Sénégal : un duel sans fin ?

Le duo, que le Président Bassirou Diomaye Faye et son compagnon politique, Ousmane Sonko formait, a laissé place à un duel qui rythme actuellement la vie politique au Sénégal. De rebondissements à rebondissements, on se demande à quel moment prendra fin ce spectacle qui n’honore pas ces deux hautes personnalités. La rupture politique est d’ailleurs consommée entre les deux amis, surtout avec le lancement, le week-end écoulé, du parti du chef de l’Etat sénégalais, « Kiraay-Les Pariotes Républicains ».

Il est évident que Faye ne veut plus s’appuyer sur le PASTEF, parti qui lui a permis d’être élu, pour porter son action et accompagner les réformes qu’il projette. Convaincu que la machine PASTEF échappe à son contrôle, le chef de l’Etat sénégalais a décidé de s’affranchir, en créant «Kiraay-Les Pariotes Républicains». En s’accumulant au fil des semaines, les divergences autour de la gouvernance du pays ont fini par éloigner les deux « frères » qui s’affichent désormais comme des adversaires.

Sonko tient au respect de l’engagement du PASTEF à opérer une rupture totale dans la conduite des affaires étatiques, conformément aux promesses faites lors de la présidentielle de 2024. Faye, lui, a pris un autre chemin, en refusant entre autres, la traque des anciens dignitaires et la réforme des fonds politiques. Le chef de l’Etat préfère manifestement s’aligner sur l’ordre ancien, déroulant le tapis rouge à Dakar à son prédécesseur, Macky Sall, à qui une bonne partie du peuple sénégalais demande pourtant des comptes pour son passage aux affaires. L’amitié entre les deux panafricanistes n’a pas résisté à l’épreuve du pouvoir.

Après son limogeage du poste de Premier ministre, Ousmane Sonko a pris les rênes de l’Assemblée nationale et considère l’institution comme une arme, menaçant de censurer l’exécutif en cas de nécessité. Au lieu de servir les intérêts de leurs compatriotes qui espèrent une amélioration significative de leurs conditions de vie, Sonko et Faye ont manifestement les regards tournés vers la présidentielle de 2029.

Si le maitre à penser du PASTEF était positionné pour succéder à son ex-bras droit à la tête du Sénégal, l’exercice du pouvoir par Faye a suscité en lui, une envie de garder la main sur le pays. Les intérêts personnels ont pris le dessus, dans un contexte de fortes attentes des Sénégalais. On assiste à une campagne politique avant l’heure, à voir l’évolution des faits sur le terrain. Si Faye a porté son parti sur les fonts baptismaux et ambitionne d’en faire un outil très puissant, Sonko, lui, tient des meetings pour remobiliser sa base et envisage l’avenir sous un autre angle.

Rien ne va entre les deux dirigeants, au point où Sonko a nié avoir désigné Faye pour être candidat à la présidentielle de 2024, quand son éligibilité a été compromise par des affaires judiciaires. A-t-on atteint un point de non-retour dans les relations entre Faye et Sonko ? Tout semble l’indiquer et c’est bien dommage. Le duel, qu’ils entretiennent au sommet de l’Etat nuit à leur action pour le développement et le rayonnement du Sénégal. Ils étaient censés conjuguer leurs efforts et intelligences pour transformer structurellement et qualitativement le pays de la Teranga, plutôt que de se disputer le pouvoir. Mais ainsi va la politique, où le choc des intérêts peut conduire à tous les scénarios.

Kader Patrick KARANTAO

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