Tabaski 2026: Le chameau, vedette à Lanoag-Yiri

Les chameaux sont la nouvelle attraction à Lanoag-Yiri.

A l’orée de la Tabaski, les marchés à bétail de Ouagadougou connaissent une forte animation, ce lundi 25 mai 2026. Dans celui de Lanoag-Yiri, en particulier, un animal vole la vedette aux moutons, chèvres et bœufs. Bien que son coût soit inaccessible au Burkinabè moyen, le chameau suscite la curiosité de quelques fidèles musulmans en quête d’un animal de sacrifice.

Il est un peu plus de 10 heures, ce lundi 25 mai 2026. Un temps clément enveloppe le marché à bétail de Lanoag-Yiri, sis dans l’arrondissement 11 de Ouaga-dougou. L’ambiance y est déjà effervescente. Entre les bêlements des moutons, les chevrotements des boucs, les meuglements des bœufs, les vrombissements des taxis-motos et les cris des vendeurs, des silhouettes géantes attirent les regards. A l’extrémité ouest de ce parc animalier à ciel ouvert, de grands chameaux dominent la foule de leur taille imposante. Curieux, commerçants, acheteurs et enfants se regroupent autour des animaux, certains avec des smartphones en main. Ici, les « rois du désert » sont devenus la principale attraction. En tunique bleue, Abdoul Aziz Congo, vendeur, se réjouit de l’intérêt suscité par ses animaux. « Les gens viennent beaucoup pour regarder. Certains prennent des photos, d’autres demandent les prix. Même si tout le monde ne peut pas acheter un chameau, cela attire la clientèle », dit-il, le sourire aux lèvres. Parmi ces curieux, Moussa Sawadogo. Il observe attentivement le troupeau de chameaux. Le père de famille dit être venu « par curiosité ». « Je suis venu acheter un mouton pour la Tabaski. Mais comme j’en ai entendu parler, je voulais voir de mes propres yeux », lance-t-il en souriant. Selon M. Congo, ces animaux sont recherchés par des clients disposant d’un pouvoir d’achat élevé. « Nous avons commencé ce commerce depuis 2016. Avant, nous amenions juste quelques têtes sur commande. Mais cette année, nous en avons amené beaucoup. Les gens en ont déjà pris, mais il nous reste toujours une cinquantaine de têtes », explique le commerçant. Les chameaux sont proposés entre 400 000 FCFA et plus d’un million de FCFA, selon leur taille et leur état.

« Il n’y a pas de marché »

Si les chameaux attirent l’attention, les moutons demeurent toutefois les rois incontestés du marché de Lanoag-Yiri. Dans ce parc boueux, sous des hangars de fortune, des béliers sont disposés à perte de vue. Revendeur, Sayouba Ouédraogo promène un bélier de race balami pie noire, à la rencontre du premier venu. A Harouna Sinaré, administrateur civil, il vante son `« colosse ». « C’est le mouton qu’il vous faut pour la fête. Il est bien en forme, géant, avec de longues cornes. C’est l’idéal pour le sacrifice. Avec ça, même vos voisins vous respectent. Il est à 180 000 FCFA », indique le jeune vendeur, qui dit pouvoir le céder à 160 000 FCFA. Mais M. Sinaré inspecte les cornes, les dents et l’embonpoint avant d’entamer les discussions avec le commerçant. « Je le trouve très cher. Mais je peux le prendre à 125 000 FCFA », propose-t-il. Finalement, aucun accord n’est trouvé entre les deux hommes. Pour les commerçants, la conjoncture reste difficile. « Cette année, les prix sont un peu élevés, mais il y a des animaux pour toutes les bourses », assure Moumouni Ouédraogo, éleveur venu de Dori avec plusieurs dizaines de moutons et de boucs. Ses prix varient entre 40 000 et 350 000 FCFA, selon la race et la taille des bêtes. Le commerçant, d’une quarantaine d’années, affirme n’en avoir écoulé que trois jusque-là. « Il n’y a pas de marché », lâche-t-il, avec amertume. Selon lui, les coûts de transport, l’alimentation du bétail et la location de l’emplacement au marché augmentent fortement le prix de vente des bêtes.

Protéger le consommateur

Cette année, le marché du bétail évolue également dans un contexte particulier. Afin de préserver l’approvisionnement national avant la Tabaski, le gouvernement a suspendu temporairement l’exportation du bétail. Membre de la Société coopérative des commerçants de bétail de Lanoag-Yiri, Bernard Compaoré estime que la décision de l’exécutif contribue à renforcer l’offre disponible pour les consommateurs burkinabè à l’approche de la fête. « Les animaux sont plus nombreux sur le marché, parce qu’ils ne partent pas vers l’extérieur comme avant », affirme-t-il.

Habitué à vendre ses bœufs hors des frontières du pays à l’approche de la Tabaski, Aboubacar Compaoré parle d’un « mal nécessaire ». « La mesure permet de protéger le consommateur et le marché local, parce qu’on a beaucoup d’animaux sur place. Mais beaucoup se sont endettés pour payer les animaux. La décision nous a surpris », indique-t-il. Devant son enclos de fortune, les taureaux se disputent un mélange de coques de haricot et de son de maïs. Les prix se négocient entre 250 000 FCFA et 950 000 FCFA.

Selon lui, la décision du gouvernement n’a pas eu d’incidence sur les prix des animaux, parce que le coût de l’aliment reste élevé. « Le sac de tourteau est passé de 9 000 à 14 000 FCFA. L’emballage de haricots, qui coûtait 3 000 FCFA, est maintenant à 7 000 FCFA », détaille-t-il, avec regret. Malgré ces difficultés, l’effervescence reste palpable au marché à bétail de Lanoag-Yiri. Les acheteurs continuent leur défilé. Si Moussa Sawadogo s’est offert deux béliers pour 450 000 FCFA, Harouna Sinaré veut tenter sa chance dans un autre marché.

Djakaridia SIRIBIE

 

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