
Dans le cadre de la campagne Family Farmers for Climate Action (FFCA), le Réseau des organisations paysannes de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA) a organisé un atelier régional de dialogue entre organisations paysannes et journalistes, les 1er et 2 juillet 2026 à Saly, au Sénégal. Objectif, trouver les voies et moyens pour relayer au mieux les enjeux et défis liés au développement de l’agriculture familiale dans l’espace médiatique ouest-africain.
L’agriculture familiale occupe une place centrale dans le développement socioéconomique de l’Afrique de l’Ouest. Elle emploie plus de 60% de la population active de la région. Elle produit le tiers de la nourriture mondiale. Bien qu’ils soient les plus vulnérables au changement climatique, seulement 0,3 % du financement climatique international parvient aux producteurs familiaux. Malgré leur importance, la voix des agriculteurs familiaux et les contraintes structurelles auxquelles ils font face sont sous-représentées voire absentes dans les contenus médiatiques.
Conscient du rôle des médias dans les transformations économiques et sociales et dans l’influence des politiques publiques, le Réseau des organisations paysannes de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA) veut inverser la donne. Dans cet élan, dans le cadre de la campagne Family Farmers for Climate Action (FFCA), il a organisé un atelier régional de dialogue entre organisations paysannes et journalistes d’Afrique de l’Ouest les 1er et 2 juillet 2026 à Saly, au Sénégal. L’ambition est de trouver les options possibles pour garantir la visibilité de l’agriculture familiale dans les médias et favoriser une meilleure compréhension mutuelle entre les organisations paysannes et les professionnels de l’information. Pour ce faire, les échanges ont porté sur « agriculture et climat », « agriculture familiale et médias : état des lieux et perspectives », « comprendre les médias », « innovations paysannes et journalisme de solutions », ainsi que sur les enjeux critiques tels que le financement de l’agriculture familiale, l’adaptation au changement climatique et la souveraineté semencière.
Pour le président du ROPPA, Ibrahima Coulibaly, il est temps de redorer l’image de l’agriculture familiale, de corriger l’injustice dont elle a toujours été victime et de lui accorder la place qu’il mérite. C’est le secteur qui crée plus d’emplois, avec quatre milliards de personnes dans le monde qui vivent de cette activité. Malheureusement, il n’y a pas d’investissements dans l’agriculture familiale. A titre illustratif, seulement 6% des producteurs familiaux ont accès au crédit agricole, selon les données de la BAD, a-t-il déploré.
Pour une agriculture familiale au service de la souveraineté
Il urge donc de changer de paradigme, dans l’intérêt de la sous-région. « Nous ne demandons pas de l’aumône, mais que nos Etats créent les conditions pour que nous puissions développer une activité qui crée la souveraineté pour nos pays. Car, un pays qui est dépendant sur le plan alimentaire est un pays esclave. Dans nos traditions ouest-africaines, nourrir sa famille est une question de dignité », a souligné M. Coulibaly. Pour lui, si les médias ne comprennent pas les problèmes de cette agriculture familiale, sa place dans la stabilité politique et sociale, il est difficile de faire bouger les lignes. Il y a beaucoup de flux de financements mais qui n’arrivent pas dans les exploitations familiales, a-t-il poursuivi.
Les producteurs familiaux ont besoin de communiquer, de se faire entendre et de montrer qu’ils sont des gens dignes qui créent de la richesse tous les jours, qui ont la capacité de faire en sorte que l’Afrique, pour une fois, n’injecte pas dans les autres pays 100 milliards de dollars d’achats alimentaires qu’elle est capable de produire, a martelé le président du ROPPA.
Il a appelé les hommes et femmes de médias à une prise de conscience collective, à une co-construction pour une transformation positive de l’agriculture familiale, avec des financements conséquents. Son appel n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Tout en saluant cette initiative, les professionnels de l’information se sont engagés à porter les défis de cette agriculture dans leurs colonnes et plateaux.
« Les exploitations familiales jouent un rôle crucial dans la croissance des économies de nos pays et nous devrons véritablement aussi jouer notre partition pour le développement de cette importante couche », a confié le président du réseau des journalistes pour la promotion des système agro sylvo pastoraux et halieutiques en Afrique de l’Ouest et au Sahel (ReJPAH-AOS), Gilles Essonana Podjoley, par ailleurs directeur de publication du Journal Agricole du Togo.
Mahamadi SEBOGO
Windmad76@gmail.com (De retour de Saly, Dakar)





