Le nouveau Président béninois, Romuald Wadagni, est engagé dans une politique de décrispation des relations entre son pays et ceux de la Confédération des Etats du Sahel (AES), notamment le Burkina Faso, le Niger et le Mali. Si son mentor et prédécesseur, Patrice Talon, n’était pas en odeur de sainteté avec cette organisation, Wadagni, lui, semble s’inscrire dans une dynamique de rapprochement avec elle. Après avoir convié les pays de l’AES à son investiture le 24 mai dernier, le nouveau chef de l’Etat béninois semble dérouler une diplomatie de proximité.
« Le Bénin restera ouvert au monde, sans jamais s’éloigner de lui-même », a-t-il averti. Dans cette dynamique, le Président Wadagni a effectué, hier mardi 2 juin 2026, une visite d’amitié et de travail chez ses voisins du Nord, le Niger (dans la matinée) et le Burkina (l’après-midi). Dans une sous-région en proie à des tensions géopolitiques, le déplacement de Romuald Wadagni a de quoi consolider le dégel amorcé dans les relations avec l’AES. De toute évidence, le Bénin entretenait jusque-là des relations exécrables avec Niamey, Ouagadougou et Bamako. Si les pays de l’AES ont pris leurs distances avec la France, au point de se débarrasser de ses bases militaires, Cotonou collabore toujours étroitement avec l’ancienne puissance coloniale.
Cette fidélité à Paris a amené les autorités burkinabè, nigériennes et maliennes à se méfier avec juste raison du Bénin, considéré comme une base arrière française de déstabilisation dans la sous-région. Cette situation a entrainé la fermeture de la frontière entre le Bénin et le Niger. Ce qui a porté un coup dur aux échanges commerciaux de longue date entre les deux pays. S’ils ont répondu favorablement à l’invitation à participer à l’investiture de Wadagani, le Burkina Faso, le Niger et le Mali, engagés dans une politique souverainiste et décidés à s’affranchir du diktat de l’Hexagone, attendent des gages de bonne foi pour repartir sur de nouvelles bases avec le Bénin.
En se déplaçant à Niamey et à Ouagadougou, le nouveau président béninois a affiché sa volonté d’apaiser le climat et d’aller de l’avant, malgré les divergences géopolitiques. Les discussions avec ses homologues nigérien, le général Abdourahamane Tiani et burkinabè, le capitaine Ibrahim Traoré, ont porté sur des sujets sociopolitiques, économiques et sécuritaires, ce qui laisse entrevoir de belles perspectives. A Niamey, Wadagni et Tiani se sont engagés à œuvrer à la levée de tous les obstacles à la coopération, notamment la réouverture de la frontière commune.
Aussi, le chef de l’Etat béninois entend-t-il collaborer avec Niamey et Ouagadougou, dans la lutte contre le terrorisme. On imagine que Romuald Wadagni et ses hôtes se sont parlé en toute franchise, entre frères africains, condamnés à construire ensemble le continent et à réussir malgré l’adversité. Si Cotonou arrive à prouver que cette reprise des relations est empreinte de sincérité et non guidée par des manœuvres derrière lesquelles se cache Paris, l’avenir sera forcément prometteur. Après tout, les peuples du Niger, du Burkina Faso, du Mali et du Bénin partagent, à quelques exceptions près, les mêmes réalités et surtout les mêmes défis.
La question de la lutte contre le terrorisme, auquel ces Etats sont confrontés, même si c’est à des degrés divers, atteste de la nececcisté de collaborer pour venir à bout de l’ennemi commun. Le président béninois en a pleinement conscience et fait montre de sa volonté d’aller dans le sens des intérêts de son pays, même s’il est trop tôt pour applaudir. Plutôt que de se laisser aller au jeu trouble des occidentaux, il sied de cultiver davantage le bon voisinage et de renforcer la solidarité entre Etats, pour le bonheur des populations, dont les attentes sont nombreuses et multiformes.
Kader Patrick KARANTAO






