Au nom du Burkina Faso

Le vendredi 15 mai 2026, les adeptes des traditions ancestrales ont célébré, au Burkina Faso, la journée qui leur est dédiée, à travers immolations d’animaux, rites coutumiers, libations et autres pratiques de valorisation du patrimoine ancestral. Depuis l’institution de cette Journée des coutumes et traditions par la Révolution progressiste populaire (RPP) en 2024, certains l’ont applaudi avec enthousiasme, d’autres l’ont observée avec prudence, mais de plus en plus, elle s’impose comme une fête religieuse au même titre que les autres, permettant à de nombreux Burkinabè de pratiquer désormais leurs coutumes et traditions, sans complexe.

Et pour cause, pendant longtemps, certains Africains ont eu honte d’eux-mêmes, de leurs masques, de leurs langues, de leurs noms, de leurs spiritualités ancestrales qualifiées par endroit de pratiques rétrogrades. Les autres civilisations sont passées par là. Pourtant, les autres peuples assument leur héritage spirituel avec fierté comme le Judaïsme, l’Hindouisme, le Bouddhisme et le Confucianisme. Pourquoi donc l’Africain devrait-il toujours choisir entre progrès et tradition ? Pourquoi devrait-il abandonner ses symboles pour paraître civilisé ? Un peuple peut-il durablement avancer en tournant le dos à ses racines ?

Loin d’une guerre contre les religions révélées, la Journée des coutumes et traditions est une invitation à mieux savoir d’où l’on vient, à renouer avec les valeurs ancestrales de solidarité, de respect de la parole donnée, du culte de la dignité humaine, de la sagesse des anciens. Dans un monde fracturé par l’extrémisme, les guerres identitaires et les replis communautaires, le Burkina Faso envoie, par la célébration du 15-Mai, un signal important : celui de la coexistence des croyances, de la liberté de culte, du respect mutuel. De plus en plus, des lieux de cultes différents se jouxtent, des frères d’une même famille pratiquent des religions différentes. En somme, on peut vivre sa foi dans le pur respect de celle de l’autre. Parce que c’est cela le Burkina Faso réel.

Une terre où les spiritualités cohabitent. Où les croyances se frottent sans se détruire. Une terre qui trouve son équilibre dans la diversié. Ce qui frappe cette année, c’est la proximité des célébrations le 14-Mai de l’Ascension, le 15-Mai de la Journée des coutumes et des traditions et dans quelques jours, la fête de la Tabaski. Trois rendez-vous spirituels et héritages distincts en deux semaines, comme si la providence envoyait un message discret aux Burkinabè. Au nom de Dieu, d’Allah ou des Ancêtres, le défi reste le même : faire de cette diversité spirituelle, une force pour bâtir un Burkina Faso plus tolérant, plus enraciné et plus humain.

Par Assetou BADOH

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.