mangue ne représente que 20% de la production nationale.
Eugène Millogo de l’UNPM-B confie que près de 80 % des produits exportés sont bio. « Le Burkina est le premier dans le monde en exportation de mangues séchées bio. Il en a exporté en 2025, près de 5 000 tonnes », confie M. Millogo. Les exportateurs tâtent davantage le marché international parce qu’ils ne sont pas convaincus qu’au niveau de la sous-région, les clients achèteront le kilogramme de la mangue séchée bio à 6 000 F CFA. Adrien Kiendrébéogo de Faso Global détaille qu’un kilo de mangues séchées, nécessite 20 kilos de mangues fraîches et 0,40 kg de gaz. Eugène Millogo affirme qu’au Burkina Faso, il y a au moins 160 unités de transformation qui sont membres des Professionnels de la transformation de la mangue du Burkina Faso (PTRAMAB) et qu’il serait difficile d’abandonner le gaz du jour au lendemain dans les unités de transformation, comme le demandent les autorités.
Le renouvellement des vergers

par l’UNPM-B.
Bien qu’il ait des contraintes dans le bio, le producteur Drissa Traoré estime que les pratiques protègent mieux l’arbre et le sol. Il ne voudrait pas que cette pratique culturale soit vue comme une opportunité de gain, mais plutôt une lutte pour la restauration de l’environnement. « L’utilisation abusive des pesticides chimiques augmente le dessèchement du sol et la souffrance de l’arbre. Aujourd’hui, il n’y a plus de terres et il faut que les producteurs s’inscrivent dans la dynamique du bio, pour profiter de tous ses avantages », avertit-t-il. Si le sexagénaire Moussa Traoré a opté pour le bio, c’est parce qu’il juge les engrais chimiques coûteux et nocifs pour l’arbre.
« En Europe, la consommation bio est élevée et il faut que les acteurs se conforment à la réglementation pour pouvoir exporter », conseille le promoteur du Ranch de Koba. Les producteurs bénéficient de formations sur les pratiques culturales du bio, dispensées par le ministère en charge de l’agriculture et certaines organisations et coopératives. Ce qui leur permet d’entretenir en permanence leurs vergers, afin de lutter contre les ravageurs. « Nous sommes impuissants face aux aléas climatiques, mais pour les ennemis de la mangue, nous sensibilisons les producteurs dans la lutte, pour qu’ils renforcent leur dispositif de piégeage.
C’est notre cheval de bataille cette année », annonce l’assistant technique, Ibrahim Doumbia. Pour que les producteurs puissent suivre toutes les normes avec la nouvelle réglementation, le directeur général d’Ecocert/Burkina souhaite, d’une part, que les porteurs de projets forment les producteurs à la base et d’autre part, que l’Etat, à travers le CBF, connaisse les enjeux actuels de la certification et mette en place des formations adaptées. Drissa Traoré, qui est membre de l’UNPM-B, indique que l’accessibilité des intrants biologiques demande des moyens et qu’en plus, la subvention prend du temps. « Actuellement, nous sommes à la période des récoltes, mais jusque-là, nous n’avons pas encore les produits de lutte.

La mouche est là sur toute l’année et est plus virulente en période hivernale. Dans les jours à venir, si rien n’est fait, elle va se multiplier », alerte-t-il. Les producteurs font parfois des récoltes précoces pour éviter la propagation de cet insecte nuisible. Mieux, certains utilisent des attractifs alimentaires qui attirent la mouche en l’éliminant. Le producteur Moussa Traoré utilise une autre technique. « Quand l’arbre est touffu, nous taillons les branches qui sont au milieu et le rayon solaire évite les mouches. Cette technique donne une production de qualité de la mangue », confirme-t-il. A côté de cet insecte, il y a le dessèchement des manguiers et les fourmis rouges. Eugène Millogo de l’UNPM-B souligne que la présence de cette mouche fait perdre 50 à 60 % de la production.
« Cette année, l’interprofession de la filière mangue a déboursé près de 40 millions de F CFA dans l’achat des intrants bio au profit de ses membres. Ce montant est insignifiant pour plus de 15 000 producteurs conventionnels et biologiques sur le territoire burkinabè », détaille-t-il. Selon les statistiques de l’Apex, en Afrique de l’Ouest, le Burkina Faso est le quatrième pays exportateur de mangues après la Côte d’Ivoire, le Mali et le Sénégal avec 15 % de parts de marché. Les producteurs s’inquiètent du vieillissement des vergers, qui peut faire perdre au pays cette place. Le directeur régional, Eric Pascal Adanabou, souligne que des études menées ont montré que 80 à 90 % des vergers sont vieillissants.
Mais il soutient que l’épine sera enlevée du pied car la filière mangue fait partie de l’Offensive agropastorale et halieutique. « Presque 10 % des vergers sont déjà renouvelés. Dans le cadre de l’Offensive agropastorale, nous avons donné gratuitement des plants à certains producteurs et mis à la disposition d’autres acteurs, des plants subventionnés pour

une production de qualité », dévoile-t-il. Drissa Traoré espère qu’avec le renouvellement des vergers, le Burkina Faso qui est déjà leader mondial, pourra également dans deux ou cinq ans, occuper la première place en Afrique de l’Ouest. Le promoteur du Ranch du Koba, souhaite que certaines décisions prises à l’endroit de la filière soient revisitées avec tous les acteurs, afin que la mangue bio séchée continue de porter haut le pays des « Hommes intègres » dans le monde.
« Le Burkina est compétitif à l’international, mais s’il perd le label bio, il ne pourra pas tenir », prévient-il. Selon lui, le Burkina Faso devrait s’inspirer des nouvelles pratiques techniques de pays qui ne disposent ni du climat, ni des sols adaptés à la mangue, mais qui parviennent à développer des vergers industriels à haute densité. De nombreuses unités de transformation étant sur des parcelles d’habitation les sécheurs plaident pour que l’Etat les mette à l’abri.
Afsétou SAWADOGO





