La campagne d’Iran de Donald Trump est en train de tourner en Waterloo grandeur nature, avec les Iraniens qui restent fermes sur leurs positions d’une part et ses compatriotes, notamment sa base MAGA (Make America Great Again) qui lui reproche cette aventure désastreuse pour l’économie américaine et qui va écorner durablement l’image des USA d’autre part. Sur le premier postulat, le constat en mers eurasiennes est désolant pour l’Amérique avec l’Iran qui continue de régenter le détroit d’Ormuz en infligeant des corrections à tout navire réfractaire au « nouveau droit maritime d’Ormuz ».
Aussi le pouvoir iranien n’entend aucunement céder sur son programme nucléaire pas plus que sur le « désir de démocratie » de Trump. Auréolé par cette victoire contre le « grand Satan », Téhéran adossé au grand frère chinois retrouve son rôle multiséculaire de patron régional, nonobstant la Turquie qui lui conteste ce leadership depuis la nuit des temps. Istanbul et Téhéran, alliés objectifs et fiables de la Chine et la Russie, consolident donc la montée en puissance du Sud global dans cette région stratégique pour le commerce mondial mais aussi le positionnement militaire maritime des grandes puissances.
Des réminiscences du Grand Jeu qui avaient opposé Russes et Britanniques dans la même région au dix-neuvième siècle pour les mêmes raisons de suprématie mondiale. Défait par l’Iran, Trump n’est pas non plus en « forme » au plan intérieur avec ses compatriotes qui peinent sous les effets induits de cette guerre avec le pétrole qui joue au yoyo et les répercussions sur la flambée des prix. Déjà la peine après la crise économique et financière de 2008, les ménages américains sont à bout de souffle, notamment dans le Midwest où la ville symbole de l’automobile mondiale, Détroit a été contrainte de se déclarer en faillite en 2017.
Sur la côte ouest-américaine, le décor n’est pas plus réjouissant avec l’émergence de centres cinématographiques concurrents dont Bollywood est le chef de file. L’American way of life et ses clichés sont battus en brèche avec Internet qui ouvre d’autres centres d’intérêt pour les jeunes du Sud global. Le Sud profond n’est pas à la fête lui aussi avec la concurrence de l’industrie manufacturière chinoise. Enfin, New York est en passe de perdre son statut de place financière mondiale que Shanghai lui a presque ravi. La fronde monte donc, contraignant Donald Trump à brasser du vent à travers des campagnes de communication qui ne « décollent » pas. Le voilà donc réduit au rôle de Don Quichotte, lui qui se rêvait en leader « cosmico-terrestre » à l’entame de cette guerre. Comme quoi, sans profondeur stratégique, la puissance n’est rien.
Boubakar SY






