Iran/Etats-Unis : le bout du tunnel ?

Depuis le déclenchement de la guerre contre l’Iran en fin février 2026, le Président américain, Donald Trump, a annoncé à plusieurs reprises, un accord de paix, sans pour autant qu’il ne se concrétise. Cette fois-ci semble être la bonne, après les tergiversations et les montées de tension qui ont émaillé le cessez-le-feu du 8 avril. Dans la nuit de dimanche 14 au lundi 15 juin 2026, le Pakistan, médiateur dans cette crise impliquant la coalition américano-israélienne et l’Iran a fait part d’un protocole d’entente pour un « arrêt immédiat » et « permanent » des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban.

Washington et Téhéran ont confirmé de part et d’autre cet accord, qui sera officiellement signé, le 19 juin prochain, à Genève en Suisse, avec en prime la réouverture totale du Detroit d’Ormuz où 20 % de la demande mondiale de pétrole et de gaz transite. Malgré le climat de méfiance et de défiance entre Américains et Iraniens, Islamabad a joué de son entregent pour faire bouger les lignes. Vu les dégâts matériels et humains en Iran, en Israël, dans les pays du Golfe alliés aux Etats-Unis et les répercussions négatives de cette guerre sur l’économie mondiale, une telle avancée est à applaudir, le souhait étant que les hostilités ne reprennent plus jamais.

Censé faire taire les armes et favoriser une reprise du trafic maritime, le mémorandum d’entente obtenu par le Pakistan, n’a cependant pas requis l’assentiment d’Israël, allié historique des Etats-Unis. Mis devant le fait accompli, l’Etat hébreux, qui est décidé à en finir avec le groupe politico-armé pro-iranien, le Hezbollah, entend maintenir ses troupes dans le Sud Liban. Cette attitude pourrait mettre à mal le modus vivendi, Téhéran étant hostile aux opérations de Tsahal en territoire libanais. Excepté cette objection, le protocole d’entente va ouvrir la voie à des pourparlers de fonds entre Washington et Téhéran, sur une période de deux mois.

Le programme nucléaire iranien, prétexte à l’attaque américano-israélienne, devrait dominer les échanges, tant la question est loin de faire l’objet d’un consensus. Pour rien au monde, le pays de l’Oncle Sam ne veut voir le régime des Mollahs posséder la bombe atomique, qu’il considère comme un danger pour Israël. En dépit des pressions des occidentaux, Téhéran ne veut manifestement pas abandonner son projet de se doter de l’arme atomique. Les experts évoquent d’ailleurs un taux d’enrichissement de 60% de l’uranium par l’Iran, ce qui est proche des objectifs nucléaires (90%). C’est une obsession pour le pouvoir iranien, qui sait à quel point la bombe atomique est un moyen irréfutable de dissuasion face à l’adversité.

On le devine aisément, les négociations, qui vont suivre le protocole d’entente, ne seront pas faciles. Elles devraient buter à nouveau sur la question du nucléaire qui fâche et fait courir le Président Trump. A la vérité, la diplomatie a du mal à prendre le dessus dans les relations américano-iraniennes, tendues depuis près de quatre décennies. Les démocrates au pouvoir paraissent plus souples face à Téhéran, que les républicains à la posture de va-en-guerre. Le retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran, sous l’ordre de Donald Trump, en donne l’illustration. Il y a indéniablement une crise de confiance entre Américains et Iraniens, depuis belle lurette, si bien qu’on se perd en conjoncture. Cet environnement incite à priori au pessimisme dans le processus de paix en cours. Pour autant, Islamabad doit poursuive ses efforts de médiation, de sorte que le protocole d’entente débouche sur un accord définitif entre les Etats-Unis et l’Iran. C’est le vœu le plus cher de tous ceux qui militent pour un monde de paix.

Kader Patrick KARANTAO

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