Guinée-Bissau : un referendum contesté

La Guinée-Bissau se reconstruit à son rythme, sous la conduite de son nouvel homme fort, le général Horta N’Tam, à la suite du coup d’Etat de novembre 2025. Ce pays d’Afrique de l’Ouest, à la recherche de stabilité, s’apprête à passer d’un régime parlementaire à un régime présidentiel. Ce changement sera opéré dans les urnes, le 30 août prochain, à la faveur d’un référendum constitutionnel. L’objectif est de renforcer les pouvoirs du président, en lui permettant de nommer le Premier ministre, jusque-là issu de la majorité parlementaire et les membres du gouvernement.

Le chef de l’Etat aura également le pouvoir de dissoudre en cas de nécessité le Parlement. Cette étape doit ouvrir la voie à l’organisation d’une présidentielle en décembre 2026 en Guinée-Bissau. S’il est censé contribuer à un retour à l’ordre constitutionnel normal, dans l’ère post Umaro Sissoco Embaló, le projet de référendum irrite l’opposition qui voit d’un mauvais œil le rôle du médiateur, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), dans cette affaire. C’est l’organisation sous régionale qui a annoncé la tenue de cette consultation populaire. Ce que les opposants, dont certains contraints à l’exil, ont vite fait de considérer comme une ingérence et non un acte à mettre à l’actif de la médiation.

La facilitation de la CEDEAO est décriée par l’opposition bissau-guinéenne qui croit dur comme fer que l’institution sous régionale a pris fait et cause pour le gouvernement de Transition. La CEDEAO est accusée d’avoir choisi son camp au lieu d’élargir les discussions et de prendre en compte toutes les sensibilités, dans le processus devant conduire à un retour à la normale. Pour les opposants bissau-guinéens, le referendum reflète la seule volonté des tenants actuels du pouvoir, plus en phase avec la CEDEAO qu’avec les aspirations profondes des populations. Si le coup de force, qui a valu la chute d’Umaro Sissoco, se justifie par des élections controversées, le processus électoral en cours doit impérativement être inclusif, si on veut envisager l’avenir avec sérénité.

Il faut ratisser large. Même si elle est en difficulté et quelque peu dispersée, le point de vue de l’opposition doit être pris en compte. Les conditions de cette écoute doivent être absolument réunies. Si l’organisation du référendum a été validée par le Parlement entièrement acquis au gouvernement de Transition, l’opposition ne se sent pas concernée par le processus. Elle se considère plutôt en marge du processus et soupçonne d’ailleurs les autorités de Transition de préparer leur propre terrain. En l’espèce, de travailler à légitimer leur pouvoir dans les urnes.

De toute évidence, les Bissau-Guinéens n’arrivent toujours pas à surmonter leurs contradictions et à bâtir un pays stable et prospère, loin des bruits des armes. Depuis son accession à l’indépendance en 1974, la Guinée-Bissau a connu plusieurs coups d’Etat et tentatives d’insurrection. Il est temps de rompre avec cette instabilité qui compromet son développement. La période post Umaro Sissoco offre cette perspective, mais encore faut-il que les Bissau-Guinéens prennent véritablement leur destin en main.

Kader Patrick KARANTAO

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