Bénin : vers un dégel avec l’AES ?

L’arrivée au pouvoir au Bénin de l’ex-ministre des Finances, Romuald Wadagni, favorisera-t-elle un apaisement dans les relations avec les pays de la Confédération des Etats du Sahel (AES) ? Il est trop tôt pour le dire, mais le nouvel homme fort du Bénin a donné un signal fort au Niger, au Burkina Faso et au Mali en les invitant à son investiture, dimanche 24 mai 2026. Ce geste d’amitié et de fraternité a été favorablement accueilli par les pays de l’AES, qui ont dépêché des délégations, conduites par le Premier ministre, Ali Mahamane Lamine Zeine, pour le Niger et les ministres des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop pour le Mali et Karamoko Jean Marie Traoré pour le Burkina Faso. S’ils avaient décliné l’invitation à participer à la célébration du 65e anniversaire de l’indépendance du Bénin, le 1er août 2025, les pays de l’AES ont répondu cette fois-ci à la main tendue de Cotonou, qui selon toute vraisemblance, a fait un travail diplomatique intense.

Le chef du gouvernement nigérien, dont le pays entretient des relations particulièrement tendues avec le Bénin, a salué l’ouverture d’une nouvelle voie, soulignant la nécessité d’améliorer la collaboration entre les peuples, au-delà des divisions institutionnelles. Le nouveau président béninois semble aussi s’inscrire dans ce registre, avec une volonté d’asseoir un partenariat réaliste et solidaire avec les pays de la sous-région. « Avec nos pays voisins, nous mettrons un accent particulier sur l’approfondissement de la coopération régionale. Le Bénin continuera d’agir pour la stabilité, le dialogue et le respect. (…). Ma conviction est que, dans une sous-région confrontée au péril terroriste, nous sommes condamnés à travailler ensemble », a déclaré Wadagni, dans son discours d’investiture.

Ces propos témoignent d’un pragmatisme politique, dans une sous-région, en proie à un repositionnement géopolitique incontestable. Ces dernières années, l’ancienne puissance coloniale, la France, qui avait fait de l’Afrique de l’Ouest son pré-carré avec ses réseaux politiques et économiques, a perdu son influence d’antan, à cause du rejet de sa politique africaine par la jeune génération. Refusant désormais de se plier à ses exigences, les pays de l’AES ont tourné le dos à Paris et à ses relais supposés ou avérés, dont des organisations comme la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

A l’évidence, l’Afrique de l’Ouest connait un bouleversement géopolitique, entretenu par un climat de méfiance et de défiance entre les dirigeants soucieux de mener une politique souverainiste et ceux qui préfèrent rester sous le joug de Paris. Dans ce contexte de divergences diplomatiques profondes, Romuald Wadagni, dont le pays a toujours des atomes crochus avec la France, pourrait réussir un rapprochement avec les Etats de l’AES, à condition de respecter leurs choix et orientations politiques. Le nouveau chef de l’Etat béninois pourrait faire bouger les lignes, là où son prédécesseur et parrain politique, Patrice Talon, resté attaché à la France et à ses combines, a échoué. Si leurs dirigeants ne sont pas forcément en accord, les peuples de l’Afrique de l’Ouest sont pratiquement confrontés aux mêmes réalités.

Même si ce n’est pas au même degré, le peuple béninois et ceux de l’AES partagent le gros défi de la lutte contre le terrorisme. Au-delà du Sahel, des pays côtiers, comme le Bénin vivent ce phénomène, avec des dégâts humains et matériels déjà non négligeables. Depuis décembre 2021, le pays de Romuald Wadagni subit des attaques terroristes à répétition, à la suite de ceux de l’AES. Pourquoi ne pas mettre de côté les divergences politiques et diplomatiques et conjuguer les efforts pour combattre l’ennemi commun ? Si la démarche du Président Wadagni est sincère et ne relève d’aucune manœuvre par procuration, elle portera ses fruits et permettra un véritable dégel des relations entre le Bénin et les pays de l’AES. En tous les cas, le temps nous dira…

Kader Patrick KARANTAO

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.