L’avocatier est une plante originaire des régions tropicales humides comme le Ghana, le Togo, le Bénin ou la Côte d’Ivoire. Au Burkina Faso, il s’adapte aussi dans les zones à pluviométrie favorable comme les régions de Tannouyan, du Bankuy ou du Djôrô. Mais, sur les terres arides du centre du Burkina, certains producteurs démontrent que l’avocatier peut bel et bien y pousser. L’expérience de Patrice Kafando est une réussite à Lougsi, un village de Tanghin-Dassouri.
A Lougsi, village de la commune rurale de Tanghin-Dassouri situé à environ sept kilomètres de la ville de Ouagadougou, un arbre géant attire de nombreux visiteurs. Un avocatier se dresse au milieu de plusieurs arbres fruitiers, dans le jardin potager de 300 mètres carrés appartenant à Patrice Kafando. Selon ce passionné de culture maraîchère, l’histoire de l’avocatier a commencé en 2021, lorsque son épouse a acheté au marché des avocats pour les enfants. Une fois le fruit consommé, la noix fut banalement posée près du canari servant à stocker l’eau de boisson à domicile.
L’humidité des lieux facilita la germination de la noix. Le chef de famille décida alors de la replanter dans son jardin potager pendant la saison pluvieuse. « L’arbre grandissait chaque année de plus en plus, avec des branches de chaque côté. J’ai même dû parfois élaguer certaines branches pour protéger mes cultures. J’ai alors réalisé que ce coup d’essai pouvait être un coup de maître. Ainsi, trois ans plus tard et à notre grand étonnement, l’avocatier a commencé à produire ses premiers fruits », indique tout joyeux, Patrice Kafando, tenant deux fruits dans ses mains. Pour ce maraîcher, cette réussite est une preuve évidente de résilience. Aujourd’hui, son avocatier attire l’attention des visiteurs et nourrit l’espoir de voir davantage de producteurs s’intéresser à cette culture.
« Dans notre jardin à Lougsi, <chacun a demandé des noix pour les replanter. Mais l’avocatier n’a réussi chez personne d’autre, suscitant l’étonnement de tous. Des acheteurs de légumes passent leur temps à contempler l’arbre, et certains visiteurs viennent de la ville juste pour découvrir cet arbre peu répandu au Burkina », ajoute-t-il. Les voisins de Patrice Kafando, qui partagent le site de deux hectares et demi, sont surpris de voir que non seulement l’avocatier initial produit des fruits, mais aussi que l’arbre n’a réussi nulle part ailleurs sur ce même périmètre.
C’est pourquoi, Michel Zongo, un autre maraîcher, préfère parler de chance : «la conclusion que nous tirons, c’est que c’est une question de chance. Sinon, quand l’avocatier de mon voisin a produit des fruits, nous avons tous pris des noix pour les replanter. Pour certains, elles ont germé avant d’être terrassées par les vents forts. Pour d’autres comme moi, elles ont pourri dans les trous», confesse M. Zongo. Selon lui, l’avocatier de Kafando est la preuve qu’on peut bien transformer un lopin de terre aride en un jardin d’Eden. Pour eux, c’est une fierté, car, des visiteurs viennent contempler l’arbre et en profitent pour acheter leurs légumes. Joseph Zerbo est un infirmier qui s’est lancé dans la cuniculture (l’élevage des lapins) à Lougsi.

Pour cet habitué du jardin de la localité, le succès de Patrice Kafando est une belle leçon qui ouvre la voie à une nouvelle ère agricole : celle du combat contre les préjugés climatiques et, surtout, de la diversification des cultures maraîchères. « Il y a moins d’une année, ma santé était fragile et je suis venu chercher de la salade dans ce jardin à Lougsi. J’ai été surpris de voir des avocats qui pendaient aux branches de cet arbre. Ebahi, je me suis renseigné et les maraîchers m’ont orienté vers le vieux Kafando. Vraiment, j’étais d’abord très content de découvrir l’arbre pour la première fois, et de savoir ensuite qu’au Burkina Faso, l’avocatier peut bel et bien pousser dans notre zone moins arrosée.
Pour nous, c’est la preuve que beaucoup de Burkinabè sont résilients, engagés à dompter la terre, en réponse à l’appel du camarade Président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, pour parvenir à garantir la sécurité alimentaire », soutient Joseph Zerbo.
