« Diaspora Bonds », un levier de souveraineté financière

Le Burkina Faso peut se réjouir de sa diaspora et de la résilience de son économie. Le dénouement de l’emprunt obligataire par appel public à l’épargne dénommé : « Diaspora Bonds », lancé le 6 mai dernier, en est la preuve. Il ressort à la fin de l’opération qui est intervenue, le 6 juin 2026, un montant mobilisé de 151,5 milliards F CFA. Au départ, le gain attendu était de 125 milliards FCFA soit un taux de souscription de 121,2%. Ce résultat, si besoin en est, sonne comme un coup de maître financier que le Burkina Faso, à travers le département en charge des finances a réussi.

C’est une véritable leçon de souveraineté à ceux qui condamnaient l’Afrique au statut d’éternelle assistée. En effet, pendant des décennies, l’on pensait que la réalisation des grandes infrastructures passait obligatoirement par des financements des institutions financières internationales ou les prêts conditionnés des puissances étrangères. A travers cette levée de fonds baptisée « Emprunt Patriote », le gouvernement burkinabè a relevé le pari en comptant sur ses propres forces. Et la diaspora a répondu présent avec un franc succès historique, qui témoigne de la qualité de la signature de l’Etat sur le marché financier. Faut-il le rappeler, l’opération s’inscrit dans la dynamique enclenchée par les plus hautes autorités pour la souveraineté économique et financière, à travers la mise place d’instruments financiers innovants. L’ambition, elle est claire.

Il s’agit de compter sur la mobilisation des ressources domestiques pour assurer le financement du développement. De la Côte d’Ivoire voisine, aux capitales européennes, les Burkinabè de l’extérieur se sont mobilisés pour financer, à 10 000 F CFA le titre, l’avenir de la mère Patrie, contredisant ceux qui pensaient que l’insécurité, due à l’hydre terroriste, paralyserait l’audace des épargnants. Ce succès est le symbole d’une confiance retrouvée et du renforcement du lien entre le Burkina et sa diaspora. Chaque franc CFA récolté via Diaspora Bonds est un acte d’indépendance qui renforce la souveraineté financière du pays des Hommes intègres. Les souscriptions vont servir à financer la centrale hydroélectrique de Bagré Aval pour briser les chaînes de la dépendance énergétique et une zone franche agro-industrielle pour plus de valeur ajoutée des matières premières. Par ce résultat probant, le Burkina Faso vient de prouver que lorsque le leadership est clair et les projets transparents, le génie populaire peut financer le développement.

Autant dire que Diaspora Bonds est un signal historique envoyé au reste du continent. La finance endogène n’est plus une utopie, mais bien est une réalité au Burkina Faso. Au-delà des frontières du Burkina Faso, ce coup d’éclat financier résonne comme une réussite pour toute l’Afrique de l’Ouest. En s’affranchissant des circuits de financement traditionnels, le Burkina Faso trace la feuille de route d’une émancipation sous régionale globale. Par ailleurs, il convient de saluer l’ensemble de la diaspora africaine et les afrodescendants, pour leur forte contribution à la réussite de cette opération et leur confiance renouvelée en l’économie très résiliente du pays. Si le Burkina Faso peut financer ses infrastructures lourdes par l’engagement de sa diaspora, les Africains savent désormais qu’ils disposent de la même arme souveraine financière sur laquelle peut reposer le développement du continent.

Soumaïla BONKOUNGOU

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