L’avocat et les légumes sont rentables
L’avocatier du jardin de Lougsi, ce coup d’essai devenu un coup de maître, permet à Patrice Kafando d’augmenter ses gains. Au-delà de la vente quotidienne des légumes, le bienheureux maraîcher témoigne que depuis qu’il s’est lancé dans la vente des avocats, il est économiquement stable.
« J’ai commencé pratiquement en 2024. Mais depuis lors, j’ai senti une nette différence par rapport aux légumes. Je donne aux commerçantes six avocats à 1000 F CFA et cela me rapporte par jour 15 000 F CFA, parfois plus durant la période de récolte. C’est ce qui me permet de combler le manque à gagner pour les dépenses de ma famille, de payer les études de mes quatre enfants dont l’un a fait le BAC, et l’autre le BEPC », renseigne M. Kafando.
Un forage : le cri du cœur des maraîchers
Cette nouvelle trouvaille est une plus-value pour les jardiniers de Lougsi, qui font toutefois déjà de bonnes affaires dans la vente des légumes.
Sur un périmètre de deux hectares et demi, près de 90 maraîchers s’adonnent à la culture de tomates, de choux, de salade, d’oignons, de concombres et de fraises. Ils comptent d’ailleurs augmenter la production de ces dernières, car, c’est un produit à forte demande, selon le président de la coopérative Wend-Songda, Sibiri Ouédraogo. « Vraiment, dire que nous ne faisons pas de bénéfices avec la vente des légumes serait mentir. L’activité est rentable, car, c’est notre travail depuis des années. Nous arrivons à subvenir aux besoins de nos familles respectives et nous couvrons les dépenses de la coopérative grâce à cette activité », témoigne le président de la coopérative.
Et Sibiri Ouédraogo de poursuivre : « En ce qui concerne les fraises, nous comptons multiplier par deux ou trois notre production dès cette saison. En effet, nous avons appris qu’à Boulmiougou, les producteurs de fraises vont libérer leur périmètre. Donc, nous comptons prendre le relais et augmenter la production pour satisfaire la demande des Ouagalais qui sont devenus de grands consommateurs de fraises». Certes, la culture maraîchère est le gagne-pain quotidien des exploitants du jardin de Lougsi. Mais leur vœu le plus cher est de bénéficier d’un accompagnement pour la réalisation d’un forage, selon le président de la coopérative, Sibiri Ouédraogo.
« Notre jardin à Lougsi a d’abord été financé par des Blancs. Mais aujourd’hui, grâce au sacrifice de chaque maraîcher, nous avons cotisé pour réaliser un forage. Malheureusement, le forage n’a pas trouvé d’eau et c’est une perte pour nous. C’est pourquoi, nous profitons de votre micro pour solliciter un forage auprès de toutes les personnes qui entendraient notre appel. C’est notre cri du cœur », conclu M. Ouédraogo. Selon le président de la coopérative, les producteurs ont mené les démarches nécessaires pour obtenir l’autorisation des leaders coutumiers de Tanghin-Dassouri afin d’exploiter le périmètre de deux hectares et demi à Lougsi.

Les travaux ont débuté, il y a pratiquement 11 ans, avec la plantation çà et là de manguiers sur le périmètre. Après l’obtention du récépissé marquant l’existence légale de la coopérative Wend-Songda en 2017, ils se sont lancés dans la culture maraîchère avec l’accompagnement financier de partenaires canadiens. Ces derniers ont proposé de financer la clôture du périmètre en grillage, la construction de quelques bassins d’eau et l’installation de plaques solaires pour alimenter les bassins. Aujourd’hui, les maraîchers affirment avoir amélioré leurs connaissances grâce aux formations pratiques reçues des agents du ministère en charge de l’agriculture.
Par l’engagement de chacun, les maraîchers, par la voix de leur premier responsable, disent avoir soldé totalement les 12 millions francs CFA dus aux partenaires financiers. Au demeurant, ils sollicitent un appui financier pour réaliser un grand forage, à même d’augmenter la production de divers légumes « pour satisfaire tous les Burkinabè et, pourquoi pas, pouvoir exporter dans les années à venir », ont-ils confié.
Karim DIANDA






